Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 18:16

Et dans la rubrique je crois qu’on a trouvé nos deux champions, voici un petit résumé de l’article publié par Alexandru Minea et Patrick Villieu dans la revue économique en 2008*, une des plus célèbres revue d’économie de langue française.

 

Il est de bon ton en général d’affirmer dans les articles d’économie que l’Etat ne doit pas s’endetter pour soutenir la consommation. Mais l’économiste est prêt à faire un effort et à excuser l’Etat si la dette sert à investir, donc à financer des dépenses d’avenirs (en plus comme l’université et la recherche publique entre dans cette catégorie c’est tout bénéf pour le chercheur en économie !).

 

Enfin.. était prêt.. car Alexandru Minea et Patrick Villieu ont montré en 2008 que même si l’Etat s’endettait pour financer les investissements, cela réduirait notre taux de croissance de long terme. Voici le résumé de leur article :

 

1


Mais comment ces deux auteurs en sont-ils arrivés à ce résultat, obtenu « sous des conditions très générales » ?

 

Car bêtement j’aurais tendance à me dire que si l’Etat investit pour construire des infrastructures (de routes, des écoles, des hôpitaux), pour financer des projets de développements durables, etc. non seulement cela devrait créer des emplois à court terme (et donc stimuler la consommation, créant de nouveaux emplois, etc.), non seulement cela devrait nous permettre de mieux vivre (bin tout simplement parce qu’on aura de meilleures routes, écoles, hôpitaux, un meilleur environnement), mais en plus tout ça pourrait être bon pour la croissance de notre économie à long terme (car s’il y a moins de chômage, qu’on est en meilleur santé, mieux éduqué, que les entreprises disposent d’un réseau de transports plus performants et qu’on évite par des investissements présents des coûts écologiques qui pourraient se révéler considérables on devrait être à même de produire plus et mieux) et donc pour le budget de l’Etat !

 

Mais Messieurs Minea et Villieu nous disent que non, à l’aide d’un complexe modèle mathématique publié dans une célèbre revue économique (donc ils doivent a priori être plus proches de la réalité que mon simpliste raisonnement).

 

Etudions leur modèle (et ses « conditions très générales » dans lesquelles il s’applique) :

 

1ère condition très générale : Dans ce modèle il n’y a pas de chômage ! Alors effectivement, que l'Etat s’endette pour investir dans une économie sans chômage peut déjà paraître un peu moins opportun.

 

2e condition très générale : Dans ce modèle c’est l’épargne des ménages qui finance intégralement l’investissement des entreprises et, le cas échéant, la dette publique. Le crédit bancaire et tout ça, ça n’existe pas, les banques ne peuvent prêter que ce que les ménages déposent sur leurs comptes (comme cela n’est plus le cas depuis.. quelques siècles !).

 

Corolaire : à chaque fois que l’Etat s’endettera, il sera obligé de puiser dans l’épargne des ménages et donc il empêchera les entreprises d’investir (puisque l’épargne piquée par l’Etat ne sera du coup plus disponible pour les entreprises). On pourrait se dire que si une année les entreprises ont envie de moins investir, l’endettement de l’Etat pourrait être bénéfique en empêchant une partie de l’épargne de « dormir », d’être inutilisée. Mais ceci est inconcevable dans ce modèle puisque :

 

3e condition très générale : Les entreprises ont tout le temps envie d’investir et le plus possible. La seule limite à leur investissement n’est pas le niveau de la demande ou de la demande anticipée, non, mais la quantité d’argent épargnée par les ménages.

 

Corolaire : si plus personne ne consomme, au lieu de connaître une crise l’économie connaîtra un boom sans précédent, les entreprises auront plein d’épargne pour investir et alors qu’elles ne sont pas capables de vendre le moindre objet (puisque personne ne consomme) elles décideront d’investir pour doubler tous les 3, 4 ans leurs capacités de production !

 

4e condition très générale : Les ménages sont hyper-rationnels, anticipent parfaitement tout ce qui se passera dans le futur et consomment et épargnent en conséquence.

 

Le plein-emploi, l’absence de crédit bancaire (et donc de création monétaire), l’impossibilité de crises de surproduction, l’hyper-rationalité des agents, on se demande vraiment à quel pays dans le monde ce modèle aux conditions si générales ne s’appliquerait pas !

 

Bon, mais jusqu’ici rien que de très (néo)classique..

 

Dès lors, supposons que l’Etat souhaite augmenter les investissements publics mais qu'il refuse pour ce faire d’augmenter les impôts. Il doit donc recourir à l’emprunt. Que va-t-il se passer ?

 

Le financement des nouveaux investissements publics par l’emprunt va réduire l’investissement privé (puisque l’épargne des ménages qui finançait auparavant les seuls investissements privés va désormais devoir financer également les investissements publics). Puis cela affectera aussi négativement le budget public au cours des années suivantes puisque l’Etat devra payer des intérêts sur les sommes empruntées (ce qui évincera du coup en partie de ses dépenses d’investissement). Mais d’un autre côté ces nouveaux investissements (qui sont de nouvelles routes, etc.) pourront avoir un effet bénéfique sur la croissance.

 

Ces effets s’opposant, les auteurs modélisent le tout. Et après des dizaines de lignes de calculs extrêmement savantes, qui ont dû nécessiter de longs mois de travail et de stimulantes réflexions, ils en arrivent à la conclusion suivante :

 

- Si le taux d’intérêt est supérieur au taux de croissance de l’économie, alors le fait que l’Etat s’endette pour investir est une mauvaise chose pour la croissance économique de long terme. Pourquoi ? Parce que le surplus de croissance (et donc de recettes fiscales) que généreraient les investissements publics serait forcément inférieur au « coût » de cette dette en intérêt.

 

- Or (et là accrochez-vous bien !!), pour qu’un modèle néoclassique fonctionne, il faut nécessairement que le taux d’intérêt soit supérieur au taux de croissance (on expliquera pourquoi dans un prochain billet).

 

- Donc dans le modèle considéré ici le taux d’intérêt est forcément supérieur au taux de croissance.

 

- Donc les auteurs en concluent, sous des conditions très générales, que si l’Etat s’endette pour investir, cela sera nécessairement mauvais pour la croissance de long terme !! Imparable !!!

 

Mais rendons grâce à Minea et Villieu, qui savent aussi nous montrer qu’ils sont d’honnêtes scientifiques et non des idéologues : s’ils affirment que le financement des investissements publics par endettement est toujours néfaste pour la croissance à long terme, ils démontrent qu’à court terme cela peut avoir un effet positif sur la croissance. Comment ? Je vous laisse lire le passage correspondant et on traduit :

 

3

 

Traduction (et je n’invente rien !!) :

 

4

 

Ces articles, avant d’être publiés, sont lus par deux « référés » qui disent si l’article est « publiable » ou non. Heureusement, comme la majorité des économistes travaillent sur des modèles de ce type-là, celui-là a dû être accepté sans la moindre réserve.

 

On espère juste que Minea et Villieu ne consacre pas une trop grosse part de leur vie à écrire leurs articles, car tout ceci est tellement grotesque et inutile (en langage d’économiste on pourrait dire que la productivité de leur travail est négative) que ce serait vraiment un gros gâchis. Aussi je leur recommande cordialement de prendre plus de vacances, ils seront payés pareils, prendront plus de bon temps et se couvriront moins de ridicule !

 

* Faut-il financer l’investissement public par emprunt ? Les enseignements d’un modèle de croissance endogène.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

gagner à la bourse 31/10/2011 23:34


Activement votre produit se voir centré au prêt du côté de le broker en lign'et également être en situation de atteindre jusqu'à 85% de l'ensemble de votre financement. Moyennant les primes, il
vous signifie or toléré de trader de pinceau clair au sujet de les réactions en bourse, le forex, les matières indispensables (or, argenterie, huile de pierre) mais aussi les indices savants
(cac40, Nasdaq) aussi bien à la hausse que à la baisse.


gdm 21/04/2011 18:55



@Ette rodox


vous citez la gestion de l'électricité en californie. A l'époque, l'Etat avait interdit aux société vendant l'électricité de vendre au dessus d'un certain plafond de prix.  Or les prix de
gros en électrcité sont devenus supérieurs a ce plafond. Les sociétés privés ne voulaient donc pas vendre à perte. Elle refusaient de vendre. Ce fut donc une libéralisation incomplete qui avait
provoqué le dysfonctionnement de la distribution de l'électricité en californie.



gdm 21/04/2011 18:50



@Ette Rodox


1. Vous me dites être d'accord avec mon raisonnement sur le caractère aveugle des investissements publics. Pour l'école, il serait utile de faire, ex post, une évaluation de la rentabilité des
investissements dans l’Éducation Nationale. Or aucun calcul de rentabilité n'est fait. Bien au contraire, pour éviter de dévoiler leur manque d'efficacité, les politiciens affirment que le but
n'est pas d’être rentable. Pourtant, dépenser plus que ce que la valeur estimée de la production est une destruction de richesses. C'est vrai aussi pour l’Éducation Nationale. 


L'existence d'une concurrence révèlerait aussitôt la manque de productivité, le manque de résultat de l’éducation nationale. Mais aucune concurrence ne peut exister lorsque le service étatique
est quasiment gratuit pour les clients.


 


2. Mon raisonnement est le même en ce qui concerne les hôpitaux. Mais, il existe une concurrence privée. Cette concurrence des hôpitaux privés révèlent que les hôpitaux publics font les mêmes
soins en dépensant deux fois plus. Je répète alors ma question: comment l’État ose encore investir dans les hôpitaux publics sachant que leur bilan révèlent qu'ils détruisent de la valeur.


 


3. Mon raisonnement est le même pour l'assurance-maladie ou la retraite. Les comparaisons avec d'autres pays montrent que le cout français de l'assurance-maladie est plus important que les
prestations d'une compagnie d'assurance privée. idem pour les retraites. Comment donc, l’État ose-t-il encore investir lorsque des sociétés privées savent créer des richesses et que les
investissements étatiques se soldent en destruction nette de valeur.



Ette Rodox 21/04/2011 23:30



Je tique sur une phrase : "dépenser plus que ce que la valeur estimée de la production est une destruction de richesses". Ce que vous dîtes est vrai dans le cadre d'une économie de plein-emploi,
parce qu'ainsi on alloue alors les "facteurs" de production à des activités moins rentables que ce qu'ils pourraient faire. Mais dans une économie en sous-emploi, les choses sont différentes, il
n'y a pas de raisons qu'il y ait destruction de richesses, puisqu'en affectant telle personne à telle activité on ne prive pas les autres activités des ressources nécessaires à leur bon
fonctionnement. Etes-vous d'accord? Je prends un exemple extrême, mais à mon avis moins bête qu'il en a l'air. Imaginons que l'Etat paie une personne à ne rien faire par exemple et recourt pour
cela à un endettement bancaire. Dans ce cas une personne de moins est au chômage mais les autres peuvent continuer à produire comme avant, et personne n'a perdu d'argent puisque le salaire a été
payé par création monétaire. Les entreprises vont même pouvoir produire plus (en embauchant plus de gens) vu que la personne va consommer. En théorie pourquoi pas, non?


 


Concernant la comparaison entre l'assurance maladie et les assurances privées, non là vous donnez une contre-vérité. Bien au contraire le coût de l'assurance maladie est bien plus faible (qq % du
total des remboursements) que celui des mutuelles (avec leur pubs, leurs agences en centre-ville qu'elles doivent louer à prix d'or, etc... si mes souvenirs sont bons le ratio coûts de
fonctionnement sur total des remboursements est pour elles autour de 20%).


 


Concernant l'hôpital, les données que vous citez ont été largement critiquées. Par exemple (après une rapide recherche sur internet) :
http://www.revuedutresor.com/chroniques%20pdf/1-2005/173109_i_03a10.PDF ou le rapport HOPITAUX PUBLICS - CLINIQUES PRIVEES : UNE CONVERGENCE TARIFAIRE FAUSSÉE de la fhf.


 


La France est quand même réputée avoir l'un des (voir le) meilleurs systèmes de santé au monde, pour des dépenses de santé rapportées au PIB bien moins élevées que celles des Etats-unis.


 


Et j'ai bien peur également que le prétendu manque d'efficacité de l'éducation nationale ne reposent sur aucune base solide..



gdm 16/04/2011 13:15



Cet article évoque l'investissement en terme de montant total. Mais la question de la rentabilité, de l'efficacité me semble préalable et primordial. Comment évaluer l'efficacité d'un
investissement fait par l’État? L'évaluation de la richesse produite me semble nécessaire.


La richesse créée par un investissement privé est possible à évaluer. Le profit de l'entreprise indique la création de valeur pour les actionnaires. Le profit est une mesure acceptable de la
création nette de valeur pour la société dans son ensemble.


Des acheteurs dépensant avec leur agent permet de connaitre la vérité des prix. Sinon, un prix est une information arbitraire. Un investisseur dépensant avec son bon argent à lui est une preuve
d'une prévisible rentabilité de l'investissement. Et c'est même la seule preuve possible. 


Un investissement public a plusieurs défauts. Il n'est pas décidé par un investisseur responsable lui-même de son risque financier. Le fonctionnaire qui investit applique une décision venue
d'ailleurs. Nul ne peut évaluer correctement une rentabilité future. Toute méthode d'évaluation sera arbitraire. les futurs utilisateurs de l'investissement l'utiliseront gratuitement. Les
utilisateurs ne donneront donc pas d’information pertinente sur la valeur du service produit par l’État.


La rentabilité nette d'un investissement privé peut monter à 20%. Mais la manière dont un investissement public est décidé le conduit a des erreurs de choix ou de réalisation nécessairement
supérieurs à ces 20%. Lorsque la comparaison est possible, l'investissement de l’État est au moins deux fois moins productif qu'un investissement privé.


Un investissement public est ainsi doublement aveugle. Aveugle du coté de l'investisseur. Aveugle du coté des utilisateurs. L’impôt versé par un investisseur aurait donc été mieux utilisé par un
investisseur privé que par l’État. Comment l’État ose-t-il encore investir en prétendant servir la collectivité? 



Ette Rodox 21/04/2011 17:04



D'accord avec ce que vous dîtes concernant les défauts d'un investissement public, et c'est pourquoi je ne serais pas favorable à ce que l'Etat investisse dans la production de voitures ou de
tubes de dentrifice, les expériences communistes ont montré, pour ceux qui avaient encore des doutes là-dessus, que ce n'est pas très efficace !


Mais vous dîtes : Comment l’État ose-t-il encore investir en prétendant servir la collectivité? 





Je vous répondrais (entre autres) :


1. Si l'Etat n'investit pas, qui le fait ??? Qui fait des écoles, des hôpitaux, des routes, des jolis parcs
?


2. Quand l'Etat investit, en général il fait des appels d'offres, donc ce sont les entreprises privés (celles
jugées les plus efficaces) qui réalisent le projet, donc le problème ne se pose plus dans ces termes (sauf si bien-sûr les entreprises recourrent à des ententes illicites, etc.. mais dans ce cas
le problème ne vient plus de l'investissement public, mais du privé et c'est à des réglementations publiques de veiller à empêcher ces ententes)


3. En parallèle des expériences communistes on peut parler des multiples problèmes rencontrés dès que des
entreprises privées (à vision souvent court-termiste) s'occupent de domaines comme l'énergie etc.. (exemple de l'électricité en Californie), il y a donc des secteurs où la gestion publique
apparaît bien plus efficace que la gestion privée.


(etc.)


 


Non ?



Elena 02/04/2011 17:38



ette rodox qui est tu? tu me rappelle mon prof de économie, je porrais jurer que c'est la même personne!!!!!!!!!!!!!!!!!