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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 17:43

J’espère pouvoir bientôt poursuivre ma présentation de la théorie du circuit, mais avant cela je souhaiterais à nouveau réagir sur un billet, en l’occurrence Le commerce ou la guerre, posté avant-hier sur le blog EcoInter Views et dont voici l’adresse :

http://www.blogg.org/blog-81005-billet-1162021.html

 

L’existence d’une corrélation négative entre les dépenses militaires d’un pays (en % du PIB) et son degré d’ouverture au commerce international ne semble pas très surprenante. La paix, ou l’absence de tensions entre pays, est généralement favorable au développement du commerce en même temps que synonyme de plus faibles dépenses militaires. De même la liberté politique, en général moins propice aux dépenses militaires est souvent corrélée à la liberté économique, propice au commerce. Et on pourrait trouver de nombreuses autres raisons susceptibles d’expliquer ainsi l’existence d’une telle corrélation.

 

Mais, de là à dire que les pays auraient un choix à faire entre « ouverture aux échanges » et « militarisation » et que le problème de la Grèce serait de n’être pas parvenue à faire cet arbitrage c’est il me semble à la fois proférer une sacrée contre-vérité et faire preuve d’un bel autisme intellectuel (pour ne pas employer un mot plus fort). C’est distiller pernicieusement, qui plus est, dans l’esprit de ses lecteurs que les pays auraient grosso modo un arbitrage à faire entre totalitarisme et libre-échange. Car c’est bien de cela dont il est question ici, la Grèce n’est pas un pays fermé, ni extraordinairement protectionniste, je rappelle qu’elle fait partie de l’espace Schengen, de l’Union Européenne, et que son taux d’ouverture est, d’après le graphique fourni sur EcoInter, supérieur à 22%, proche de celui du Royaume-Uni, de l’Italie et de l’Espagne, alors que la Grèce est de par sa situation géographique loin du cœur de l’Europe, dans une région plutôt instable, ce qui pourrait très bien expliquer le maigre écart d’ouverture qui la sépare des autres pays. Prétendre que la Grèce de l’espace Schengen n’a pas su faire un choix entre la militarisation et l’ouverture aux échanges constitue donc une belle escroquerie intellectuelle, destinée à faire croire que le problème grecque, comme la plupart des problèmes du monde c’est un peu le leitmotiv de ce blog, proviendrait d’un manque de libre-échange. Le tout doublé de l’idée que ne pas choisir la solution libre-échangiste reviendrait à choisir l’option militaire. On peut être pour ou contre le libre-échange, mais prétendre ou faire allusion au fait que l’alternative soit la militarisation, quelle misère !

 

Je rappellerais que, de même qu’une corrélation n’est pas forcément une causalité, une corrélation négative n’est pas forcément synonyme d’arbitrage. En outre, l’histoire montre qu’il n’y a pas si longtemps, au XIXe siècle, l’ouverture au commerce c’était bien souvent la guerre, les guerres que les nations européennes ont menées en Asie et en Afrique notamment, pour forcer de nombreux de pays à ouvrir leurs frontières.

 

Je conclue en posant trois questions aux blogueurs d’EcoInter, qui j’espère me répondrons :

- ne pensez-vous pas avoir franchi un seuil dans l’autisme et la mauvaise foi en affirmant que « La crise de la dette grecque révèle certainement la contradiction d'un pays qui doit faire un choix entre l'ouverture aux échanges et la militarisation » ?

- deuxièmement, j'ai du mal à trancher, quel choix a fait la Chine, ou l'Arabie Saoudite, la militarisation ou l'ouverture aux échanges ? Parce que ces deux pays ont à la fois des taux d'ouvertures supérieurs à la Grèce, et pourtant leurs dépenses militaires représentent une plus grande part du PIB que les dépenses militaires grecques.

- et troisièmement j’ai noté que vous étiez un des rares blogs à avoir de la publicité (en l’occurrence là deux panneaux de pub) et je me demandais (ce n’est pas une critique juste une question de curiosité) si c’est votre hébergeur qui vous impose ces publicités ou si elles sont là pour vous permettre de gagner quelques pécules ?

 

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Published by Ette Rodox - dans Réactions
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commentaires

DG 19/03/2010 00:32


Bonjour,
En réponse à vos trois questions:
1. L'arbitrage naît d'une difficulté à mener de front deux objectifs contradictoires à terme: ouverture commerciale et accroissement du budget de défense. C'est cette "tendance" qui impose à un
moment ou l'autre de sacrifier l'un ou l'autre de ces objectifs. Arbitrage et "tendance" ne sont pas confondus mais en articulation.
2. Vous n'étayez pas vraiment l'idée selon laquelle l'économie grecque ne serait pas particulièrement fermée.Certes le ratio commerce/PIB est très significatif mais il faut le comparer à des pays
de "taille" similaire (population , PIB). Il apparaît que l'économie grecque est la plus fermée de tous les pays européens de moins de 20 millions d'habitants (le phénomè ne est encore plus
marqué si on retient le ratio export/PIB).
Dans le même temps les dépenses militaires grecques sont anormalement élevées or Simon Kuznets a expliqué il ya bien longtemps que le financement de la défense représente une contrainte financière
très (trop) forte pour un petit pays.Compte tenu de sa taille la Grèce devrait être à la fois moins militari
sée et plus ouverte.
3. Chantage à la guerre? Possible mais l'argument n'a de sens que si le débat se réduit à un affrontement protectionnistes/ libre-échangistes parfaitement sectaire et caricatural. Or cela fait
longtemps que la
théorie économique a dépassé ce stade de sorte que l'on peut s'opposer de façon plus dialectique aux hystériques de l'ouverture. Connaissez vous les travaux de l'économiste D. Rodrik (1998)? Il
démontre que plus l'économie dépend du commerce extérieur plus les dépenses
sociale ont tendance à augmenter afin de répondre aux besoins des "perdants" de la mondialisation (d'ailleurs l'échec actuel de la mondialisation néolibérale ne réside-t-il pas dans le retard qu'a
pris la protection sociale aux Etats-Unis et en Chine? (Michel Aglietta)? Comme une stratégie d'ouverture crédible s'accompagne tôt ou tard de dépenses sociales nouvelles (sans doute au détriment
des budgets militaires)il est possible à la crique sociale de se faire entendre sans risque d'être accusée de je ne sais quel bellicisme puisque ce sont les néolibéraux qui ne se donnent pas les
moyens de construire une économie mondiale équilibrée et pacifiée.


Ette Rodox 20/03/2010 18:33


Bon je regrette, nous commençons déjà par tourner en rond..
Concernant le point 1) vous essayez de noyer le poisson je trouve. Je me répète mais un arbitrage c'est un choix, c'est soit l'un soit l'autre, une tendance c'est quand on fait l'un on a tendance à
faire l'autre. Ici nous sommes en présence d'une tendance non d'un arbitrage.
Concernant le point 2) vous ne répondez pas à la question. Qu'un pays plus petit ait tendance à être plus ouvert, certes, que les dépenses militaires représentent une contrainte financière, certes,
que la Grèce soit à la fois moins ouvert que des pays de taille similaire, et ai des dépenses militaires un peu plus élevées, certes (mais en même temps elle se trouve à la fois à la marge de
l'europe et dans une zone très particulière), mais que le pb de sa dette résulte de ne pas avoir su faire un arbitrage entre militarisation et ouverture aux échanges c'est une autre histoire
(d'ailleurs avez-vous des exemples qui montrent une volonté farouche de la part des autorités grecques de limiter la libre-échange?).
Et concernant le point 3), même si je ne suis pas un farouche partisan du protectionnisme et que je lui préfèrerai d'autres solutions, je ne trouve pas que le débat protecionnisme/libre-échange
soit dépassé, sectaire ou caricatural. C'est un débat qui a sa place comme un autre, le site internet "pour un protectionnisme europeen" par exemple propose des analyses intéressantes, qui ne me
semble pas répondre à ces 3 critères.
Les travaux de Rodrik oui sont parmi les plus connus, mais pareil je ne vois pas le lien avec les commentaires précédents, le but n'est pas de faire un débat protectionnisme/ libre-échange mais de
savoir si la conclusion que vous avez tirée à propos de la situation grecque n'est pas erronée.
Sur la protection sociale des Etats-Unis et de la Chine, il faudrait que je lise le papier d'Aglietta. Mais à vu de nez, ce n'est à mon avis pas une des causes du problème, mais plutôt une des
conséquences (la mondialisation actuelle favorisant les pays les plus laxistes socialement, environnementalement, etc.. les pays n'ont pas intérêt à améliorer leur protection sociale)


Denis Gouaux 15/03/2010 01:30


Bonjour,
Il existe en effet, me semble-t-il, un arbitrage entre l'ouverture aux échanges et le degré de militarisation (le fait que la paix entre européens nous semble aller de soi nous rend la chose moins
sensible).

Vous convenez vous même que ces deux comportements ne sont pas durablement conciliables, pourquoi dès l
ors penser ce dilemme en d'autres termes que, par exemple, le célèbre arbitrage chômage/inflation?
Ce qui serait embetant c'est qu'il n'y ait justement point arbitrage. Il ne serait pas très rassurant que les tendances guerrières soient totalement insensibles aux relations commerciales et que
l'on puisse commercer dans un contexte guerrier comme si de rien n'était.Cet arbitrage a quelque chose d'heureux ne trouvez vous pas?
L'idée que le rapprochement par le commerce (étymologiquement "contact pacifique") puisse avoir des vertus pacificatrices est somme toute assez banale( tiens souvenons nous un peu de la France
impériale d'avant la construction européenne).
Bref je ne vois pas où se situe le problème, à moins que vous ne vous ne redoutiez que cela autorise les terribles néolibéraux à user d'une sorte de chantage à la guerre pour faire passer leurs
réformes. Mais figurez vous que l'on peut très bien rester social démocrate voir plus dans un contexte d'ouverture commercial...et que ces vilains économistes orthodoxes sont peut être un peu plus
malins que cela.
DG


Ette Rodox 16/03/2010 10:14


Bonjour, non il y a une grande différence avec l'arbitrage chômage/inflation (et je pense que vous le savez).
Cet arbitrage nous dit qu'il faut choisir entre un peu moins d'inflation et un peu plus de chômage, ou un peu plus d'inflation et un peu moins de chômage. Dans le cas qui nous intéresse, il n'y a
pas à choisir entre un peu plus d'ouverture et un peu moins de dépenses militaire ou l'inverse. Il n'y a pas un choix qui serait imposé par les conditions économiques comme pour l'arbitrage entre
inflation et chômage. D'ailleurs vous dîtes vous-même que les pays du moyen-orient "ne suivent pas le tendance", ce qui serait bien compliqué s'il y avait réellement un arbitrage à faire. C'est
toute la différence entre un arbitrage et une tendance. Et votre erreur je pense est d'avoir fait passer une tendance pour un arbitrage. Et effectivement cela pourrait donner lieu à une sorte de
chantage à la militarisation. Vous n'êtes pas pour la poursuite du libre-échange, alors vous êtes pour un regain de militarisation. Vue la manière dont vous l'avez présenté dans votre
billet, il est possible de comprendre les choses ainsi. Et cette erreur/confusion, vous ne l'auriez certainement pas faîte dans l'autre sens.

Quant à dire que le pb de la dette grecque serait de ne pas avoir su réalisé cet arbitrage.. Que le pb de la dette grecque soit lié en partie à un excès de dépenses militaires, sûrement, qu'il
s'explique par le fait que la grèce n'aurait pas su réaliser un tel arbitrage alors qu'on le voit son degré d'ouverture n'a rien d'extrêmement bas, bon mais je l'ai déjà dit.. (d'ailleurs il y a eu
de nbx articles sur le sujet, qui expliquent très bien la situation de la grèce aujourd'hui sans accorder un poids important aux dépenses militaires ou à l'ouverture aux échanges)

Du coup je vous repose qq questions :
- Etes-vous d'accord d'avoir employé le terme arbitrage là où vous auriez du parler de tendance ?
- Etes-vous d'accord que le pb de la grèce, s'il est peut-être partiellement lié à une histoire de dépenses militaires, n'a pas gd chose à voir avec un pb d'arbitrage entre militarisation et
libre-échange ?
- Enfin êtes-vous d'accord qu'en parlant d'un arbitrage militarisation/ouverture aux échanges, on n'est pas très loin du "chantage à la guerre" ?

Pour finir, nul besoin de caricaturer ma vision des économistes orthodoxes ou des néolibéraux (mais je comprends que la caricature soit plus commode), comme je l'ai déjà précisé milles fois ce sont
des gens de bonnes foi, mais qui prennent de fort mauvaises décisions (car ils s'appuient sur une théorie erronée), la situation excécrable du monde actuel pourrait suffire à en fournir la preuve.
Et comme le dit Jacques Sapir, un politicien ou l'économiste qui le conseille n'est pas jugé sur ses intentions mais sur ses actes.


Denis Gouaux 13/03/2010 20:40


Bonjour,
Ce n'est par autisme mais tout simplement par ignorance de vous que je n'avais pas remarqué votre intervention. Vous fîtes bien de vous signaler directement sur notre blog (EcoInter Views) afin
d'obtenir la réponse de vos souhaits.

La Grèce donc. Ne la comparons pas au Royaume Uni ou à l'Italie mais suivons votre intuition géographique qui amène à rapprocher ce pays de son "ennemi" si proche, la Turquie. Ces deux nations
présentent actuellement le même taux d'ouverture, qui a progressé d'environ 3 points en 10 ans. Toutefois il n'en va pas de même concernant le budget de la défense. En dix ans (1998-2008) la
Turquie a divisé par deux son effort militaire (2,1% du PIB contre 4,1% en début de période) tandis que la Grèce, pourtant impliquée dans l'euro, n'a réduit que de 28% les mêmes dépenses (de 4,3%
du PIB à 3,1%-chiffres disponibles sur le site Perspective Monde).La Grèce a fait le choix de consacrer plus de moyens à sa protection militaire que son voisin turc, ce "surarmement" relatif
correspond à environ 1% du PIB grec. Il y a là un volant budgétaire dont je suis certain que la population grecque saurait faire un usage beaucoup plus pertinent, efficace et juste.
Vous mentionnez la Chine, l'Arabie Seoudite pour infirmer la corrélation entre commerce et dépenses militaires. Il est vrai que les pays du moyen-orient ne suivent pas la tendance commune
etj'aurais plutôt pris Israël comme exemple (effort de défense identique à l'Arabie Seoudite pour un taux d'ouverture deux fois plus faible).
Pour vous aider à trancher le cas de la Chine sachez que dans les vingt dernières années ce pays à simultanément doublé son taux d'ouverture et divisé par deux l'intensité de ces efforts
militaires.Le ralentissement de ces dépenses devrait s'accentuer à l'avenir (voir des articles récents dans la presse).
Vous êtes fort imprudent lorsque vous dîtes que le "leitmotiv" de notre blog serait de proposer le libre-échange comme solution de tous les "problèmes". Lisez nous plus attentivement et vous vous
en convaincrez.
Votre remarque terminale porte sur la publicité qui est présente sur notre blog. A ce jour elle ne rapporte pas plus qu'il n'en faut pour se procurer un carnet de timbres (que nous divisons en
deux)mais je compte sur vous pour nous faire connaître et, pour ma part, je suis ravi de contribuer gratuitement au succès de votre blog.
Denis Gouaux


Ette Rodox 14/03/2010 20:37


Bonjour et merci pour votre réponse.

Concernant votre premier paragraphe je constate que la notion d'arbitrage entre ouverture aux échange et militarisation n'apparaît plus. De même que l'idée selon laquelle le pb de la dette grecque
serait de ne pas avoir su réalisé cet arbitrage.
Après je suis d'accord que le Grèce pourrait consacrer une part des ses dépenses militaires à un usage plus pertinent (mais je me répète ce n'est pas vraiment ce qui disait votre billet).

Concernant la Chine, si cette histoire d'arbitrage n'apparaît plus non plus ça me va. Que le développement et l'ouverture au commerce s'accompagne d'une baisse des dépenses militaire je veux bien
le croire (mais il ne faut pas laisser entendre que c'est l'un ou l'autre).

Quant à la réponse à ma troisième question, je vous remercie ma curiosité est satisfaite !


jean 13/03/2010 17:49


Oui, la causalité suggérée n'est pas très probante.
Surtout que l'on peut remarquer que la Grèce est assez excentrée dans la zone euro. Ce qui peut expliquer à la fois son isolement commercial relatif (et aussi le différentiel d'inflation à
l'origine de la crise de compétitivité actuelle), et ses problèmes de voisinage.
Ceci dit, réduire les dépenses militaires est une piste à ne pas négliger pour résoudre la crise de la dette publique grecque.

Ceci dit, je suis toujours étonné de votre façon de considérer l'économie orthodoxe comme un bloc monolithique (avec son politburo composé de capitalistes armés jusqu'aux dents?).


Ette Rodox 14/03/2010 19:38


Oui bien sûr la réduction des dépenses militaires est une piste à ne pas négliger pour résoudre la crise de la dette publique grecque. Mais ce n'est pas ce qui était dit dans ce billet.

Il y a je regrette un très large socle commun parmi les économistes orthodoxes sur la manière de concevoir les problèmes économiques contemporains. (Et c'est bcp plus pernicieux qu'un politburo! ce
sont des gens libres de penser, mais qui ont tous reçu la même formation et conservent un fort attachement pour la théorie avec laquelle ils ont appris à découvrir l'économie, etc.. pas besoin de
faire appel à une théorie du complot)