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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 13:37

Dans la série avec une bonne dose de mauvaise foi on peut faire dire aux chiffres ce que l’on veut, je vous propose ce puissant argument de Prescott pour corroborer sa théorie des cycles réels. La théorie des cycles réels, vous vous souvenez (on en avait parlé ici) c’est cette théorie qui explique les crises par des régressions technologiques soudaines et généralisées et qui avait été récompensée par le prix « Nobel » d’économie en 2004.

 

Je refais un bref résumé de cette théorie (mais pour plus de détails, mieux vaut relire le billet précité) :

 

  • Pour les économistes néoclassiques, l’offre crée sa propre demande, donc toute chose produite parviendra à être vendue, donc les crises ne peuvent s’expliquer par une insuffisance de la demande, une surproduction.. S’il y a baisse de la production, cela doit venir nécessairement du côté offre de l’économie.

 

  • Le problème est qu’on voit mal pourquoi l’offre, c’est-à-dire la capacité à produire d’une économie, se mettrait tout d’un coup à baisser.

 

  • D’où l’idée qu’ont eu Kydland et Prescott au début des années 80 (personne n’avait osé avant) : il suffirait de supposer que l’économie est sujette à des larges et soudaines périodes de régressions technologiques. En effet, si toutes les machines se mettent à moins bien fonctionner parce que régression technologique il y a, les entreprises produiront moins, et l’économie sera donc considérée comme en crise.

 

  • Oui mais au cours d’une crise il y a aussi un fort accroissement du chômage, comment l’expliquer ? Kydland et Prescott suggèrent que ce sont les salariés qui décident spontanément d’arrêter de travailler afin de maximiser leur bonheur inter-temporel (vu que leur salaire baisse pendant la crise, autant arrêter de travailler se disent-ils pour prendre du bon temps, puis retravailler un peu plus plus tard quand la crise sera finie et que les salaires auront raugmenté).

 

Comme vous le voyez dans cette explication, l’idée de régression technologique est centrale. Oui mais.. comment convaincre vos collègues très dubitatifs quant à votre théorie que ces périodes de régressions technologiques généralisées existent bel et bien ?

 

Voici comment s’y est pris Prescott. Il a calculé les variations de la productivité aux Etats-Unis (une baisse de la productivité étant assimilée à une régression technologique) et les a comparé à la variation du PIB américain. Le résultat est représenté dans le graphique ci-dessous (ce graphique est tiré d’un article de Mankiw, la théorie des cycles réels : une nouvelle approche keynésienne, très critique envers cette théorie des cycles réels. Le output growth signifie croissance de la production et le solow residual représente la variation de la productivité).

 

théorie des cycles réels

 

Or le résultat est éloquent : on constate bien une parfaite similitude entre les variations de la productivité et celles de la production.

 

Se pourrait-il donc que Kydland et Prescott aient raison, que les crises s’expliquent par une baisse soudaine de la productivité des entreprises ?

 

Non, et je suis sûr que vous avez tous trouvé le « truc ». Si je dispose d’un magasin avec 2 vendeuses et que je vends 1000 € de produits chaque mois, je dirais que chaque vendeuse me rapporte 500 € par mois, donc que la productivité mensuelle d’une vendeuse est de 500 €. Si maintenant un mois on ne m’achète plus que 800 € de produits, la nouvelle productivité mensuelle de mes vendeuses sera de 400 €. Aurais-je pour autant le droit de dire que la baisse de mes ventes s’explique par la baisse soudaine de la capacité à vendre de mes vendeuses ? Evidemment que non. Il y a eu tout simplement une baisse de la demande pour mes produits, qui fait que mes vendeuses ont moins vendu et tout cela se traduit effectivement par une baisse apparente de la productivité de mes vendeuses.

 

Si on constate en période de crise une baisse concomitante de la production et de la productivité, ce n’est pas comme le dit Prescott (mais y croît-il lui-même ?) parce que la baisse de la productivité a entraîné une baisse de la production, mais parce que la baisse de la production a entraîné une baisse apparente de la productivité, la capacité de production des entreprises n’étant alors plus utilisée à plein. Prescott s’est juste contenté avec la plus grande mauvaise foi possible d’inverser ici le sens des causalités.

 

Qu’un enfant de 7 ans, constatant que les personnes âgées ont des cheveux blancs, nous explique qu’il suffirait de se teindre les cheveux pour ne pas vieillir, ok ! Mais quand ça vient d’un économiste hyper célèbre à qui ses pairs ont décidé d’octroyer la récompense la plus prestigieuse de la discipline, ça fait quand même un peu léger..

 

En plus pour justifier une théorie aussi grotesque.

 

(et ce mec là il travaille à la Banque Centrale américaine..)

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commentaires

MM 07/02/2011 11:01



Cher Ette Rodox (et chers tous),


j'ai suivi votre conseil, et je me suis mis à (ré)écrire mon blog. Je n'ai pas tout à fait fini la série d'articles actuels, mais j'attends vos commentaires... 


http://heterodox-eco-po.over-blog.com/


MM



rogel 05/02/2011 14:56



Est ce que c'est par ce qu'il travaille à la Banque Centrale américiane qu'il est grotesque? Ou parcequ'il est grotesque qu'il travaille à la Banque Centale Américaine?



Ette Rodox 06/02/2011 18:37



(mais si j'avais à choisir je dirais plutôt la 2)



Maule 04/02/2011 23:21



Vous devez vous consoler en vous rappelant que ce n'est pas un vrai prix Nobel, mais un prix en la mémoire de.....


J'avais commenté sur mon blog,l a phrase de Samuelson: "rien n'est impossible dans une science aussi inexacte sue l'économie"


http://lewebpedagogique.com/maule64/2009/10/25/blague-10-leconomie-une-science-inexacte/


Cordialement



Ette Rodox 06/02/2011 18:35



Oui très juste ! Et vous avez bien raison de rappeler ceci :


On se félicite que des nobélisés comme Krugman ou le talentueuex et médiatisé Stiglitz
critiquent les errements de leurs collègues, mais on n’oublie pas qu’ils ont eu leur reconnaissance académique en produisant des travaux ne malmenant pas la
mathématisation exagérée de l’économie et en n’étant pas si favorable à la régulation de l’Etat.


L'emprise des économistes néoclassiques sur la profession est telle que même les "dissidents" ont du passer par 30 ou 40 années de formalisations néoclassiques pour pouvoir être reconnu, donc
écouté..



MM 04/02/2011 13:53



Bien d'accord avec vous, les modèles RBC c'est vraiment une escroquerie intellectuelle. J'ajouterais pour ma part que c'est de la macroéconomie à un agent! Et on prétend ensuite que c'est une
méthode d'équilibre général : sauf à ce que notre agent soit schizophrène, on voit mal comment il aurait dû mal à se coordonner avec lui-même et donc à ce que sa production
corresponde à sa consommation! Sans parler de la stupidité consistant à expliquer le chômage massif de la crise de 29 par une grande épidémie de flémingite aigüe (genre les grands
départs en vacances), pardon je voulais dire en fait par un arbitrage rationnel intertemporel entre travail et loisir dont l'équilibre a été modifié du fait d'un choc exogène sur
la productivité... Plus généralement, quel intérêt d'un modèle qui ne fait qu'expliquer des fluctuations par des chocs exogènes aléatoires, alors que ce qu'il s'agit de comprendre, c'est le
caractère endogène des cycles et des crises!



Ette Rodox 06/02/2011 18:41



Oui tout à fait d'accord ! Qu'on ait pu donné un prix "Nobel" à cette théorie dépasse l'entendement, et en dit très très long sur la profession...



jean 02/02/2011 22:58



Pour que votre explication soit totalement satisfaisante, il faut encore expliquer pourquoi le chef d'entreprise ne licencie pas ses employés en surnombre, restaurant ainsi la productivité par
travailleur. Par exemple, les coûts de licenciement et d'embauche peuvent être élevés.


À propos:


http://worthwhile.typepad.com/worthwhile_canadian_initi/2011/01/spain-is-even-more-exceptional-than-the-us.html?cid=6a00d83451688169e20148c79ed5ae970c



Ette Rodox 03/02/2011 13:30



Oui tout à fait cela peut s'expliquer par les coûts de licenciement et d'embauche (coûts qui ne sont d'ailleurs pas que liés aux réglementations sur le travail, mais aussi au fait que recruter
qqun ça coûte cher, alors autant la garder dans son entreprise le temps que la croissance revienne même si en période de crise elle n'est pas employée à fond. Comme le dit l'article que vous
m'avez mis en lien et qui est effectivement très intéressant, merci !)