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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 17:33

 

Dans ce billet et le suivant, je vais comparer les propriétés d’une économie de troc (que décrit la théorie néoclassique) et d’une économie monétaire (que, jusqu’à présent et à mon sens, seule la théorie du circuit parvient à décrire). Vous verrez que l’insertion de la monnaie, contrairement à ce qu’on pourrait penser intuitivement, modifie complètement le fonctionnement d’une économie. Cette comparaison entre une économie de troc et une économie monétaire est à mon avis fondamentale pour comprendre le fonctionnement de nos économies et les différences entre les théories économiques.

 

Pour cela (et comme tout bon économiste !), nous allons partir d’une représentation (très très) simplifiée de la réalité, d’un modèle, qui va nous permettre de mettre en évidence un certain nombre de faits (ce qui serait absolument impossible si on refusait cette simplification).

 

 

Notre modèle va constituer initialement en :

 

  • Une île isolée, dans laquelle existe un unique champ de papaye.

 

  • Un propriétaire, à qui appartient ce champ.

 

  • Et 10 ouvriers agricoles, qui travaillent dans ce champ.

 

On suppose par ailleurs :

 

  • Que chaque ouvrier agricole récolte 10 papayes par mois (ça paraît peu mais se sont de grosses papayes :).

 

  • Et que le deal est le suivant entre ouvriers et propriétaire : pour 10 papayes récoltées, 8 sont reversées à l’ouvrier (c’est son salaire) et 2 sont conservées par le propriétaire (c’est son profit).

 

  • (donc, avec 10 ouvriers, 100 papayes sont produites, 80 seront reversés à titre de salaires aux ouvriers et 20 forment le profit du propriétaire)

 

Graphiquement, pour une économie de troc, on obtient la chose suivante (ne sont représentés que les flux de papayes) :

 

 

troc 1

 

 

Nous complexifions maintenant un peu l’histoire en supposons que les choses se passent comme suit :

 

  • Le propriétaire n’a pas une utilité immédiate des 20 papayes qu’il vient de recevoir comme profit (c’est qu’il n’a pas encore fini de manger les 20 papayes du mois dernier). Il décide donc de placer ces 20 papayes dans une banque à papayes.

 

  • D’autre part, un nouveau propriétaire arrive sur l’île avec deux défricheurs. Ce nouveau propriétaire fait valoir un titre de propriété sur une parcelle de l’île, jusqu’à présent inutilisée. Cette parcelle correspond à un ancien champ de papayes, pour le moment en friche, et que notre nouveau propriétaire souhaiterait faire défricher afin d’y récolter à son tour de la papaye. Pour ce faire, il va employer les deux défricheurs, qui réclame chacun 10 papayes de salaires pour effectuer ce travail.

 

  • Notre nouveau propriétaire n’a pas ses papayes sur lui mais, coup de bol, il peut justement emprunter les 20 papayes que le premier propriétaire a déposées dans la banque à papayes. Il emprunte ces 20 papayes en expliquant qu’il va faire de juteux profits avec son champ défriché et qu’il pourra les rembourser rapidement.

 

Graphiquement, ça nous donne :

 

 

troc 2-copie-1

 

Notre propriétaire n°2 va faire de juteux profits, et pour cause !, son champ va mettre un mois à être défriché et après il pourra lui aussi faire bosser 10 ouvriers agricoles dessus, qui récolteront chacun 10 papayes, ce qui lui assurera un profit de 20 papayes chaque mois. Le prêt pourra donc être remboursé dès la fin du mois suivant. On suppose, pour simplifier, que ce prêt est sans intérêts (ajouter les intérêts ne changerait pas fondamentalement les résultats mais par contre complexifierait un peu plus notre modèle, c’est pourquoi je me permets de les ignorer pour le moment). Le prêt remboursé, la banque pourra rendre ses 20 papayes au propriétaire, qui pourra se faire une orgie de salade de papayes pimentées.

 

Soit, graphiquement :

 

 

troc 3 copie 1

 

5 résultats ressortent de notre étude de cette économie de troc :

 

  • Profit = Production – Salaires : Plus les salaires sont faibles, plus les profits sont élevés. La preuve, si propriétaires et salariés avaient conclu que pour 10 papayes récoltées, seules 7 seraient versées à titre de salaire aux ouvriers, le profit des propriétaires aurait été non pas de 20, mais de 30 papayes chaque mois.

 

  • L’épargne génère l’investissement : Plus l’épargne est forte, plus l’investissement pourra être fort. La preuve, si le premier propriétaire n’avait pas épargné ses 20 papayes de profits, le second n’aurait jamais pu investir pour faire défricher son champ car il n’aurait pas pu payer les défricheurs. Et on peut même supposer, si le premier propriétaire avait pu épargner 40 papayes, que 2 champs de papayes (au lieu d’1) auraient pu être défrichés. Et la production, le mois suivant, s’en serait trouvé accrue. Donc : + d’épargne = + d’investissement = + de production.

 

  • Les dépôts font les crédits : C’est parce que le premier propriétaire a placé 20 papayes dans la banque à papayes que celle-ci a pu accorder un crédit de 20 papayes au second propriétaire. S’il n’y avait pas eu de dépôts de papayes, les banques n’aurait évidemment pas pu en prêter, et s’il y avait eu d’avantage de papayes mises en dépôts, d’avantage auraient pu être prêtées par la banque. Ce sont donc bien les dépôts qui permettent d’accorder des crédits.

 

  • Le chômage ne peut être que volontaire et ne peut que s’expliquer par l’existence de salaires trop élevés : Effectivement, la seule manière de concevoir le chômage dans ce cadre serait qu’un ouvrier accepte de travailler uniquement pour un salaire de 11 papayes (ou plus). Dans ce cas, les propriétaires refuseraient de l’embaucher (car l’ouvrier leur « coûterait » 11 papayes, mais ne leur en rapporterait que 10) et serait donc au chômage. Mais ce chômeur est bien un chômeur volontaire car il trouverait facilement du travail s’il acceptait de revoir à la baisse ses prétentions salariales.

 

  • Une crise de surproduction semble impossible.

 

Ces 5 propriétés sont caractéristiques d’une économie de troc. Les théories classiques et néoclassiques, qui décrivent le fonctionnement d’une économie de troc, retrouvent donc logiquement ces 5 propriétés.

 

Dans le prochain billet nous allons étudier le fonctionnement d’une économie monétaire, en reprenant exactement le même modèle. Et voir ce que deviennent chacune de ces 5 propriétés.

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