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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 15:39

Quand vous n’êtes encore qu’un jeune étudiant en économie, vous apprenez la loi de l’offre et de la demande (mais attention, ce n’est pas là même que celle que nous connaissons, puisque dans celle des cours d’économie les rendements sont décroissants, nous y reviendrons).

 

Puis, vous grandissez, on vous parle de Keynes et on enchaîne directement sur le modèle IS-LM, annoncé comme le modèle « keynésien type » (nous en reparlerons aussi).

 

Et alors seulement vous pouvez vous attaquer à l’une des plus belles œuvres émanant de l’esprit de nos brillants économistes orthodoxes : le modèle OG-DG (pour offre globale, demande globale).

 

Ce modèle constituait la référence standard de la macroéconomie orthodoxe jusqu’au milieu des années 70. Pour l’étudier par vous-mêmes vous pouvez aller consulter ce cours de Master 2, qui se trouve sur le site d’un prof de l’université de Toulouse :

http://fpj.portier.free.fr/teaching/m2/ch1_part1.pdf

 

Ou sur le site d’Econoclaste, à cette adresse :

http://econo.free.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=25&Itemid=35&codefaq=97.

 

Ce modèle avait réussi la prouesse de satisfaire à la fois les partisans du courant néoclassique et ceux du courant néokeynésien (les deux principaux courants orthodoxes). Il permettait à la fois de dire que l’Etat pouvait réduire le chômage en augmentant ses dépenses (donc les néokeynésiens étaient contents) tout en conservant le cadre néoclassique (donc les néoclassiques étaient contents aussi).

 

Je ne vais pas essayer de vous le résumer ce serait bien trop long et ennuyant (mais vous pouvez toujours vous référer aux sites ci-dessus), juste vous faire part de la principale conclusion de ce modèle qui est que, dans certains cas, l’Etat peut par des politiques de relance, faire baisser le chômage (bonne nouvelle !).

 

Grand pas pour l’économiste néoclassique, alors on se demande comment en est-il arrivé là ? (Vous pouvez retrouver l’explication à partir de la diapo 40 du premier site cité.)

 

Supposons que le gouvernement décide d’augmenter ses dépenses dans l’espoir de faire baisser le chômage. Que va-t-il se passer ? Au début pas grand-chose, nous dit l'économiste orthodoxe, les dépenses des gouvernements sont, comme tout le monde le sait, inflationnistes, c’est-à-dire qu’elles n’auront aucune influence sur l’activité et feront uniquement monter les prix. C’est évident, l’Etat aura beau dépenser autant d’argent qu’il veut, passer autant de commandes qu’ils souhaitent, ça ne permettra même pas de produire une baguette de pain supplémentaire ! (On retrouve là bien-sûr encore une vieille antienne néolibérale.)

 

Donc pour l’instant les prix montent, sans que la production n’ait été affectée. Mais supposez, continue l'économiste orthodoxe, que dans le pays concerné les salaires soient trop élevés, ce qui est la cause d’un terrible chômage, et que ces salaires ne soient pas influencés à court terme par les variations du niveau des prix. Que va-t-il se passer ?

 

Comme les prix montent et que les salaires ne bougent pas, le salaire réel (c’est-à-dire le pouvoir d’achat des salariés) va baisser.

 

Autre face de la même pièce, les salariés reviennent moins chers aux entreprises, vu qu’elles vendent leurs produits plus chers et qu’elles versent toujours le même salaire à leurs salariés.

 

Or, comme le chômage est du à l’existence de salaires trop élevés, et que la hausse des prix provoquée par l’augmentation des dépenses du gouvernement réduit au final le niveau des salaires, eh bien l’augmentation des dépenses du gouvernement réduit le chômage !

 

Vous avez compris ? Pour résumer :

- Augmentation des dépenses du gouvernement implique..

- ..augmentation des prix qui implique..

- ..baisse des salaires réels qui implique..

- ..baisse du chômage, étant donné que celui-ci était provoqué par le niveau trop élevé des salaires.

 

Bon, est-ce utile de détailler toute l’absurdité d’une telle explication, je ne pense pas. Lorsqu’un gouvernement augmente ses dépenses, il augmente les ventes et les commandes reçues par les entreprises ce qui les incitent à produire d’avantage et donc à embaucher d’avantage. Voilà le canal par lequel une augmentation des dépenses des gouvernements peut réduire le chômage. Cette explication par la miraculeuse montée des prix et baisse des salaires réels dès que le gouvernement dépense un centime n’est que le fruit de la plus pure idéologie.

 

D’ailleurs, premier grand paradoxe : si tous les salaires baissent et si tous les salariés ont moins de pouvoir d’achat et donc vont moins consommer, pourquoi les entreprises se mettraient-elle à embaucher d’avantage d’employés et à produire d’avantage ??

 

L’explication à ce paradoxe est que l’économiste néoclassique ne se soucie pas de la demande et de la capacité des entreprises à vendre ce qu’elles produisent dans ces modèles, donc la baisse du salaire réels ne peut pas avoir d’effets dépresseurs sur l’économie et la consommation. C’est quand même bien embêtant d'omettre ce point quand on cherche à comprendre l’économie.

 

Et second paradoxe, évoqué diapo 45 du premier site cité, c’est qu’en période de relance les salaires réels devraient baisser selon le modèle alors qu’on observe en réalité.. qu’ils augmentent ! C’est bizarre, quand même ??

 

Mais l’économiste orthodoxe ne s’arrête pas à ce genre de détail. Ce modèle a été au cœur des théories orthodoxes pendant des décennies, et continue à être enseigné à travers le monde, sans qu’aucun ne s’en offusque. Et s’il a progressivement été remplacé à partir des années 70, c’est par des modèles qui dépassent encore plus l’entendement ! (et donc nous parlerons une prochaine fois.)

 

Robinson, une des plus grandes économistes hétérodoxes, a parlé à propos des travaux d’un autre auteur orthodoxe, Solow (prix Nobel 1987), de « royaume de Solowie », pour ironiser sur son manque total de réalisme. Je crois, pour comprendre comment des économistes peuvent passer leur vie sur ce genre de modèle, qu’il faut que vous imaginiez que les orthodoxes vivent dans un tel « royaume », dans un déni total de la réalité, mais persuadez pour autant d’avoir raison, de mieux comprendre l'essence du monde que quiconque.

 

A la grande question qu’aiment soulever certains économistes sur le gaspillage de l’argent public, voilà une partie de la réponse. Voilà à quoi sert une infime partie de cet argent, payer des milliers d’économistes pour qu’ils nous construisent ce type de modèles et ceux présentés dans les billets précédents !

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