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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 14:29

Voici donc, malgré une trêve de 6 mois, 1 an (+ un jour) que le blog des économistes et des Hommes existe ! L'occasion de faire un petit bilan..

 

Le principal reproche qui m'a été fait au cours de cette année a sans aucun doute été mon « acharnement » à critiquer la théorie néoclassique, sur un ton qui plus est relativement acerbe. S'il est indéniable que ces critiques répétées et le ton sur lequel elles ont été proférées ont pu rebuter un certain nombre de personnes et nous priver du même coup d'une partie des débats que j'aurais aimé instaurés, je dirais pour ma gouverne :

1/ Que le blog ne se résume pas qu'à cela.

Et surtout 2/ que ces critiques restent quoiqu'il en soit fondées !

 

Lorsqu'au cours de vos études, vous avez fait un petit détour par un master 2 d'économie à l'université de Toulouse, université dont tous ses profs se félicitent qu'elles figurent quasi-systématiquement en tête des classements des meilleures facs d'éco d'Europe, et que durant ce master :

- La seule théorie sur les cycles que vous apprenez est la théorie des cycles réels, qui explique que le chômage en période crise vient de ce que les salariés souhaitent arrêter de travailler, au grand dam de leur patron, pour maximiser leur bien-être intertemporel.

- On vous explique, via le modèle OG-DG, que pour les keynésiens une politique de relance peut faire baisser le chômage, parce qu'en augmentant ses dépenses l'Etat génère de l'inflation (il ne sait faire que ça), ce qui fait baisser le salaire réel et a donc un effet bénéfique sur l'emploi (puisque même pour leurs keynésiens à eux le chômage vient du niveau trop élevé des salaires). Tandis que pour les autres, les politiques de relance sont inefficaces, équivalence Ricardienne oblige, parce que tout l'argent issu de cette politique va être épargné par les ménages, pour prévenir le jour où des décennies plus tard l'Etat raugmentera ses impôts pour combler les déficits issus de sa politique de relance.

- Vos enseignants sont absolument incapables d'imaginer une explication du chômage autre que part le niveau trop élevé des salaires (comme par exemple au hasard une demande trop faible).

 

Puis qu'au cours de vos études :

- Vous maximisez des centaines de fois des fonctions de production d'entreprises ayant des rendements décroissants, qui vous sont présentés comme la norme.

- La seule théorie sur la détermination des salaires que vous apprenez et réapprenez chaque année, est que les salariés touchent un salaire égal à leur productivité (la détermination des salaires n'aurait absolument rien à voir avec un quelconque rapport de force entre patrons et salariés, on se demande à quoi servent et on pu servir les syndicats).

- Vous apprenez que la protection de l'environnement ne peut se faire qu'au détriment de la croissance, la preuve vous étant apportée par des modèles sans chômage et dans lesquels la production diminue parce qu'il faut prélever des travailleurs dans les industries traditionnelles pour les faire travailler dans les industries liées à l'environnement . Et que ces modèles de plein-emploi sont ceux qui servent à évaluer les coûts de la mise en œuvre du protocole de Kyoto ! Coûts qui expliquent en partie la réticence des gouvernements à mettre en oeuvre ce genre de politiques..

 

Et ce n'est là qu'un petit échantillon..

 

Il est à mon avis assez sain d'entrer (radicalement) en opposition avec ces théories que vous avez passé des centaines d'heures de votre vie à apprendre et à réviser.. Et j'avoue que ne pas le faire (lorsqu'on a conscience de se que décrivent ces modèles) dépasse assez largement mon entendement.

 

De même lorsqu'on lit :

- Que 57% des personnes qui n'ont pas d'emplois en France sont en situation de non-emploi volontaire, c'est-à-dire que si elles le souhaitaient elles pourraient trouver facilement du travail, ce qui signifie qu'il y a potentiellement plusieurs millions d'emplois en France qui seraient à pourvoir, mais qu'on ne  les propose pas aux chômeurs actuels parce qu'ils seraient vraiment trop bêtes pour les occuper. Et que ce travail fait office de référence concernant la situation de l'emploi en France.

- Que des chercheurs reconnus ont écrit et publié un article dans une revue prestigieuse démontrant que la création de postes de fonctionnaires augmentait le chômage, à l'aide d'un modèle d'une débilité si profonde qu'on voit mal à quoi le comparer d'autres dans l'histoire des sciences (à part peut-être les modèles de leurs collègues).

 

 

Et que tout cela ne suscite aucune réaction négative de la part de l'immense majorité des économistes, bien au contraire..

 

Je veux bien qu'on m'explique que l'Etat le plus souvent fait mal son travail, que ses politiques de relance elles servent à rien, que les fonctionnaires grèvent le budget de l'Etat, que les chômeurs y en a un paquet qui le sont parce qu'ils le veulent bien, que protéger l'environnement coûtera forcément des emplois, que les salariés touchent ce qu'ils méritent, que le chômage c'est la faute aux salaires trop élevés, ou  dans un autre registre que les blancs c'est les plus forts, mais alors qu'on le fasse à partir d'arguments un minimum scientifique, et non à partir de modèles ou d'expériences complètement stupides.

 

De même, je veux bien qu'on m'explique que l'ouverture au commerce est bon pour l'économie, mais pas qu'on me le justifie par un ridicule chantage à la guerre. Et je veux bien entendre aussi les arguments de ceux qui pensent que la désindustrialisation de la France n'est pas si grave que ça, mais qu'on ne vienne pas me raconter que ceux qui s'en inquiètent et que les centaines de milliers de travailleurs qui se retrouvent au chômage sans espoir de retrouver un jour du travail sont des fétichistes, en le justifiant par une analogie absurde avec l'industrie pornographique.

 

Bref, peut-être ma manière d'amener tout cela était-elle maladroite je ne sais pas, mais je trouve un peu léger, voir facile, de se contenter de critiquer mon « acharnement » sans jamais ne considérer la bêtise des travaux que je « m'acharne » à critiquer.

 

Mais le blog ne se résume pas qu'à cela.

 

Un certain nombre de billets ont été consacrés à la question de l'origine des profits. L'objectif n'était pas de critiquer les profits etc., comme certains l'ont cru, mais d'essayer de comprendre comment les entreprises peuvent réaliser des profits monétaires à partir des seuls salaires qu'elles ont versées à leurs salariés. Cette question est, vous en conviendrez, essentielle, primordiale, centrale, pour comprendre le fonctionnement des économies. Or, les modèles orthodoxes, qui ne raisonnent pas dans le cadre d'une économie monétaire de production, ne l'abordent jamais. Et la question n'est tout simplement jamais abordée avec les étudiants, qui ont par contre en plusieurs années d'études le temps de revoir plusieurs fois les mêmes modèles orthodoxes. Ce que je dis là c'est quand même du concret, dans une économie où un champ produit 100 kg de patates, s'il n'y a pas de monnaie c'est facile, le propriétaire du champ donne par exemple 70 kg de patates à ses ouvriers et s'en garde 30, c'est son profit. Mais s'il y a de la monnaie, comment le propriétaire, en donnant 70 euros à ses ouvriers (à 1 euro le kilo de patates) peut-il en gagner 100, de manière à faire 30 euros de profits et à pouvoir s'acheter les 30 kg de patates qui lui revenait avant l'arrivée de la monnaie ?  J'attends toujours une réponse. On peut penser ce qu'on veut de la solution, mais il faut au moins en avoir une, et comment expliquer qu'une telle question ne soit jamais abordée à la fac ????? (d'ailleurs, lorsque je la pose à mes étudiants, au milieu des multiples maximisations de fonctions qui forment l'essentiel des exercices du TD et les ennuient, ils ont l'air vraiment intrigués, ont envie de connaître la réponse, redeviennent tout à coup curieux). Mais si vous voulez être considéré par vos pairs, mieux vaut apparemment ne pas se poser cette question.. Quelle que soit son opinion politique, avouez que c'est quand même incroyable et en dit long sur la manière et les biais avec lesquels l'économie est enseignée.

 

Quelques autres billets ont traité du sujet tabou de la planche à billets, et montrer que même un prix Nobel d'économie, même des économistes considérés comme très sérieux, pensent qu'un recours intelligent à la planche à billets pourrait alléger bien des souffrances..

 

Quant aux derniers billets, ils s'attachent à montrer la manière dont les différentes théories économiques traitent d'une question économique donnée. C'est dans cette direction je pense qu'iront les prochains billets.


Je conclue ce billet sans vraiment queue ni tête en remerciant les différentes personnes qui commentent régulièrement ce blog, et tout particulièrement RST et Jean. Moi qui suis assez avare de commentaires sur les autres blogs (mais ne rate pour autant jamais les billets des blogs que j'ai en lien !) avoue apprécier particulièrement les critiques, remarques ou appréciations que je trouve dans vos différents commentaires, et qui sont un encouragement à continuer ainsi qu'une source d'inspiration pour mes futurs billets !

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Published by Ette Rodox - dans Divers
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commentaires

jeanne 12/12/2010 01:28



Bonjour, 


J'ai découvert votre blog aujourd'hui et il m'a extrêmement intéressée. Il répond tout à fait aux questions que je me pose, et que j'ai été amenée à me poser non pas par les cours d'économie que
je suis, mais grâce aux influences d'anciens étudiants qui ont suivi les cours d'un économiste hétérodoxe de la faculté de Dijon, M. Bernard Schmitt. J'ai simplement une question qui doit sans
doute vous revenir souvent. Je suis actuellement en classe préparatoire BL et je vais passer une épreuve d'économie au concours de l'école normale supérieure de Cachan, pensez-vous que dans ma
composition je puisse développer la thèse de la monnaie endogène? 


Sachez que je compte désormais lire votre blog avec intérêt, 


Jeanne



Ette Rodox 12/12/2010 15:29



Bonjour et merci, je ne connais pas le programme d'économie des prépas BL ni la manière dont se passe le concours de l'ENS cachan, donc je ne sais pas si je suis le mieux placé pour répondre à ta
question, mais comme ça je te conseillerais dans ta composition de suivre le programme que vous avez étudiez. Et si ce programme est le programme classique avec présentation du multiplicateur
monétaire, du modèle IS-LM etc.. et aucune mention de monnaie endogène, peut-être est-ce du coup plus prudent de ne pas en parler.. (ou alors de manière très succinte, par exemple en conclusion,
pour montrer que tu as su allé plus loin que le programme..)


Personnellement c'est comme ça que j'ai été pris en thèse, en faisant un mémoire en M2 à mon sens sans intérêt, dans lequel n'apparaissait jamais la monnaie par exemple, sinon c'eut été plus
compliqué.. Si j'avais commencé à parler de monnaie endogène, il est certain que je n'aurais pas été pris ! Mais après ça dépend aussi des labos..



jean 30/11/2010 00:12



 


2. À supposer que l'action publique soit gratuite, je ne comprends pas le statut particulier que vous semblez donner à l'environnement. Il y a plein d'autres choses que le gouvernement peut
faire: biens d'équipement, éducation, services médicaux...


Ensuite, la protection de l'environnement ne passe pas seulement par des emplois publics mais AUSSI à la réduction des émissions, qui passe par une restructuration de la production, dont je ne
vois pas bien comment elle ne pourrait pas avoir de coût.



Ette Rodox 01/12/2010 09:29



Oui tout à fait ça marche aussi avec ce que vous dîtes, je ne donne aucun statut particulier à l'environnement, c'est juste que là on parlait d'environnement.


Et je ne dis pas que la protection de l'environnement ne pourrait pas avoir de coût, je dis juste qu'estimer ce coût dans un modèle de plein-emploi où on prend de travailleurs dans les industries
traditionnelles, etc.. c'est débile. Rien de plus. Et jspr que sur ce point vous êtes d'accord avec moi.



jean 27/11/2010 20:49



@Ette Rodoxe:


1. Oui, bien sûr que les stocks de patates ou de voitures ne sont pas des investissements très valables. Il y a évidemment un problème si celui qui touche les profits ne veut ni investir ni
consommer, mais cela n'arrive normalement (ce qui effectivement n'exclue pas la possibilité de crises) pas  car:


_dans le cas d'une entreprise unique, cette dernière se rend bien compte que c'est débile.


_il y a un secteur financier pour l'y forcer dans le cas de plusieurs entreprises.


2. Qui vous dit que les chômeurs sont qualifiés pour travailler dans les métiers de l'environnement?


Par ailleurs, je vous rappelle qu'il y a déjà un quart de la population active dans le secteur public et le chômage en France n'y est pas plus faible que dans des pays connaissant un secteur
public plus petit.



Ette Rodox 29/11/2010 18:17



Pour le 1. je veux bien que vous détailliez un peu car je ne vois pas en quoi ce que vous dîtes répond aux arguments développés dans mon commentaire.


Pour le 2, vous n'avez pas dû bien lire mon commentaire, peut-être que les travailleurs sont qualifiés pour les métiers de l'environnement, peut-être pas, y aurait qu'à vérifier (mais bon quand
même..), je dis juste qu'il est absurde de partir du principe, comme le font les modèles néoclassiques, qu'il n'y a pas de chômage et donc qu'il faille nécessairement prélever des travailleurs
dans les indutries existentes pour les faire bosser dans l'environnement.



jean 27/11/2010 18:59



@Ette Rodoxe


Pour votre producteur de patates, c'est très simple soit il consomme les trente patates restantes et auquel cas il n'y a plus de problème.


Soit il épargne ces 30 patates (pour faire un alcool fort?) et il peut rajouter 30 patates à son actif, ce qui au miracle augmente son bénéfice de 30 euros, bénéfice éventuellement monétisé par
le système bancaire.


 


Ensuite, lier le protocole de Kyoto au problème du chômage me semble assez inepte pour ne pas dire dangereux du point de vue politique. Mélangez deux problèmes peut mener à des résultats peu
judicieux. Premièrement, la confusion avec le problème de l'épuisement des énergies fossiles a des effets assez pervers. En effet, pour réduire l'émission de CO2, à consommation énergétique
égale, il serait assez logique de reposer plus sur le pétrole que sur le charbon, mais je doute que JM Jancovici ou YA Bertrand le présente de cette manière (vu que les réserves de charbon sont
nettement supérieures). Deuxièmement, la confusion avec le problème du chômage peut avoir des effets désastreux. Il suffit de voir l'intervention de Mme Royal au sujet de la taxe carbone pour le
comprendre. Il se peut que la lutte contre le réchauffement climatique passe par plus d'emplois publics (plus de recherche ou de contrôles) où qu'il passe au contraire par moins d'emplois publics
(moins de routes par ex.). Par contre, affirmer comme certains que l'on est contre la taxe carbone parce qu'on est pour l'écologie positive qui crée des emplois est stupide. Trier les déchets,
construire des éoliennes ou des centrales nucléaires n'est pas plus drôle que de construire des turbines à gaz. La contrainte écologique est quoiqu'on en dise une contrainte et rien ne garantit
qu'un réorientation écologique permettrait de réduire le chômage (pas plus que la réorientation du secteur du BTP vers d'autres secteur n'a fait diminuer le chômage aux États-Unis).



Ette Rodox 27/11/2010 19:39



Mais là ça fonctionne parce qu'il n'y a qu'un produit, dans une économie avec de multiples produits, un patron d'usines automobiles ne va pas consommer les voitures en excès et appeler ça son
profit, etc.. donc votre solution n'est pas bonne, elle le serait à la limite dans une économie de troc où les voitures seraient faiclement échangée contre d'autres biens sans passer par la
monnaie.


Non plus, si une usine entasse dans un parking des milliers de voitures non vendues, la valeur de ces voitures ne fait certainement pas son bénéfice.


Pour la suite je pense que vous avez tout simplement mal lu ce que j'ai écrit. Je dis juste qu'il est absurde de dire, comme c'est le cas dans les modèles néoclassiques, que la protection de
l'environnement réduit la production de richesses parce qu'il faut prélever, pour préserver l'environnement, des salariés dans les industries traditionnelles pour les faire bosser dans
l'environnement, parce que le modèle considéré est sans chômage. S'il y a du chômage, l'implication ne tient pas, puisqu'il suffit de laisser les travailleurs qui travaillent dans les industries
traditionnelles là où ils sont et de mettre des chômeurs à la protection de l'environnement (je parle dans le cadre d'un modèle théorique, dans la réalité c'est sûr c'est plus compliqué). Et
c'est TOUT ! Et j'espère que vous êtes d'accord avec moi qu'il est absurde de mesure le coût de la mise en place d'une mesure environnementale par ce procédé.



RST 26/11/2010 17:46



@ MM


L’ouvrage que vous signalez "la monnaie entre violence et confiance" n’est hélas plus disponible depuis longtemps (il y a un exemplaire à vendre sur Amazon à 94
€ !!!).


C’est bien dommage car c’est un ouvrage de référence cité par de nombreux économistes.


J’ai eu l’occasion de signaler le problème aux auteurs. M.Aglietta n’en avait visiblement pas grand-chose à faire. A.Orléan était visiblement plus concerné. Il m’a
mis en copie du mail qu’il a adressé à son éditeur il y a un peu plus d‘un mois en lui demandant si il comptait le réédité. Pas pour le,moment, visiblement. Si vous savez comment se le procurer,
je suis intéressé !