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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 18:29

Récemment un blogueur en économie a évoqué l’article de Salanié et Laroque :  une décomposition du non emploi en France.

 

Je souhaiterais dans ce billet revenir sur cet article. Que dit-il ? Que sur un échantillon de 3,25 millions de personnes de 25 à 49 ans en situation de non-emploi (non-emploi signifie chômeurs, mais aussi femmes au foyer, etc., bref tous ceux qui ne travaillent pas alors qu'ils ont l'âge de le faire) en France en mars 1997 :

 

- 57% ne travaillaient pas parce que, bien que supérieur au SMIC, le salaire qu’on leur proposerait pour travailler est inférieur à celui auquel elles acceptent de travailler (compte tenu des aides sociales, du fait que l’autre membre du couple travaille, etc.). Ce sont donc des personnes en situation de non-emploi volontaire, qui pourraient trouver du travail facilement à un salaire supérieur au SMIC mais ne le souhaitent pas.

 

- 20% sont des personnes qui aimeraient travailler mais qui, malheureusement, pas très habiles, un peu niaises et peu éduquées, ne seraient pas capable de rapporter aux entreprises qui les emploieraient un revenu équivalent au SMIC. Or comme les entreprises ne peuvent pas par définition les payer moins, eh bien elles restent au chômage ! Ce sont des personnes en situation de non-emploi de type classique.

 

- Et 23% sont soient des chômeurs en transition, entre deux emplois, soient des chômeurs de type keynésiens, c’est-à-dire des gens qui ne trouvent pas de travail parce qu’il n’y aurait pas assez d’offres d’emploi (quelle idée !?).

 

Donc, d’après cette étude, 77% soit plus des ¾ des personnes qui ne travaillent pas, pourraient le faire si : 

 

- d’une part elles avaient des prétentions salariales plus faibles (prétentions fortement dépendantes des aides sociales, en effet plus celles-ci sont fortes plus il nous faudra un salaire élevé pour accepter de travailler au lieu de vivre sur ces aides)

 

- d’autre part le SMIC n’existait pas (car alors les entreprises pourraient embaucher les personnes qui rapportent moins que le SMIC à des salaires plus faibles)

 

Par conséquent, pour diminuer le sous-emploi, il faut s’attaquer aux niveaux trop élevés du SMIC et des aides sociales. Les auteurs ont même pris le temps de calculer quels seraient les effets d’une augmentation du SMIC et le résultat est bien évidemment catastrophique : augmentez de 10% le SMIC et vous détruirez à long terme 290 000 emplois ! Quel gouvernement oserait pratiquer une telle politique, quand c’est ce genre de chiffres que lui rabâchent les économistes à longueur de journée ?! Aucun, ça fait trop peur..

 

Pour les critiques plus poussées que ma simple remarque sur ce papier, je renvoie à l’article d’Henri Sterdyniak, Econométrie de la misère, misère de l'économétrie disponible ici.

 

Pour ma part, je me contenterais d’une brève remarque beaucoup plus générale.

 

Concernant la première catégorie, les 57% qui pourraient trouver un emploi facilement mais ne le souhaitent pas (soit 1 million 850 milles personnes), cela signifie qu’il y avait a priori en 1997, au moment de l’étude, au moins 1 million 850 milles offres d’emploi qui dormaient dans les cartons des entreprises et qui n’étaient pas pourvues fautes de candidats valables. Eh oui, nous sommes d’accord, si toutes ces personnes peuvent aisément trouver du travail, c’est bien parce que les entreprises en proposent, en ont besoin !

 

D’où cette question, probablement confondante de naïveté : mais où sont toutes ces offres d’emploi ??

 

En 2008 (je n’ai pas les chiffres de 1997 mais ce ne doit pas être bien différent), 369 000 offres d’emploi étaient non satisfaites, et attention non satisfaites ne signifie pas non pourvues(1), le chiffre réel doit donc être bien moindre et par conséquent marginal relativement au non-emploi ou au chômage !

 

La réalité est je le crains bien plus simple, la principale cause du chômage (et donc d’une grande partie du non-emploi) tient dans le trop faible nombre d’offres d’emploi émises par les entreprises (mais ça l’économiste orthodoxe n’est pas prêt de l’accepter !) due à la faiblesse de la demande. Ce qui aurait pourtant le mérite de résoudre cette étrange contradiction entre le modèle ou la réalité.

 

Quant aux 20% d’incompétents incapables de produire suffisamment pour mériter un SMIC, il est certain que ce n’est pas à un thésard en économie allocataire moniteur, payé plus de 1600 euros par mois et donc qui produit 50% de richesses de plus qu’un pecnot payé au SMIC à qui cela arriverait !

 

Tout ça pour dire cher lecteur non spécialiste en économie que, pour cette raison et des milliers d’autres, lorsqu’on t’évoque ce genre d’études et de chiffres, soit sûr qu’en l’état actuel de la recherche en économie, ton bon sens te sera le plus souvent bien plus utile pour comprendre le monde que les travaux savants de ceux qui sont supposés t’éclairer !

 

 

(1) Lire à ce sujet la page sur les offres d’emploi non satisfaites du très bon livre « les bobards économiques » de Nicolas Prissette et Hervé Nathan, où il est expliqué que les offres d’emplois non satisfaites correspondent à celles qui n’ont pas trouvé preneur au bout d’un mois, ce qui englobe celles qui ont été retirées par les entreprises « parce qu’elle ont renoncé à recruter, changer d’avis sur le profil » ou celles « satisfaites par un autre canal que le Pôle emploi, par exemple une promotion interne, une embauche par cooptation, l’intérim, etc. ».

 

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commentaires

Yannick 25/11/2009 17:43


Pour moi, il n'existe pas de "stock" d'emplois disponibles. Simplement, chacun peut se faire recruter à un salaire inférieur ou égal à sa productivité (sauf frictions ou contraintes
institutionnelles). La demande ne joue qu'à très court terme ou en période de crise.

Je ne comprends pas comment le chômage peut dépendre (essentiellement) de la demande si chaque individu créé suffisamment de demande à lui tout seul pour créer un emploi.


Heterodoxes 25/11/2009 21:00


Oui mais quel intérêt pour une entreprise d'embaucher qqn dont le salaire est inférieur ou égal à sa productivité si elle ne peut pas vendre ce qu'il produit ??


Yannick 25/11/2009 11:03


"La réalité est je le crains bien plus simple, la principale cause du chômage (et donc d’une grande partie du non-emploi) tient dans le trop faible nombre d’offres d’emploi émises par les
entreprises (mais ça l’économiste orthodoxe n’est pas prêt de l’accepter !) due à la faiblesse de la demande. Ce qui aurait pourtant le mérite de résoudre cette étrange contradiction entre le
modèle ou la réalité."

Comment les 900 000 arrivants peuvent générer suffisamment de demande pour créer autant d'emplois ?


Heterodoxes 25/11/2009 11:52


Bin c'est qu'ils vont consommer, va falloir qu'ils mangent, qu'ils s'habillent, qu'ils se logent. Avec quoi consomment-ils ? Ils disposent d'une certaine somme d'argent au début, puis ils
trouveront un boulot dans un secteur où il y a des pénuries de main-d'oeuvre ou un boulot sous-payé dont personne ne veut, ou l'Etat ou des amis ou autres leur en verseront un peu, ou ils
décideront de créer leur propre activité (pareil avec apport personnel ou prêt) ce qui générera une demande (puis une offre) supplémentaire. L'augmentation de la population incitera l'Etat à
accroître les infrastructures, ce qui génère du travail également.

Et pour vous, comment sont créés ces 900 000 emplois ?


Yannick 24/11/2009 21:29


Votre analyse est incohérente avec un fait empirique, c'est que l'immigration ne provoque pas de chômage.

Par exemple, en 1962, 900 000 rapatriés d'Algérie sont arrivés en France. D'après l'analyse de Jennifer Hunt (1992), le chômage n'a pas augmenté d'un iota. Même chose pour la vague d'immigration
des Marielitos venus de Cuba et arrivés à Miami tous en même temps en 1980. Voir l'article de Card (1990).

Dans votre vision du marché du travail, le nombre d'offres d'emploi dépend de la demande (si j'ai bien compris). Comment est-ce possible qu'autant d'emplois aient été créés dans votre conception du
monde du travail ? Si chaque individu qui arrive créé tellement de demande que ça incite les entreprises à créer un emploi, le chômage ne devrait pas augmenter !


Heterodoxes 25/11/2009 10:15


Je ne comprends pas, à aucun moment  je prétends que l'immigration provoque du chômage (??), l'effet peut être positif ou négatif cela dépend à mon avis d'un grand nombre de facteurs.

En ce qui concernce les rapatriés d'Algérie, avouez que l'exemple n'est pas très bien choisi étant donné la France connaissant alors une situation de plein-emploi. Si 900 000 personnes débarquaient
aujourd'hui en France, alors qu'il y a déjà plusieurs millions de chômeurs, je ne suis pas sûr qu'elles parviennent à toutes trouver un emploi facilement (mais encore ça dépend de plusieurs
facteurs, ces 900 000 personnes généreront notamment une demande supplémentaire ce qui devrait accroître l'offre de travail des entreprises, mais je ne vois pas en quoi cela remet en cause ce que
j'ai écrit)