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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 11:49

 

Suite à une discussion dans le précédent billet avec Jean, j’écris un petit billet sur la loi des profits de Kalecki, suivi de quelques petites questions aux économistes..

 

Qu’a découvert Kalecki ?

 

Prenez une entreprise et quelques salariés travaillant pour cette entreprise. Supposez que le monde se réduit à ça. Supposez également que les salariés consomment l’intégralité du salaire que leur verse l’entreprise (autrement dit, ils n’épargnent pas). Et observez ce qu’il se passe.

 

Si l’entreprise verse 50 à ces salariés, quel va être le montant de sa recette si les salariés n’épargnent pas ?

 

50.. vous l’avez deviné.

 

De combien est donc son profit ?

Profit = recettes – coûts de production = 50 – 50 = 0.

 

L’entreprise veut faire du profit. Elle sait qu’elle a gagné 50 au cours de l’année précédente et fait le raisonnement suivant : si je ne verse que 40 cette année à mes salariés, je devrais réaliser un profit de 10 (50 – 40).

 

Oui, mais, les salariés ne pourront consommer qu’avec leur 40 de revenus du coup. Et l’entreprise au final aura toujours un profit nul :

Profit = recettes – coûts de production = 40 – 40 = 0.

 

Eh oui les coûts de production de l’entreprise (les salaires qu’elle verse) sont aussi ses recettes (la consommation que les salariés font avec leurs salaires). C’est vrai pour notre entreprise, mais ce serait vrai aussi si j’avais pris 1000 entreprises. Leurs recettes à toutes dépendent des salaires qu’elles ont toutes versés.

 

Comment peut-il donc y avoir de profits se demande Kalecki ? Nous sommes dans les années 30 et très peu d’économistes se sont posé cette question avant lui, ou du moins ne s’y sont vraiment attardés, car la question aura quand même taraudé Adam Smith et quelques autres, qui opteront pour (si je puis me permettre) la solution de facilité : on a cas qu'à dire que les capitalistes se versent leurs profits avant de les réaliser, comme ça quand ils consomment avec leurs profits eh bien ça leur fait des profits. Et le tour est joué.


C’est pas clair ? Reprenons notre entreprise, elle verse 50 à ses salariés et on suppose qu’elle s’attend à réaliser 10 de profits. Que fait-elle, peut-on se dire alors pour éluder la question des profits ? Eh bien elle se verse les 10 de profits avant de les réaliser, ce qui donne la chose suivante :

- les salariés ont reçu 50

- les propriétaires de l’entreprise ont reçu 10 par anticipation du futur profit.

 

Tous ces gens consomment, on suppose toujours que personne n’épargne.

L’entreprise reçoit 60 (50 + 10).

 

Elle dresse son compte de résultat, afin de déterminer le montant de ses profits :

Profit = recettes – coûts de production = 60 – 50 = 10.

(le versement des profits n’est bien évidemment pas considéré comme un coût de production, c’est pour ça que coûts de production = 50 et non 60).

 

Et donc, l’entreprise a bien réalisé 10 de profits, qu’elle s’est versé avant de les avoir réalisé, et heureusement qu’elle a fait ça parce que sinon elle n’aurait pas réalisé de profits, et si elle avait anticipé 20 de profits, elle aurait réalisé 20 de profits du coup, etc..

 

On peut donc expliquer les profits comme ça, mais comprenez que c’est un peu tricher, les entreprises attendent en général de réaliser des profits avant de les verser, n’en déplaise aux théoriciens.

 

Bon mais alors comment fait notre entreprise pour réaliser des profits, sans se les verser avant qu’ils apparaissent ?

 

Voici la solution de Kalecki : supposons qu’il existe une autre entreprise (B) qui produise des machines, dont la première entreprise (A) a besoin pour produire.

 

A veut acheter une machine à B. Une machine coûte 10 à produire en salaire à B. Et comme B est sympa, il vend la machine à A sans faire de profits (il la vend donc 10). Que se passe-t-il ? (si B était moins sympa, ça ne changerait rien au résultat, mais ça permet de simplifier)

 

A verse 50 à ses employés et 10 à B.

B reçoit 10 de A et verse 10 de salaires à ces employés.


Au total, les employés ont reçu 60 (50 pour ceux qui travaillaient chez A et 10 pour ceux qui travaillaient chez B).

 

Ils consomment l’intégralité de leurs revenus, en achetant des produits à A (oui car les salariés n’achètent pas de machines).

 

Nous avons donc :

Profit de B = recettes de B – coûts de production de B = 10 – 10 = 0.

Profit de A = recettes de A – coûts de production de A = 60 – 50 = 10 = le montant des investissements !

 

Des profits sont apparus !

 

Pourquoi ne compte t’on pas dans A le coût des investissements (et mettons du coup que 50 au lieu de 60) ? Parce que les investissements ne sont pas des coûts de production, seul leur remboursement est un coût. Par exemple, si on suppose que l’entreprise A a emprunté 10 à une banque pour acheter la machine produite par B, ces 10 ne sont dans un premier temps pas un coût. Par contre si l’entreprise A doit rembourser 2 sur cet investissement pendant 5 ans pour rembourser son crédit (oui la banque est sympa aussi, elle ne prend pas d’intérêt, là encore pour simplifier, mais si ça vous gêne suffit pour cela de supposer que A rembourse pendant 6 ou 7 ans..), alors chaque année ces 2 à rembourser seront comptés comme des coûts de production.

 

Mais du coup, le profit de l’entreprise A va s’amenuiser à mesure qu’elle rembourse son crédit qui lui aura permis d’acheter sa machine. Je vous laisse refaire les calculs, il sera de 10, puis de 8, de 6, etc. jusqu’à 0. En faisant appel à l’investissement, on peut donc expliquer les profits, certes, mais que temporairement.

 

Non ! Parce que pendant que l’entreprise A rembourse son crédit à l’investissement, d’autres entreprises en émettront de nouveaux (et même A peut en émettre de nouveaux aussi).

 

Bref, ce qu’il faut retenir, ce que nous apprend Kalecki, c’est que les profits sont liés aux montants investis (et non à la productivité marginale du capital comme l’apprennent 50 fois au cours de leurs études tous les étudiants en économie du monde entier, alors qu’ils ne voient pas une seule fois un raisonnement de ce type, la théorie des profits par la productivité marginale du capital peut fonctionner, oui, mais dans une économie de troc.. c’est quand même embêtant). Pas seulement les montants investis d'ailleurs, mais on pourra voir la suite une prochaine fois.

 

On a donc la première année :

Profits = investissements

 

Les années suivantes :

Profits = profits précédents + nouveaux investissements – remboursements des précédents investissements.

 

Pour ceux que ça intéresse, la meilleure illustration de la loi de Kalecki que je connaisse apparaît dans le livre de Laurent Cordonnier « l’économie des Toambapiks ». (et je ne suis pas le seul à le penser :

http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2010/04/04/lire-un-vrai-livre-deconomie/ ;-)

 

Si le raisonnement vous paraît disposer d’un semblant de cohérence, alors n’hésitez pas à demander à vos profs, collègues, amis économistes, etc. :

- Pourquoi n’entend-on jamais parler de la théorie de Kalecki à la fac ?

- Comment vous faîtes, vous, pour expliquer l’apparition de profits monétaires dans une économie ?

 

Dès que vous avez une réponse, vous me l’envoyez et je la publie de suite !!

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 09:39

 

Des économistes et des Hommes reprend donc, à un rythme qui sera très probablement moins soutenu qu’auparavant et sur un ton moins virulent. J’aimerais pour ce premier billet que l’on revienne sur la question des profits dans la théorie économique. J’avais prétendu dans plusieurs de mes billets précédents que les économistes orthodoxes n’étaient pas capables d’expliquer la réalisation de profits monétaires par les entreprises au niveau macroéconomique. Le problème, évoqué dans le billet La question de la mort qui tue : mais d’où viennent les profits ?!?!?! (1), est le suivant :

 

Comment les entreprises peuvent-elles en moyenne réaliser un profit positif (qui servira ensuite à l’autofinancement, verser des dividendes aux actionnaires et des intéressements aux employés) et comment ces profits peuvent-ils croître d’une année sur l’autre, sachant que :

- les recettes des entreprises viennent de la consommation des ménages

- les ménages consomment avec les revenus qui leur ont été distribués par les entreprises ?

(on peut supposer pour simplifier l’absence d’Etat)

 

Si ce n’est pas très clair, se référer au billet mis en lien ci-dessus !

 

Plusieurs commentateurs m’ont alors répondu que, bienheureusement, les théories orthodoxes pouvaient aisément l'expliquer.

 

J’ai exposé dans plusieurs billets une manière possible de concevoir l’existence des profits d’un point de vue hétérodoxe. Je propose maintenant aux économistes adhérents à l’une ou l’autre des théories orthodoxes de nous apporter leurs explications sur l’existence des profits. Ou à chacun de ceux qui, lecteurs de ce blog, connaissent des économistes, de leur poser cette question et de les inviter à y répondre.

 

La réponse peut constituer en un lien vers un site qui l’expliquerait, en un commentaire ou en un mail à l’adresse de ce blog heterodoxes@yahoo.fr. Je vous propose de publier ces réponses et de les discuter, afin que chacun puisse se faire une idée des différentes solutions apportées à cette question centrale de la théorie économique et opter pour la théorie qui lui semble la plus appropriée. Je reviendrais également sur l’explication que j’avais proposée antérieurement afin de la développer. Mais j’attends tout d’abord les solutions proposées par ceux qui adhèrent aux différentes théories orthodoxes..

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 14:26

Ci-joint donc quelques exemples montrant que nos économistes dominants continuent majoritairement à nier dans leurs modèles que les crédits font les dépôts, lui privilégiant l’idée que ce sont les dépôts qui font les crédits, que le financement d’un investissement nécessite la constitution d’une épargne préalable.

 

Je commence par ouvrir le Blanchard et Cohen 4e édition (ce n’est pas que j’ai spécialement quelque chose contre eux, mais les éditions Pearson m’ont gracieusement offert leur bouquin l’année dernière) et voici ce que l’on peut y lire :

 

Dans le chapitre l’origine de la croissance :

 

- p 52 : un taux d’épargne plus élevé permet « d’obtenir un niveau plus élevé de production »,  parce que comme nous l’avons expliqué précédemment, une épargne préalable est nécessaire à l’investissement. Les entreprises souhaiteraient toutes investir d’avantage, mais elles ne le font pas, non pour de sombres histoires de demande, mais parce qu’il n’y a assez d’épargne sur les comptes des banques pour les financer.

 

- p 52 juste en-dessous : dans la même veine, un pays qui épargne plus qu’un autre aura un niveau de production plus élevé.

 

Puis dans le chapitre progrès technique, accumulation du capital et croissance, quelques pages plus loin :

 

- p 62 : « Le taux d’épargne détermine le niveau de production de long terme ». « Toutes choses égales par ailleurs les pays ayant un taux d’épargne plus élevé auront aussi un niveau de production par travailleur plus élevé dans le long terme.. »

 

- p 63 : « Une augmentation du taux d’épargne va entraîner une plus forte croissance pendant un temps, mais pas indéfiniment. » Ceci signifie, comme le montre le graphique 4.2, que si l’on se mettait tous à épargner d’avantage aujourd’hui le taux de croissance de notre économie deviendrait plus important (mais oui, c’est logique, comme on consomme mois, on va croître plus, merci Blanchard et Cohen de relayer cette précieuse information), puis il retournerait à son niveau antérieur (pour de sombres histoires de rendements factoriels décroissants cette fois-ci), mais notre PIB lui se maintiendrait à un niveau plus élevé.

 

- p 72 : pour être sûr qu’on ait bien compris, il nous est rappelé qu’une augmentation du niveau d’épargne accroît le niveau de production.

 

- idem p 73, illustré cette fois par le graphique 4.6 sous lequel il est écrit en légende qu’une « augmentation du taux d’épargne entraîne une croissance supérieur » jusqu’à atteindre un équilibre où là le PIB demeurera à un niveau plus élevé.

 

- enfin, p 183, pour les mêmes raisons que celles évoquées précédemment : « A moyen terme également, la réduction des déficits engendre une hausse de l’investissement […] à moyen et à long terme, un déficit budgétaire plus faible entraîne un investissement plus fort, ce qui induit un stock de capital plus élevé, et entraîne ainsi une hausse de la production. Tout ce que nous venons de dire sur la politique de contraction budgétaire s’appliquerait de façon similaire à une politique de hausse de l’épargne privée. Une hausse de l’épargne privée entraîne une hausse de la production et de l’investissement à long terme. Mais [parce que bon il faut faire quelques furtives concessions tant la réalité dément ce qui est écrit, au risque de frôler la schizophrénie] elle peut également entraîner une récession et une baisse de l’investissement à court terme ». Les entreprises vendront donc moins aujourd’hui, mais investiront plus demain afin d’accroître leur stock de capital, évidemment.

 

Mankiw, qui raconte les mêmes histoires que Blanchard et Cohen, résume très bien la situation dans son livre Macroéconomie, p 105 (et en italique parce que c’est très important pardi) « Le modèle de Solow montre que le taux d’épargne est le déterminant clé du stock de capital d’état stationnaire. Si ce taux d’épargne est élevé, l’économie se dote d’un stock de capital important qui lui permet de produire un volume élevé de production. Si le taux d’épargne est faible, la modicité du stock de capital ne permet à l’économie que de produire un volume de production moins important. » Pour bien illustrer son propos il montre dans un graphique la relation croissante existante entre le revenu par habitant et le taux d’investissement (ou d’épargne préalable c’est strictement pareil pour lui). On retrouve alors nos peuples ascètes et nos peuples frivoles.

 

Enfin, je ne résiste pas à vous montrer un exemple de ce qu’on peut trouver dans les articles savants écrits par des économistes savants dans des savantes revues (en l’occurrence ici, la revue économique), j’ai choisi au hasard un article de Minea et Villieu (Faut-il financer l’investissement public par emprunt ? Les enseignements d’un modèle de croissance endogène), mais s’il avait fallu trouver milles exemples ce n’aurait pas été bien difficile (juste une question de temps).

 

« Si les ménages substituent difficilement leur consommation dans le temps (S faible), l’accroissement du déficit cause un affaiblissement immédiat de la croissance, car le saut initial de la consommation est positif ou faiblement négatif. Si, au contraire, les ménages substituent facilement leur consommation dans le temps (S élevée), ils réduisent fortement leur consommation initiale, au profit de l’investissement, d’où un effet positif transitoire sur la croissance à court terme (c’est le cas lorsque S = 1.5 dans la figure 4). »

 

Bin oui, si la consommation s’accroît, la croissance connaît « un affaiblissement immédiat », tandis que si l’épargne s’accroît, on a « un effet positif transitoire sur la croissance à court terme », évidemment.

 

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Par souci d’objectivité, je tiens malgré tout à évoquer le courage et l’ouverture d’esprit de Blanchard, Cohen et Mankiw, qui ont osé bravés les lignes doctrinales scindant les différents courants de pensée en évoquant au péril de leur crédibilité l’idée absolument farfelue selon laquelle une hausse de l’épargne pourrait générer, via la baisse de la consommation induite, une diminution de la production et donc des revenus des ménages. Résultat connu sous le nom de paradoxe de l’épargne. Blanchard et Cohen consacrent à cette idée un bon quart de page (à comparer à la dizaine accordée à la précédente) en annexe d’un chapitre, à titre de curiosité, juste avant les exercices d'application. Quant à Mankiw, cette idée fait courageusement l’objet des questions (b) et (c) de l’exercice 4 de la partie problèmes et applications de son chapitre 10.

 

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Ah que j’aimerais entendre un jour Jean, Yannick, Vilcoyote me dire que les économistes néoclassiques sont parfois capables de professer de sacrés inepties. Ou bien émettre quelques réserves quant au caractère ouvert et bienveillant des économistes mainstream à l'égard des autres courants (je rappelle que Blanchard, Cohen et Mankiw font partie des plus "open"). Et que j’aimerais bien entendre également Cyril Hédoin me dire que ces débats sur l’épargne et l’investissement ne sont pas d’ordre purement « épistémologique ».

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 10:14

Les crédits font les dépôts, les banques peuvent créer de l’argent pour financer les investissements, la chose vous paraît entendue (en tout cas je n’ai pas eu de remarques me soutenant le contraire).

 

En plus, contrairement par exemple à l’effet d’une baisse d’impôts sur l’économie, il est facile de voir si la chose est vraie, il suffit de demander à un banquier, à la banque centrale, il suffit de constater que la quantité d’argent augmente dans l’économie et que cet argent nouveau doit bien sortir du néant à un moment ou à un autre et être alloué à une quelconque dépense.

 

Le débat est clos, alors ?

 

Non, certainement pas, car il existe encore une (très très grosse) poignée d’irrésistibles économistes, d’obédience néoclassique (encore ! désolé.. mais ils pourraient faire un petit effort quand même), pour postuler le contraire, que ce sont bien les dépôts qui font les crédits. Attention toutefois, jamais un tel économiste n’ira vous conter les choses de cette manière à la radio ou à la télé, de peur de passer pour un indécrottable demeuré. C’est pourtant bien de cette conception dont sont gavés l’ensemble de ses modèles macroéconomiques.

 

On appréciera malgré tout la constance de notre économiste, dont les propos nous allons le voir ne s’éloigne guère de ce que professait Adam Smith il y a un peu plus de 200 ans. Malheureusement pour lui, et malheureusement pour nous, les systèmes monétaires et bancaires ont profondément évolués et se sont profondément transformés depuis.

 

                                                ------------------------------------------------------

 

Bon, mais tout d’abord regardons en quoi ce débat est important, fondamental.

 

Il l’est parce que celui qui pense que tout investissement nécessite la constitution d’une épargne préalable n’aura qu’un conseil à vous donner si vous voulez accroître le taux de croissance de votre pays : il faut épargner d’avantage !

 

Eh oui, pour croître, il faut accumuler du capital, pour cela il faut investir, et pour investir il faut qu’il y ait une épargne préalable. Donc si vous augmentez votre épargne, vous offrez la possibilité à une entreprise, qui n’attendait que ça, d’investir avec votre argent, ce qui ne manquera pas d’accroître son stock de capital et le taux de croissance de votre économie.

 

Le mieux serait encore qu’on ne consomme plus du tout, qu’on épargne 100% de notre revenu, libérant ainsi de sommes considérables pour que les entreprises puissent investir, et générant dès lors un incroyable regain d’activité. Vous n’imaginez pas les fabuleux taux de croissance et niveaux de production par tête que vous promettent les modèles de croissance néoclassique dans ce cas !

Oui, mais ferait remarquer le pilier de bar du coin, si on épargne plus on consomme moins, comment donc cela peut-il relancer l'activité ?! Aaah ces gens bêtes, soupirent l'économiste du haut de sa superbe ! Tout le monde croît pouvoir parler d'économie, alors que la plupart n'ont jamais ouvert un seul manuel de macroéconomie, quel arrogance !

 

Les peuples et les nations peuvent dès lors se diviser en deux catégories, il y a d’un côté les peuples ascétiques, sages, qui parviennent à travers un considérable effort sur eux-mêmes à s’abstenir de consommer l’ensemble de leurs revenus en futiles dépenses de consommation, épargnent une partie de leurs revenus et deviennent paradoxalement les citoyens des nations les plus riches, et de l’autre il y a les peuples frivoles, insouciants, incapables de la moindre retenue et qui par la faiblesse de leur épargne empêchent leurs entreprises nationales, qui aimeraient tant croître d’avantage, de disposer des fonds nécessaires à leurs investissements et condamnent ainsi leur pays à un sous-développement patent ! (en même temps, a t’on envie de s’dire, bien fait pour eux ! y avait cas être moins inconséquent !).

 

A l’opposé, celui qui prétend qu’une épargne préalable n’est pas nécessaire aux investissements vous incitera au contraire à consommer, vous stimulerez ainsi les ventes, donc la production et donnerez aux entreprises l’envie d’investir, et le taux d’accumulation du capital et de croissance de l’économie s’en verront augmenter.

 

Autre différence : pour celui qui pense qu’une épargne préalable est nécessaire au financement de l’investissement, l’endettement de l’Etat est une catastrophe. Toute l’épargne que l’Etat accapare pour financer sa dette devient de l’argent disponible en moins pour les investissements des entreprises. Par conséquent la dette publique empêche les entreprises de croître, freine la croissance de l’économie. C’est d’ailleurs en grande partie pour cette raison que l’idée selon laquelle l’endettement de l’Etat est néfaste pour la croissance de long terme fait « consensus » parmi les économistes (cf. billets sur la pensée unique).

 

Tandis que pour celui qui pense que l’épargne n’est pas nécessaire à l’investissement, l’endettement de l’Etat serait plutôt une chance, puisqu’en accroissant la demande globale, les dépenses de l’Etat stimuleront l’activité économique, et donc a priori les investissements.

 

 

Demain, je vous montrerai quelques exemples de ce que professent nos érudits dans leurs articles de recherche et leurs manuels les plus célèbres.

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 13:08

 

Prolongeons l’approche « circuitiste » de l’économie, présentée dans les trois billets précédents sur l’origine des profits, afin d’en découvrir d’autres résultats tout aussi peu intuitifs.

 

Pour cela je vous propose de reprendre le modèle présenté dans le billet précédent (mais d’où viennent les profits (3)) et de représenter cette fois les flux monétaires sous forme de bilan comptable.

 

Qu’est-ce qu’un bilan comptable ? C’est grosso modo un tableau à deux colonnes qui vous explique, pour un agent économique donné, d’où vient son argent et ce qu’il en fait.

 

Par exemple prenons les banques, qui sont à l’origine des flux monétaires dans notre circuit. A la question : que font-elles de leur argent ? Nous répondons : elles le prêtent aux entreprises. Et à la question : d’où vient leur argent ? Nous répondons qu’il a été tout simplement créé par elles à partir de rien (soit en latin, pour employer l’expression la plus usitée par les économistes, qu’il a été créé ex nihilo).

 

Nous pouvons dès lors dresser le bilan comptable suivant :

 

D1

 

Maintenant, passons aux entreprises.

D’où vient leur argent : elles l’ont emprunté aux banques.

Et à quoi sert-il : à payer les salaires et les investissements.

Soit le bilan comptable suivant :

 

D2

 

En suivant le même raisonnement, on dresse le bilan pour les ménages :

 

D3

 

A ce moment-là, les entreprises se retrouvent avec dans leurs caisses l’argent qu'elles ont reçu suite à la consommation des ménages (C) et l’argent qu'elles ont reçu suite aux investissements (I). Cet argent, avant que les entreprises ne s’en servent à nouveau, va demeurer sur leurs comptes bancaires. Ce qui est représenté dans le bilan suivant :

 

D4

 

Connaissant l’argent qu’elles ont reçu et l’argent qu’elles ont dépensé pour produire, les entreprises peuvent dès lors calculer les profits qu’elles ont réalisés. Pour cela, il suffit de dresser leur compte de résultats, tableau à deux colonnes également, présentant d’un côté les recettes des entreprises et de l’autre leurs coûts de production. Ce compte de résultat est présenté ci-dessous :

 

D5

 

Nous supposons que les crédits contractés par les entreprises auprès des banques courent sur plusieurs années et qu’elles n’ont rien à rembourser, ni capital, ni intérêts, au cours de la première année.

 

Par conséquent, si l’on reprend les deux derniers schémas, on s’aperçoit que les entreprises ont à la fin du processus de production une quantité (C + I) d’argent qui comprend le profit (I – S) qu’elles ont réalisé. Autrement dit, sur cette somme (C + I) d’argent :

 

- une part (I – S) représente les profits et sera versée sous formes de dividendes aux actionnaires, ou servira à l’autofinancement, etc.

 

- et l’autre part (C + I) – (I – S), qui n’est pas du profit et ne peut donc être utilisée comme tel, servira à financer la production de la période suivante.

 

Calculons cette part : (C + I) – (I – S) = C + S = W !

 

Magique ?! Les entreprises disposeront à la fin du processus de production, si elles n’ont pas commencé à rembourser les banques, de la quantité exacte d’argent nécessaire pour financer leurs coûts de production de la période suivante et redémarrer donc un processus de production ! (à moins que les coûts de production varient entre les deux périodes).

 

Premier résultat qui me semble intéressant, et dont nous nous resservirons dans un prochain billet.

 

Passons maintenant au second résultat, fondamental dans nos économies monétaire, en regardant le bilan des banques à la fin du processus de production. Les banques possèdent à ce stade sur leurs comptes à la fois l’épargne des ménages (S) et l’argent que possèdent les entreprises (C + I), qui n’a pas encore été dépensé. D’un autre côté, les banques ont prêté E aux entreprises, au début de la période.

 

Calculons la quantité que les banques ont sur leurs comptes :

(C + I) + S = C + S + I = W + I = E !

 

D6

 

 

Magique également ! Les banques se retrouvent à la fin du processus de production avec sur leurs comptes exactement la somme d’argent qu’elles ont créé au début du processus de production ! Elles peuvent donc désormais affirmer que l’argent qu’elles ont prêté n’a pas été créé à partir de rien, mais était gagé sur l’épargne, ou l’argent encore non utilisé, des autres agents économiques ! Les crédits qu’elles ont accordés avaient bien pour origine des dépôts, tout va bien !

 

Pourtant ceci n’est en réalité qu’une pure illusion (dont la théorie néoclassique s’est extrêmement bien accommodée), ce ne sont pas les dépôts des uns qui ont permis aux banques d’accorder des crédits aux autres, puisque les crédits ont été accordés avant que les dépôts n’existent, mais ce sont au contraire les crédits émis par les banques qui ont générés les dépôts.

 

Ceci se résume par la célèbre maxime suivante : ce ne sont pas les dépôts qui font les crédits, mais les crédits qui font les dépôts.

 

Il est fondamental d'avoir ce raisonnement en tête si l'on veut bien comprendre le fonctionnement d'une économie moderne. Il reste valable si l'on suppose que les entreprises versent l'ensemble de leurs profits, sous forme de dividendes, à leur actionnaire. Dès lors, nous aurons sur les comptes des banques l'épargne des ménages (S), l'argent reçu par les actionnaires (I - S) et l'argent qui reste sur le compte des entreprises (W). Le tout faisant : E.

 

Il existe encore de très nombreux résultats que l’on peut retrouver en raisonnant dans ce cadre, dans le cadre d’un circuit, d’une économie monétaire de production (par opposition à la théorie néoclassique, souvent qualifiée d’économie d’échange « amonétaire ») et que je développerais dans j’espère de forts prochains billets.

 

Une petite question et une petite critique pour finir.

 

Ce type de raisonnement vous plaît-il ? Vous paraît-il intéressant ? Pertinent ? Eclairant ? (Personnellement, ce sont ce genre de réflexions qui m’enthousiasment quand je fais de l’économie !)

 

Si oui, alors peut-être serez-vous surpris que (quasiment) jamais les choses ne soient enseignées de cette manière à l’université, que la plupart des étudiants n’entendront jamais parler de ce type de raisonnement au cours de leurs 5 années d’étude en économie. Après leur avoir enseigné les absurdités dont je parle dans mes billets sur la théorie néoclassique, on passe à des choses toujours aussi peu éclairantes quant au fonctionnement de la réalité mais beaucoup plus complexes, en apparence beaucoup plus savantes (et donc, cette dimension me paraît fondamentale pour comprendre leur succès, beaucoup plus valorisantes pour celui qui les manipule et les enseigne), mais jamais on ne traite de l’économie comme d’un circuit, qui plus est un circuit monétaire avec monnaie bancaire.

 

Alors vraiment quand un économiste qui s’affirme néoclassique s’affirme également très « ouvert » aux autres théories (comme ils font tous d’ailleurs, regardez leurs blogs ! qui se dirait « fermé » de toute manière !) je vous conseille d’accueillir ses aveux d’éclectisme avec la plus grande réserve. Le moindre petit soupçon d’intérêt aurait dû les inciter à enseigner, ne serait-ce qu’une heure ou deux, ce genre de théories, se dit-on naïvement (surtout qu’elles traitent de notions sur lesquelles la théorie néoclassique est très largement muette !). Mais bon je m’arrête là, on va encore me reprocher de me lancer dans une guerre de tranchées entre théories, moi qui enseigne la théorie néoclassique (en présentant ensuite également les autres points de vue bien sûr) à mes étudiants !!!

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 19:04

 

Pock me fait remarquer dans un commentaire concernant mes deux précédents billets sur l’origine des profits que j’avais omis le temps dans mon analyse, ce qui empêche notamment d’aboutir au résultat suivant (dont j’aurais dû parler), qui est que.. :

 

Si la création monétaire semble indispensable à l’apparition d’un profit global, toute création monétaire n’est pas forcément synonyme de profits.

 

.. et il a parfaitement raison.

 

Je vous propose donc dans ce billet de rétablir le temps (c’est-à-dire un caractère séquentiel) au sein des schémas précédents, ce qui permettra d’affiner l’analyse et de retrouver ce résultat.

 

 

Supposons pour cela que les entreprises débutent leur processus de production sans posséder au préalable d’argent. Elles vont donc devoir emprunter de l’argent aux banques non seulement pour financer leurs investissements mais également pour financer leurs dépenses de fonctionnement courantes (leurs coûts de production).

 

Appelons E (pour emprunts) la somme totale empruntée par les entreprises pour financer ces différentes dépenses. Le processus de distribution des revenus (distribution des salaires par les entreprises) n’ayant pas à ce moment été déclenché, les banques n’ont pas encore récolté l’épargne des ménages et par conséquent créent ex nihilo tout l’argent qu’elles prêtent aux entreprises.

 

Donc E = quantité d’argent créé.

 

Dans un premier temps nous avons donc un flux d’argent (E) qui va des banques vers les entreprises :

 

 profit 3.1-copie-1

 

Les entreprises dépensent ensuite cet argent, une partie servira à financer les coûts de production et l’autre partie à financer les investissements (I).

 

Les investissements sont de dépenses effectuées par des entreprises qui forment les revenus d’autres entreprises.

 

Nous assimilons les coûts de production aux dépenses de salaires (W). Ce résultat, faux au niveau microéconomique (puisqu’il faudrait prendre en compte les achats de biens intermédiaires, etc.), est vrai au niveau macroéconomique (puisque les achats de biens intermédiaires des uns forment les salaires des autres). Comme ici nous raisonnons au niveau macro, nous pouvons donc nous le permettre.

 

Nous avons donc : E = W + I

 

Ces dépenses des entreprises, à partir de l’argent emprunté aux banques, constitue l’étape 2 :

profit 3.2

 

Au cours de la 3e étape, les ménages utilisent une partie de leurs revenus pour consommer (C), l’autre partie étant épargnée (S) : W = C + S.

 

Cette épargne alimentera les comptes des banques qui pourront dès lors considérer, ex post, qu’une partie des prêts qu’elles ont accordées a pour contrepartie l’épargne des ménages.

 

profit 3.3

 

Calculons maintenant le profit global (ou macroéconomique), P, réalisé par l’ensemble des entreprises :

 

P = recette – coûts = C + I – W

 

(Comme W = C + S, nous avons C – W = - S)

 

D’où : P = I – S

 

Donc les profits correspondent à l’excès des investissements sur l’épargne. Nous retrouvons le résultat des billets précédents qui disait que les profits correspondent aux investissements non financés par l’épargne des ménages, donc dans nos exemples, aux investissements financés par création monétaire. Ou devrait-on plutôt dire maintenant : les profits correspondent aux investissements financés par création monétaire qui ne sont pas adossés, ex post, sur l’épargne des ménages.

 

Ceci constitue la première subtilité que nous permet de comprendre l’insertion du temps dans nos schémas.

 

La seconde subtilité, celle dont nous parlions au début de ce billet, est que si la création monétaire est nécessaire à l’apparition d’un profit au niveau macroéconomique, toute création monétaire n’est pas forcément source de profits.

 

Pour preuve, la quantité d’argent créé par les banques, E, dans notre circuit est :

 

Création monétaire = E = W + I

 

Tandis que le montants des profits réalisés est : P = I - S .

 

La différence entre la quantité d’argent créé et les profits est donc de :

 

E – P = W + I – (I – S) = W + S

 

La différence entre la quantité d’argent créée et les profits correspond donc aux coûts de production (W) et à l’épargne (S).

 

Et pour cause :

 

- L’argent créé par les banques ne peut constituer une source de profits pour les entreprises lorsqu’il est directement utilisé pour financer les coûts de production, puisque cet argent créé se transforme peu après en « coût » pour l’entreprise, avant de devenir une recette lorsque les ménages consommeront.

 

- Quant à l’argent créé qui finit sous forme d’épargne, il devient la contrepartie ex post d’une partie des prêts accordés par les banques, et ne participe bien sûr pas à accroître les profits au niveau macroéconomique.

 

Toute création monétaire n’est donc pas profit mais : Est profit toute création monétaire qui ne sert pas directement à financer les coûts de production des entreprises et qui n’est pas adossée ex post sur l’épargne des ménages. Autrement dit, on se répète, est profit l’ensemble des investissements financés par création monétaire et n’ayant pas pour contrepartie ex post l’épargne des ménages.

 

On retrouve l’idée avancée dans les deux premiers billets d’investissements non financés par l’épargne des ménages. Mais présentées ainsi, les choses sont plus précises et plus correctes. Merci Pock !

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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 17:47

 

Alors voici la réponse qui me paraît la plus pertinente. Cette réponse apparaît dans les modèles de Kalecki (et plus globalement dans la pensée postkeynésienne), mais on la trouve également très explicitement définie dans les ouvrages de Henri Denis (Profit, équilibre et emploi ; La « loi de Say » sera-t-elle enfin rejetée ? et Histoire de la pensée économique, tous 3 passionnants).

 

Que nous disent ces différents auteurs ?

 

Que dans une économie fermée, telle que celle décrite précédemment, les entreprises ne peuvent pas réaliser globalement du profit. Et ce pour les raisons évoquées précédemment : dans la mesure où les dépenses des entreprises constituent la source de l’ensemble des revenus avec lesquelles les ménages vont consommer, les entreprises ne pourront retirer autant d’argent en vendant leurs biens qu’elles en auront retirés en les produisant.

 

Elles pourraient à la limite en réaliser si l’on supposait que des profits réalisés au cours de l’année précédente étaient dépensés durant l’année considérée. Mais cela ne ferait que reporter le problème (d’où viennent les profits réalisés initialement ?), et surtout ne permettrait pas d’expliquer comment les profits peuvent croître d’une année sur l’autre.

 

Non, pour que les entreprises réalisent des profits, il est nécessaire de prendre un autre paramètre en compte, il est nécessaire qu’une partie des revenus de la société viennent gonfler les recettes globales des entreprises sans qu’ils ne gonflent leurs dépenses.

 

Passons en revu les différents paramètres possibles :

 

- Si les entreprises paient d’avantage de salaires, elles vont accroître à la fois recettes et dépenses, donc il ne peut y avoir apparition d’un profit global.

 

- Si les entreprises investissent en empruntant, cela accroît a priori leurs recettes sans accroître leurs coûts, l’emprunt constitue bien une source de revenu pour l’entreprise, mais ne constitue pas un coût (juste une dette qu’il faudra rembourser plus tard, qui « coûtera » plus tard). Est-ce là la solution alors ? Non, si l’on suppose comme dans la théorie néoclassique que l’investissement est la contrepartie d’une épargne préalablement constituée. Car cet investissement, qui n’aura pas augmenté les coûts, n’aura pas non plus en réalité accru les recettes. En effet l’épargne, nécessaire à l’investissement, est par définition une déduction sur la consommation et donc sur les recettes des entreprises. L’investissement n’aura fait que « compenser » la perte de recettes provoquée par l’épargne d’une partie des revenus.

 

- Le seule solution possible (enfin) est alors que les entreprises investissent, mais que ces investissement soient, comme le dit Henri Denis, « non financés par l’épargne des ménages ». C’est-à-dire qu’ils soient financés par la création monétaire (des banques). Dès lors, ces investissements non financés par l’épargne des ménages vont rentrer dans la catégorie recettes des entreprises, sans rentrer dans la catégorie coûts comme précédemment, et n’auront pas pour nécessaire contrepartie une épargne préalable, donc une moindre consommation des ménages et de moindres recettes correspondantes.  

 

Cet exposé, un peu lourd je m’en excuse !, se résume fort bien en réutilisant le second schéma du billet précédent, et en supposant que, l’épargne n’étant pas suffisante pour financer l’ensemble des investissements, une partie des investissements est financée par création monétaire bancaire.

 

 

Schéma 4 profits


On retrouve bien l’idée que la source du profit est dans les investissements non financés par l’épargne, c’est-à-dire dans la création monétaire.

 

Voici un résultat surprenant (un des plus surprenants je trouve de la théorie économique) qui relie deux phénomènes en apparence extrêmement différents : le profit et la création monétaire. Et donc, la création monétaire étant la contrepartie d'une dette, le profit et la dette..

 

Résultat a priori nécessaire, dès lors que l'on s'intéresse à une économie monétaire.

 

Et résultat en contradiction totale avec les théories orthodoxes, puisque qu’il professe que le profit ne tire pas sa source dans le rendement du capital..


 

PS (dont j'aurais du parler avant, et que je rajoute suite au commentaire fort pertinent d' RST!) : les banques créent de l'argent pour le prêter aux entreprises uniquement si elles pensent que ces entreprises vont faire du profit et pourront leur rembourser. Mais les entreprises feront du profit, comme on vient de le voir, grâce à cet argent créé par les banques ! C'est donc l'anticipation du profit qui crée le profit, autre résultat étonnant !

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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 17:36

Question en apparence fort triviale (bin les profits c’est quand les entreprises ont des recettes supérieures à leurs dépenses !), mais en réalité beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît, et sur laquelle nombres d’économistes des plus célèbres se sont cassés les dents*.

 

Commençons, pour bien comprendre le problème, par raisonner à partir d’une seule entreprise. Voici, a priori, comment se déroule le processus de réalisation et de distribution de ses profits.

 

1 : L’entreprise verse des salaires à ses salariés pour produire (appelons cette somme W)

 

2 : L’entreprise gagne, grâce à la vente de ses biens aux ménages, une certaine somme d’argent (= ses recettes, que nous appellerons R)

 

3 : Si ses recettes sont supérieures aux dépenses (R > W), l’entreprise réalise des profits, qu’elle dépensera (soit en les versant, sous forme de dividendes, à ses actionnaires, soit en réalisant de nouveaux investissements, etc..)

 

Ce processus peut se représenter par le schéma suivant :

 

Schéma 1 profits

 

Maintenant, supposons une économie dans laquelle n’existerait que cette entreprise et ses salariés. L’entreprise pourra t’elle réaliser des profits ? A priori non. Pour qu'elle réalise des profits, il faudrait que ses salariés lui versent, en consommant, plus d’argent qu’elle ne leur en a versé, ce qui est problématique puisque les salariés consomment avec l’argent que leur a versé leur entreprise.

 

Vous comprenez ? Si l’entreprise verse W, elle ne pourra au maximum, si les salariés consomment l’intégralité de leurs salaires, que recevoir ce qu’elle a versé, en aucun cas d’avantage d’argent, elle ne pourra donc pas faire de profits, R ne pourra pas être supérieur à W.

 

Certes, me direz-vous, à l'échelle d'une entreprise c'est logique..

 

Mais plaçons-nous maintenant à l’échelle du monde entier. Le monde est composé de centaine de millions d’entreprises, qui versent toutes à leurs salariés des milliards de salaires et qui espèrent toutes gagner d’avantage d’argent qu’elles en ont dépensés. Ma question est alors la suivante (en omettant l’Etat, ce qui ne change pas fondamentalement le problème) :

 

Comment les entreprises du monde entier peuvent-elles faire globalement du profit, dans la mesure où les ménages vont consommer avec les salaires qu’ils ont reçus de ces mêmes entreprises, c'est-à-dire dans la mesure où les entreprises tirent leurs recettes des dépenses qu'elles ont effectuées ?

 

Si l’ensemble des ménages du monde entier consommaient l’intégralité de leurs salaires, les entreprises ne feraient aux mieux que récupérer les sommes qu’elles ont versées aux ménages et ne feraient pas de profits.

 

Certes les entreprises retirent de l’argent également en investissement, en empruntant de l’argent aux banques, mais si ces emprunts ont pour contrepartie l’épargne des salariés alors le problème reste le même (comme l’indique le schéma suivant).

 

Schéma 2 profits

 

Or pas de profits, pas d’investissement, pas d’accumulation du capital, etc..

 

On conçoit volontiers qu’une entreprise donnée puisse faire du profit, si une entreprise quelque part ailleurs réalise des pertes. Mais je parle ici de profits globaux, à l’échelle de l’ensemble des entreprises. Je me demande comment la somme des profits des unes peut être supérieure à la somme des pertes des autres (ce qui correspond à la réalité).

 

Question qui semble pertinente, ne trouvez-vous point ?

 

Pour tenter de trouver quelque réponse à cette troublante question, je consulte l’un des bouquins les plus célèbre de macroéconomie en France, celui écrit par Olivier Blanchard et Daniel Cohen (et qui s’appelle tout simplement Macroéconomie). Je me rends directement à l’index et.. énorme déception le mot profit n’y figure pas (ni d’ailleurs le mot bénéfice).. étrange car un rapide coup d’œil semble indiquer que plus de 500 notions se trouvent dans cet index, or le profit est probablement une des notions les plus importantes en macroéconomie.. Mais bon..

 

Je m’empare alors d’un des plus célèbres bouquins de macroéconomie au niveau international, celui de Gregory Mankiw (et qui s’appelle tout simplement Macroéconomie aussi). Je me rends à l’index et.. ah le mot profit y figure, et l’on nous renvoie aux pages 15, 63, 64.

 

Que dit la page 15 sur le profit ? Que « les entreprises fixent leur niveau de production de manière à maximiser leur profit ». Ok, c’est toujours bon de le rappeler, mais ce n’est pas à cette page que nous trouverons la réponse à notre question.

 

Direction pages 63 et 64, que nous apprennent-elles ? Que les profits, ou bénéfices, constatés « correspondent grossièrement au rendement du capital ». Et… c’est pas plus compliqué que ça. Les entreprises rémunèrent leurs employés avec des salaires, leurs détenteurs de capitaux avec des profits, tout cet argent retourne directement, via la consommation, ou indirectement, via l’épargne et l’investissement, aux entreprises, et la boucle est bouclée, et il y a bien des profits, comme on peut le constater sur le schéma suivant :

 

 Schéma 3 profits

 

On devrait se réjouir, mais on se gratte la tête.. Dans ce schéma, que l’on retrouve dans l’ensemble des ouvrages néoclassiques sur la question, tout se passe comme ci les profits étaient versés en même temps que les salaires, au début du processus de production. Les entreprises versent profits et salaires, reçoivent profits et salaires, et donc elles ont bien fait des profits, mais qu’elles ont dépensés avant de les réaliser.. Or, si l’on se réfère au premier schéma et, soyons fous, à la réalité, on constate que les profits sont dépensés après être réalisés.

 

On perçoit dès lors la fine entourloupe de la théorie néoclassique, qui élude notre question de la source des profits en supposant que ceux-ci sont versés avant d’être réalisés. Si tel n’était pas le cas (et dans le monde réel ce ne l’est pas !) ils ne pourraient y avoir dans ce cadre de profits.

 

Et notre théorie préférée, celle qui sert de base aux économistes pour éclairer nos dirigeants dans leurs choix, semble souffrir à nouveau d’une bien modeste lacune, elle est tout simplement incapable d’expliquer comment les entreprises pourraient réaliser du profit, en supposant qu’elles ne versent leurs profits qu’une fois que ceux-ci ont été réalisés ?

 

Mais alors, si cette réponse que l'on enseigne partout n'est pas satisfaisante (et j'espère qu'elle ne l'est pas pour vous), d’où viennent donc les profits ?!

 

Je laisse réfléchir ceux que cette question interpelle et vous donne la réponse qui m’apparaît la plus pertinente fort prochainement !

 

 

Petite précision : prétendre que la source des profit proviendrait des profits réalisés au cours de l’année précédente ne fait que reporter le problème, n’explique pas comment les profits peuvent s’accroître et donc ne constitue pas à mon sens une réponse pertinente à la question posée.

 

 

* cf. pour plus de détails les livres de Henri Denis la « loi de Say » sera-t-elle enfin rejetée et profit, équilibre et emploi. Pour une appréhension dialectique de l’économie.

 

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