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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 10:08

 

Dernier billet (du moins pour le moment) sur ces histoires d’économie de troc et d’économie monétaire (il était temps parce qu’elles ont fait fuir en 15 jours la moitié des visiteurs du blog !! )

 

Poursuivons donc un peu l’analyse du billet précédent en imaginant maintenant que les deux propriétaires souhaitent épargner une partie de leur revenu. Supposons qu’ils épargnent 5 € chacun et qu’ils placent ces 5 € sur les marchés financiers.

 

Dans ce cas, s’il n’y a pas de nouveaux investissements, l’économie sera confrontée à un nouveau risque de surproduction, puisque la demande sera de 190 €, tandis que l’offre sera de 200 € (cf. schéma ci-dessous)

 

 

6.1

 

En supposant que l’Etat veuille à nouveau empêcher une crise et le développement du chômage, que va-t-il faire ?

 

Il va emprunter les 10 € nécessaires pour éviter que cette surproduction se produise. Ces 10 €, il peut les emprunter soit sur les marchés financiers soit auprès d’une banque. Les taux proposés par les marchés financiers étant souvent plus faibles, on suppose que l’Etat s’endette auprès des marchés financiers.

 

L’Etat est dès lors endetté de 50 €, tandis que la richesse des propriétaires s’accroit. Ils ont perçu 20 € de profits chacun et ont un placement de 5 € chacun sur les marchés financiers.

 

 

6.2

 

Et si on suppose maintenant que l’Etat paye un intérêt sur sa dette. Que par exemple il paye 1 € d’intérêt sur les 50 qu’il doit rembourser, il sera à nouveau confonté au même type de dilemme :

 

  • Soit il augmente les impôts d’1 €, mais comme on l’a vu si cela fait baisser la consommation l’économie connaîtra une situation de surproduction.
  • Soit il s’endette d’1 € supplémentaire pour faire face à ses échéances.

 

 

Comme on le voit avec ces deux derniers billets, la dette de l’Etat peut très vite augmenter. Que va alors penser un observateur un brin naïf de la situation ?

 

Il va constater que la santé financière des entreprises est bonne. Elles réalisent les profits espérés.

 

Il va constater que la santé financière des plus riches est bonne. Ils ne cessent de voir leur fortune augmenter.

 

D’un autre côté, il va regarder avec consternation la dette de l’Etat, en se demandant comment est-ce que le budget public peut être si mal géré.

 

Il ne pourra donc que noter la réussite de l’individuel et l’échec du collectif (et ira voter en conséquence).

 

Tandis qu'en réalité, comme on l'a vu dans le billet précédent, les deux sont liés.

 

Et s’il est même très naïf, il pourra carrément se dire la chose suivante : il y avait 10 € sur les marchés financiers et l’Etat les a emprunté. Mais si l’Etat avait été un peu moins dépensier, il n’aurait sûrement pas eu à emprunter ces 10 € et du coup ces 10 € auraient pu profiter à une entreprise pour investir. Donc en s’endettant l’Etat a privé une entreprise de la possibilité d’investir ! La dette publique, contrairement à ce que raconte les keynésiens vieux-jeux, est donc un frein pour la croissance !

 

Mon propos n’est pas d’absoudre totalement l’Etat et ses gestionnaires des responsabilités de sa dette, ni d’encourager un endettement à outrance de l’Etat pour résoudre la crise actuelle, mais de montrer avec ce petit exemple, aussi simpliste soit-il, que :

 

La santé financière des entreprises, donc des actionnaires, etc. n’est pas à opposer aux énormes dettes des Etats, mais en sont pour beaucoup la contrepartie. Les milles et quelques milliards d’euros de la dette publique française, c’est autant d’argent qui a formé les recettes des entreprises, donc leurs profits. Sans cet argent, il y a fort à parier que les économies européennes et nord-américaines auraient connu dans les années 70 et au début des années 80 une récession très importante. Crise qui n’aurait profité à personne, et notamment pas aux directeurs d’entreprises qui auraient vu leurs ventes s’écrouler et leurs profits fondre, ni aux actionnaires qui n’auraient pas bénéficié de gros dividendes. Dans notre petit modèle, si l’Etat ne s’était pas endetté, le 2nd propriétaire par exemple n’aurait jamais pu rembourser sa dette et aurait fait faillite. Faillite qui aurait entraîné celle de la banque. Quant au 1er propriétaire, il aurait réalisé de beaucoup plus faibles profits C’est pourquoi il serait assez injuste et cruel d’entendre aujourd’hui ces propriétaires se vanter de la bonne santé de leur entreprise tout en conspuant l’Etat dépensier, gaspilleur !

 

Il faut bien concevoir ceci : dans le circuit (labyrinthe) monétaire que constituent nos économies, tout est lié. Et le revenu des uns n’est que le reflet de la dette des autres, puisqu’à l’origine toute monnaie est dette, donc tout est dette.. Ce à quoi nous assistons depuis 30 ans n’est donc pas un échec de collectif et une réussite du pure individualisme, mais essentiellement au port par la société des dettes nécessaires au non-écroulement de nos économies et à la privatisation à outrance des revenus issues de ces dettes.

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 16:47

 

Dans ce billet (et le suivant), nous allons voir comment peut s’expliquer la forte croissance de la dette de l’Etat au cours des 30 dernières années, et pourquoi il est particulièrement injuste de rendre les Etats seuls responsables de leurs dettes et de leur opposer la bonne santé financière des plus nantis.

 

Pour cela, reprenons notre petite économie de papayes (dans sa version monétaire bien sûr, puisque nous parlons ici de nos économies contemporaines, donc d’économies monétaires).

 

Replaçons-nous au sein du deuxième mois.

 

Et ajoutons-y l’Etat.

 

On suppose que cet Etat a pour commencer 0 € de dépenses et 0 € de recettes (on pourrait supposer qu’il prélève tant d’€ d’impôts et redistribue cet argent, mais ça nous rajouterait encore deux, voir quatre, flèches, et ne changerait rien à notre affaire).

 

Rappelez-vous, les deux champs produisent au total 200 papayes, que leurs propriétaires espèrent vendre 1 € chacune. Les ouvriers agricoles ont reçu 160 € de salaires. Et le propriétaire du premier champ consomme avec ces 20 € de profits du mois précédent (cf. schéma ci-dessous).

 

 

5.1

 

Nous avions alors remarqué que la demande était de 180 € tandis que l’offre était de 200 € et nous étions demandés comment l’économie pouvait combler cet écart. La réponse proposée était qu’un nouveau champ devait être défriché (cf. billet précédent).

 

Mais il est possible d’envisager également une autre réponse. Imaginons que personne ne souhaite investir, la surproduction est-elle pour autant inévitable ?

 

Non, car l’Etat, s’il souhaite éviter une crise (et son corollaire le chômage), peut essayer de pallier au déficit de demande.

 

Comment ? Il va s’endetter et tenter de pallier à la surproduction en achetant par exemple une partie de la production (ou en versant plus de prestations aux ménages ou des subventions aux firmes pour qu’elles baissent leurs prix).

 

Pour cela, comme l’indique le schéma ci-dessous (et en supposant toujours l’absence d’épargne), il lui suffit d’emprunter 20 € à la banque.

 

La surproduction est alors bien évitée et le profit réalisé par les 2 propriétaires est de 40 €, 20 € chacun. Le 2nd propriétaire peut donc rembourser sa dette à la banque.

 

 

5.2

 

On se retrouve donc avec une situation presque similaire à la précédente, à ceci près que cette fois c’est l’Etat qui s’est endetté.

 

Etudions maintenant ce qu’il va se passer le mois suivant.

 

1/ Les entreprises vont emprunter l’argent nécessaire à la banque pour payer les salaires de leurs employés.

 

 

5.3

 

2/ Les salariés vont consommer. Le propriétaire n°1 également, à partir de son profit du mois précédent. En revanche le propriétaire n°2 ne peut toujours pas consommer, puisque les 20 € de profits qu’il a touché lui ont servi à rembourser sa dette auprès de la banque.

 

3/ Par conséquent, il va une nouvelle fois manquer 20 € pour égaliser l’offre et de la demande. Si l’Etat souhaite éviter surproduction et chômage, il devra donc à nouveau s’endetter de 20 €.

 

 

5.4-copie-1

 

Au final, les deux propriétaires auront réalisé un profit total de 40 €, comme il l’escomptait, tandis que l’Etat est quant à lui désormais endetté de 40 €.

 

Le mois encore suivant, et toujours en supposant que personne n’épargne, les revenus des différents agents (propriétaires et salariés) devraient leur permettre de consommer l’intégralité de la production (comme en témoigne le schéma ci-dessous). Le problème est que l’Etat demeure avec une dette de 40 €. Et s’il tente de la résorber, en prélevant des taxes sur les propriétaires, les salariés ou les entreprises, il diminuera leurs revenus et créera inévitablement une situation de surproduction, donc du chômage, ce qu’il souhaite à tout prix éviter.

 

 

5.5

 

Il devra donc, en l’état actuel des choses, conserver sa dette.

 

On poursuit le raisonnement dans le prochain billet, en intégrant l’épargne et les taux d’intérêts. Mais on peut d’ores et déjà effectuer deux remarques :

 

1/ Si l’Etat ne s’était pas endetté, il y aura eu surproduction et donc des licenciements.

 

2/ Si l’Etat ne s’était pas endetté, les profits des entreprises auraient été beaucoup plus faibles (20 € au lieu de 40), les propriétaires de ces entreprises seraient donc moins riches. Pire encore, le 2nd propriétaire n’aurait pas pu rembourser sa dette et aurait donc fait faillite.

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 10:00

Réponse à la question du dernier billet: la seule solution dans notre exemple serait qu’un nouveau propriétaire arrive sur l’île pour défricher un nouveau champ.

 

Dans ce cas (cf. schéma ci-dessous), il devrait emprunter 20 € à la banque lui-aussi pour payer 2 défricheurs. Ces 2 défricheurs consommeraient avec leurs salaires (on suppose toujours qu’ils n’épargnent pas). Le montant total de la consommation ne serait donc plus de 180, mais de 200 €. Ce qui permettrait aux deux premiers propriétaires de vendre leurs 200 papayes à 1 € et donc de réaliser 20 € de profits chacun. Ce qui permettrait au second propriétaire de rembourser à la banque la totalité de son prêt, comme dans le cas d’une économie de troc.


 

monnaie 5

 

Mais notre économie est-elle pour autant sortie d’affaire ?

 

Non, parce que le mois suivant il y aura 3 champs en activité, qui produiront 100 papayes chacun, soit 300 papayes. Si on suppose que les prix restent constants, ces 300 papayes seront vendues 300 €. Or, pour les produire, 3*10 ouvriers auront été employés et auront perçu un salaire de 8 € chacun, soit une masse salariale totale de 3*10*8 =240 €. A cela s’ajoute les 20 € que le propriétaire n°1 a reçu en profits au cours du mois précédent et dont il va se servir pour consommer, soit 260 €. Le propriétaire n°2 en revanche ne peut pas encore consommer, puisque les 20 € de profits qu’il a touché au cours de mois précédent lui ont servi à rembourser son prêt à la banque.

 

Il manque donc 40 € pour égaliser l’offre et la demande. Ce qui signifie, pour notre île, que deux nouveaux champs devraient être défrichés afin d’éviter une crise surproduction !

 

Et les choses seront encore pire le mois suivant, puisqu’il faudra alors investir 60 €, c’est-à-dire défricher 3 nouveaux champs pour éviter une surproduction !

 

Il faudra donc que notre île croisse à un taux très rapide, simplement pour éviter une crise de surproduction. Dans la réalité, le taux sera bien plus modéré car :


  • Les investissements ne se remboursent généralement pas sur un mois ou un an, mais sur plusieurs années.

 

  • S'ajouteront à l'endettement bancaire des entreprises, celui des ménages et de l'Etat.


  • Les chiffres retenus pour la simplicité de l’exemple (par exemple 20 € suffisent à disposer au bout d’un mois d’un champ pouvant produire 100 € de papayes) sont bien sûr très exagérés !

 

Mais ce qu’il faut retenir et ce que montre cet exemple, c’est que :


  • Les seuls revenus des salariés ne peuvent acheter l’ensemble de la production (logique).

 

  • Les seuls revenus des salariés ET des propriétaires (actionnaires dans le monde réel) non plus (notamment car un partie des profits réalisés sert à rembourser les investissements passés).

 

  • Il est donc nécessaire, pour égaliser offre et demande, que des entreprises recourent à l’investissement par endettement bancaire (on pourra généraliser par la suite à l’endettement bancaire global, en incluant les ménages et l’Etat).

 

  • Autrement dit, un certain taux d’investissement est nécessaire pour éviter une crise de surproduction.

 

  • Or l’investissement, par définition, concerne l’ensemble des dépenses (machines, etc..) qui permettent d’accroître la production d’un pays.

 

  • Donc l’accroissement des capacités de production d’une économie monétaire est nécessaire à sa stabilité (ce qui n’était pas du tout le cas avec l’économie de troc).

 

  • Il faut donc croître pour éviter une crise.

 

  • Il faut donc avancer pour ne pas tomber. 

 

Le mécanisme décrit ici n’est donc rien d’autre que celui d’une fuite en avant.

 

Dans notre île, si des arbres ne sont pas déracinés chaque mois pour créer de nouveaux champs de papayes, l’économie connaîtra chômage et surproduction. Aux grincheux qui s’inquiètent de la déforestation de l’île, qui provoquerait un bouleversement de l’équilibre écologique et constituerait une menace directe pour l’Homme, on rétorquera que sans ces nouveaux défrichements c’est la crise ! Alors on court, par peur de tomber, tout en sachant qu’au bout nous attend un fossé. Il faudrait bien changer de direction (en réformant ne serait-ce que partiellement les mécanismes de création et destruction monétaire par exemple, car ce sont eux qui sont à l’origine de cette fuite en avant), mais on est persuadé qu'il n'y en a pas d'autres et qu'on arrivera à trouver une solution miracle pour remplir le fossé avant d’y tomber.

 

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 11:15

 

Dans les billets qui suivent j’aimerais vous montrer comment, en considérant une économie monétaire (et non une économie de troc comme le font la majorité des économistes), il est possible de comprendre certains traits qui semblent caractéristiques de nos économies.

 

Pour cela, reprenons notre économie monétaire et étudions ce qui se passe au cours du mois suivant. Nous avions laissé notre économie à la fin du 1er mois. Les données étaient alors les suivantes :


  • Le 1er propriétaire a réalisé un profit de 20 €, qu'il a placé immédiatement à la banque.


  • Le 2nd propriétaire a une dette de 20 € envers la banque.


  • Le champ du 2nd propriétaire vient d’être défriché.

 

Au début de 2e mois (et conformément à ce qu’on avait vu dans le cas d’une économie de troc) :


  • Les deux champs de papayes vont pouvoir produire des papayes.

 

  • 10 ouvriers agricoles vont travailler dans chacun de ces champs. Il y aura donc 200 papayes récoltées.

 

  • Le 1er propriétaire va, comme dans l’économie de troc, utiliser son profit du mois précédent pour consommer. Dans la cas de l’économie de troc, cela signifiait qu’il retirerait les 20 papayes de la banque à papayes pour les consommer. Dans le cas de l’économie monétaire, cela signifie qu’il va retirer les 20 € qu’il avait déposés à la banque pour acheter des papayes.

 

On résume ce deuxième mois par 2 schémas :

 

Dans le premier, les 2 entreprises de production de papayes empruntent chacune 80 € à la banque pour pouvoir payer leurs salariés. Et le 1er propriétaire retire les 20 € qu’il avait placés à la banque.

 

 

monnaie 3

 

Le second schéma représente les flux de consommation. Celui des salariés (on suppose toujours qu’ils n’épargnent pas) et celui du 1er propriétaire également (grâce aux profits réalisés a cours du mois précédent).

 

 

monnaie 4

 

Que remarque-t-on ? Que la consommation globale est de 180 €. Le problème est que les propriétaires ont mis sur leurs étalages 200 € de produits (les 200 papayes récoltées vendues 1 €). Je rappelle que ces papayes ont coûté 160 € aux propriétaires (en salaires). Deux cas peuvent alors se produire :


  • Soit le prix des papayes reste à 1 €. Dans ce cas il y a surproduction, 20 papayes en trop ont été produites. Les propriétaires devraient donc licencier deux de leurs salariés. Le profit global réalisé par les deux propriétaires sera alors de 20 € (ils ont vendu 180 € de marchandises et ça leur a coûté pour les produire 160 € en salaires).

 

  • Soit le prix des papayes diminue pour égaliser l’offre et la demande. Dans ce cas la papaye ne vaudra plus que 90 centimes (180/200). Alors effectivement les 180 € de consommation permettront d’acheter les 200 papayes (car 180/0,9=200). Mais on peut remarquer que dans ce cas, comme dans le précédent, le profit global réalisé par les deux propriétaires ne sera que de 20 € (car ils n’auront toujours reçu que 180 € et auront toujours dépensé 160 €).

 

Dans ces deux cas, la part du profit dans le revenu a diminué (elle était de 20 € pour une production de 100 €, elle est toujours de 20 €, mais pour une production de 180 €). Et, si on suppose que la consommation se répartit équitablement entre les deux entreprises, chaque entreprise aura fait un profit de 10 €. Ce qui signifie donc que le second propriétaire ne pourra pas rembourser intégralement la banque.

 

Aucune de ces deux solutions ne nous rapproche donc du cas de l’économie de troc, où les deux propriétaires réalisaient chacun 20 papayes de profits. Et où le 2nd propriétaire pouvait intégralement rembourser sa dette à la fin du deuxième mois.

 

De plus, aucune de ces deux solutions n’est réellement satisfaisante, car dans la réalité la part des profits dans le revenu reste globalement constante (au moins sur le moyen terme) et ne diminue pas à mesure que la production augmente, comme semble le suggérer notre exemple.

 

Quelle est alors la seule possibilité pour retrouver des résultats similaires à ceux de l’économie de troc ? A savoir :

 

  • Chaque propriétaire réalise un profit de 20 €..

 

  • ..ce qui permet au 2nd propriétaire de rembourser sa dette à la banque.

 

Je vous laisse un peu cogiter là-dessus et apporte une réponse en fin de semaine ! 

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 11:31

 

Nous insérons désormais la monnaie dans notre modèle. Cette monnaie a, tout comme les monnaies circulant actuellement dans nos économies, les propriétés suivantes :

 

  • Les banques peuvent la créer à partir de rien. Cette création monétaire par les banques est d’ailleurs la seule source de création monétaire (à quelques marginales exceptions près).

 

  • Les banques la créent lorsqu’un agent économique leur demande un crédit et qu’elles acceptent d’accorder ce crédit (c’est-à-dire lorsqu’elles estiment que l’agent qui demande le crédit est solvable).

 

  • La monnaie, qui est créée lors de l’émission d’un crédit bancaire, est détruite lors du remboursement de ce crédit.

 

A partir de là, reprenons le même modèle que précédemment, mais dans sa version monétaire. Les choses se passent désormais ainsi :

 

  • Au lieu de donner directement 8 papayes à ses ouvriers, le premier propriétaire va verser à chacun un salaire de 8 € (grâce à de l’argent qu’il aura emprunté à la banque). Le propriétaire ayant décidé de vendre ses papayes 1 € pièce, chaque ouvrier pourra donc en acheter 8, comme précédemment. De plus, si les 100 papayes produites par ses 10 ouvriers sont vendues, le propriétaire réalisera un profit de 20 € (car il aura vendu 100 papayes à 1 €, donc 100 € de papayes, et aura versé 80 € de salaires). Avec ces 20 €, il pourra consommer 20 papayes, comme précédemment.

 

  • Le second propriétaire va emprunter de son côté 20 € à la banque pour pouvoir payer les ouvriers qui vont défricher son champ.

 

Ce qui, graphiquement, donne la chose suivante :


 

monnaie 1

 

Comment lire ce schéma ? :

 

1/ L’entreprise du premier propriétaire demande un crédit de 80 € à la banque pour pouvoir payer les salaires de ses employés. Elle s’engage à rembourser ce crédit à la fin du mois.

 

2/ Dans le même temps, le second propriétaire demande un crédit de 20 € à la banque pour pouvoir payer ses défricheurs. Ce propriétaire sait qu’il ne pourra pas rembourser son crédit à la fin du mois car son champ n’aura pas encore produit de papayes. Il demande donc à la banque (qui l’accepte) que ce crédit lui soit accordé sur deux mois, le temps que son champ puisse produire les premières papayes.

 

Puis (schéma suivant) :


  • Les salariés consomment avec leurs salaires (on suppose qu’ils n’épargnent pas). La consommation totale est de 100 € (80 € provenant des salariés de la première entreprise, 20 € provenant des salaires des défricheurs). 

 

  • Ces 100 € permettent d’acheter les 100 papayes que le premier propriétaire avait prévu de vendre 1€ chacune. Par conséquent toute la production est vendue.

 

  • L’entreprise du premier propriétaire peut alors rembourser à la banque les 80 euros qu’elle lui avait empruntés pour payer les salaires.

 

  • Le 1er propriétaire réalise un profit de : recettes – salaires = 100 – 80 = 20 €. Il décide alors, tout comme dans le cas de l’économie de troc, de placer ces 20 € à la banque.

 

 

 

monnaie 2

 

 

Si on compare à ce stade-là, notre économie de troc et notre économie monétaire, elles semblent à première vue similaires. En effet, dans les 2 cas :

 

  • Les ouvriers de la première entreprise ont consommé 8 papayes.

 

  • Les ouvriers qui ont défrichés ont consommé 10 papayes.

 

  • Le 1er propriétaire a dans les deux cas placé 20 papayes, ou son équivalent en monnaie, 20 €, à la banque.

 

  • Le 2nd propriétaire a emprunté et a toujours une dette de 20 € (ou de 20 papayes) vis-à-vis de la banque.

 

Mais les ressemblances s’arrêtent ici, comme on va la constater en étudiant les 5 grandes propriétés de cette économie : 

 

  • Contrairement à l’économie de troc, ici profit = investissement (+ d’autres choses que nous verrons par la suite, mais dans ce cas précis il y a uniquement les investissements) : 2 preuves pour vous en convaincre :

 

  • Reprenez les deux schémas précédents en supposant que le 1er propriétaire ne verse que 70 € à ses employés. Fera-t-il d’avantage de profits comme dans le cas de l’économie de troc ? Non, parce que ses employés ne pourront du coup acheter que 70 € de papayes. Les 10 € de moins que le propriétaire verse à ses ouvriers, ce sont 10 € de moins qu’il recevra lorsque ceux-ci consommeront (et s’il y avait de nombreuses entreprises, ce serait 10 € de moins pour la demande globale).

 

  • Reprenez les schémas précédents en supposant par contre que les investissements ont baissé de 10 € (c’est-à-dire que le second propriétaire n’a emprunté que 10 € au lieu de 20, parce qu’il n’a embauché qu’un défricheur). Dans ce cas, la consommation ne sera plus que de 90 €. Et notre 1er propriétaire n’aura fait que 10 € de profits. Et s’il n’y avait pas eu d’investissements, les profits auraient été nuls. Ce sont donc bien les investissements qui génèrent les profits.

 

  • Contrairement à l’économie de troc, c’est l’investissement qui génère l’épargne : Pour vous en convaincre, vous pouvez utiliser le même raisonnement que précédemment. Si l’investissement n’avait été que de 10 €, les profits n’auraient été que de 10 € et donc le 1er propriétaire n’aurait pu épargner que 10 €. De la même manière, s’il n’y avait pas eu d’investissements, il n’y aurait eu ici ni profits, ni épargne. Ces sont donc bien les investissements qui génère l’épargne.

 

  • Contrairement à l’économie de troc, ce sont les crédits qui font les dépôts : Le raisonnement est là encore identique aux raisonnements précédents. Si la banque n’avait pas accordé un crédit de 20 € au 2nd propriétaire, le 1er n’aurait pas fait de profits, comme on l’a vu, et donc n’aurait rien pu déposer à la banque. Si 10 € avait été accordé au 2nd propriétaire, le 1er n’aurait fait que 10 € de profits et n’aurait déposé à la banque que 10 €.

 

  • Contrairement à l’économie de troc, le chômage peut être involontaire et s’expliquer par l’existence de salaires trop faibles :

 

  • Pour vous convaincre, supposons à nouveau que les investissements n’aient été que de 10 €, qu’un seul défricheur ait été embauché. Dans ce cas, la demande n’aurait été que de 90 € (10 € pour le défricheur, 80 € pour les ouvriers), soit, à 1 € la papaye, de 90 papayes (on suppose que les prix sont rigides à la baisse, hypothèse loin d’être irréaliste ! mais qu'on lèvera par la suite). Que va alors faire notre 1er propriétaire ? Tout simplement licencier un de ses ouvriers (car ça ne sert à rien de produire 100 papayes si vous ne pouvez en vendre que 90). L’ouvrier licencié est alors bien un chômeur involontaire, il accepterait de travailler au salaire en vigueur mais la faiblesse de la demande fait qu’aucune entreprise ne souhaite l’embaucher.

 

  • Comment lutter contre cette faiblesse de la demande, et donc contre le chômage ? On remarque ici que si le salaire des ouvriers agricoles avait augmenté, en passant de 8 à 9 € par exemple, il n’y aurait eu ni surproduction, ni chômage. En effet, la demande aurait alors été de 100 € (10 € pour le défricheur, 90 € pour les ouvriers), donc toutes les papayes auraient été vendues.

 

  • La surproduction est possible : Comme on a pu le voir avec l’exemple précédent, la surproduction est maintenant possible dans cette économie. Et si on suppose que les ouvriers avaient en plus chacun épargné une partie de leurs salaires sans qu’il y ait d’autres investissements, la surproduction aurait été plus importante encore.

 

On constate donc comment la simple insertion de la monnaie renverse toutes les propriétés de notre économie. Et on comprend comment la théorie néoclassique, qui essaie de décrire depuis plus d’un siècle le fonctionnement de nos économies à partir de modèles sans monnaie, peut avoir du mal à expliquer la marche du monde ! Et comment un modèle incorrect peut conduire à suggérer aux gouvernements des politiques économiques totalement contre-productives. Car si j’étais resté avec mon schéma d’une économie de troc, qu’aurais-je proposé pour faire baisser le chômage et relancer l’investissement dans notre économie monétaire ? De baisser les salaires et d’épargner d’avantage ! Ce qui aurait bien évidemment aggravé le mal, en diminuant la consommation et en augmentant le poids réel des dettes..

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 17:33

 

Dans ce billet et le suivant, je vais comparer les propriétés d’une économie de troc (que décrit la théorie néoclassique) et d’une économie monétaire (que, jusqu’à présent et à mon sens, seule la théorie du circuit parvient à décrire). Vous verrez que l’insertion de la monnaie, contrairement à ce qu’on pourrait penser intuitivement, modifie complètement le fonctionnement d’une économie. Cette comparaison entre une économie de troc et une économie monétaire est à mon avis fondamentale pour comprendre le fonctionnement de nos économies et les différences entre les théories économiques.

 

Pour cela (et comme tout bon économiste !), nous allons partir d’une représentation (très très) simplifiée de la réalité, d’un modèle, qui va nous permettre de mettre en évidence un certain nombre de faits (ce qui serait absolument impossible si on refusait cette simplification).

 

 

Notre modèle va constituer initialement en :

 

  • Une île isolée, dans laquelle existe un unique champ de papaye.

 

  • Un propriétaire, à qui appartient ce champ.

 

  • Et 10 ouvriers agricoles, qui travaillent dans ce champ.

 

On suppose par ailleurs :

 

  • Que chaque ouvrier agricole récolte 10 papayes par mois (ça paraît peu mais se sont de grosses papayes :).

 

  • Et que le deal est le suivant entre ouvriers et propriétaire : pour 10 papayes récoltées, 8 sont reversées à l’ouvrier (c’est son salaire) et 2 sont conservées par le propriétaire (c’est son profit).

 

  • (donc, avec 10 ouvriers, 100 papayes sont produites, 80 seront reversés à titre de salaires aux ouvriers et 20 forment le profit du propriétaire)

 

Graphiquement, pour une économie de troc, on obtient la chose suivante (ne sont représentés que les flux de papayes) :

 

 

troc 1

 

 

Nous complexifions maintenant un peu l’histoire en supposons que les choses se passent comme suit :

 

  • Le propriétaire n’a pas une utilité immédiate des 20 papayes qu’il vient de recevoir comme profit (c’est qu’il n’a pas encore fini de manger les 20 papayes du mois dernier). Il décide donc de placer ces 20 papayes dans une banque à papayes.

 

  • D’autre part, un nouveau propriétaire arrive sur l’île avec deux défricheurs. Ce nouveau propriétaire fait valoir un titre de propriété sur une parcelle de l’île, jusqu’à présent inutilisée. Cette parcelle correspond à un ancien champ de papayes, pour le moment en friche, et que notre nouveau propriétaire souhaiterait faire défricher afin d’y récolter à son tour de la papaye. Pour ce faire, il va employer les deux défricheurs, qui réclame chacun 10 papayes de salaires pour effectuer ce travail.

 

  • Notre nouveau propriétaire n’a pas ses papayes sur lui mais, coup de bol, il peut justement emprunter les 20 papayes que le premier propriétaire a déposées dans la banque à papayes. Il emprunte ces 20 papayes en expliquant qu’il va faire de juteux profits avec son champ défriché et qu’il pourra les rembourser rapidement.

 

Graphiquement, ça nous donne :

 

 

troc 2-copie-1

 

Notre propriétaire n°2 va faire de juteux profits, et pour cause !, son champ va mettre un mois à être défriché et après il pourra lui aussi faire bosser 10 ouvriers agricoles dessus, qui récolteront chacun 10 papayes, ce qui lui assurera un profit de 20 papayes chaque mois. Le prêt pourra donc être remboursé dès la fin du mois suivant. On suppose, pour simplifier, que ce prêt est sans intérêts (ajouter les intérêts ne changerait pas fondamentalement les résultats mais par contre complexifierait un peu plus notre modèle, c’est pourquoi je me permets de les ignorer pour le moment). Le prêt remboursé, la banque pourra rendre ses 20 papayes au propriétaire, qui pourra se faire une orgie de salade de papayes pimentées.

 

Soit, graphiquement :

 

 

troc 3 copie 1

 

5 résultats ressortent de notre étude de cette économie de troc :

 

  • Profit = Production – Salaires : Plus les salaires sont faibles, plus les profits sont élevés. La preuve, si propriétaires et salariés avaient conclu que pour 10 papayes récoltées, seules 7 seraient versées à titre de salaire aux ouvriers, le profit des propriétaires aurait été non pas de 20, mais de 30 papayes chaque mois.

 

  • L’épargne génère l’investissement : Plus l’épargne est forte, plus l’investissement pourra être fort. La preuve, si le premier propriétaire n’avait pas épargné ses 20 papayes de profits, le second n’aurait jamais pu investir pour faire défricher son champ car il n’aurait pas pu payer les défricheurs. Et on peut même supposer, si le premier propriétaire avait pu épargner 40 papayes, que 2 champs de papayes (au lieu d’1) auraient pu être défrichés. Et la production, le mois suivant, s’en serait trouvé accrue. Donc : + d’épargne = + d’investissement = + de production.

 

  • Les dépôts font les crédits : C’est parce que le premier propriétaire a placé 20 papayes dans la banque à papayes que celle-ci a pu accorder un crédit de 20 papayes au second propriétaire. S’il n’y avait pas eu de dépôts de papayes, les banques n’aurait évidemment pas pu en prêter, et s’il y avait eu d’avantage de papayes mises en dépôts, d’avantage auraient pu être prêtées par la banque. Ce sont donc bien les dépôts qui permettent d’accorder des crédits.

 

  • Le chômage ne peut être que volontaire et ne peut que s’expliquer par l’existence de salaires trop élevés : Effectivement, la seule manière de concevoir le chômage dans ce cadre serait qu’un ouvrier accepte de travailler uniquement pour un salaire de 11 papayes (ou plus). Dans ce cas, les propriétaires refuseraient de l’embaucher (car l’ouvrier leur « coûterait » 11 papayes, mais ne leur en rapporterait que 10) et serait donc au chômage. Mais ce chômeur est bien un chômeur volontaire car il trouverait facilement du travail s’il acceptait de revoir à la baisse ses prétentions salariales.

 

  • Une crise de surproduction semble impossible.

 

Ces 5 propriétés sont caractéristiques d’une économie de troc. Les théories classiques et néoclassiques, qui décrivent le fonctionnement d’une économie de troc, retrouvent donc logiquement ces 5 propriétés.

 

Dans le prochain billet nous allons étudier le fonctionnement d’une économie monétaire, en reprenant exactement le même modèle. Et voir ce que deviennent chacune de ces 5 propriétés.

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