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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 10:29

 

Par je ne sais quelle aubaine je viens de tomber sur la très confidentielle missive, signée par tous les plus célèbres économistes du monde et l’ensemble des titulaires du « prix Nobel d’économie », qui devait être envoyée aux chefs d’Etat peu avant le début du sommet de Copenhague.

 

La voici :

 

 

 

Mesdames Messieurs les décideurs,

 

Etant entendu que les changements climatiques actuels pourraient, si l’on n’adopte pas des politiques adéquates dès aujourd’hui, bouleverser les équilibres écologiques fondamentaux de notre planète et par conséquent les conditions d’existence même des êtres humains.

Etant entendu que chacun d’entre vous a conscience de la gravité de la situation, mais que tous les efforts, toutes les bonnes volontés, se heurtent aux coûts économiques que devrait représenter la protection de l’environnement, et plus spécifiquement la limitation des émissions de gaz à effets de serre.

Nous souhaitons, en nos qualités d’experts en économie, vous proposer une voie à suivre pour affronter ce défi majeur du réchauffement climatique sans nuire au fonctionnement de l’économie mondiale.

 

L’Agence Internationale de l’Energie a estimé qu’il serait nécessaire d’investir chaque année 1100 milliards de dollars par an, soit à peu près 1,1% du PIB mondial, pour limiter la hausse des températures à 2 degrés.

Etant entendu qu’il est préférable de vivre un peu plus endetté, que de mourir un peu moins endetté.

Nous demandons à l’ensemble des Nations, en omettant les pays les moins avancés trop lourdement endettés, et plus spécifiquement aux membres du G20, de réaliser cet effort en acceptant d’accroître chaque année d’un peu plus de 1% leurs déficits budgétaires (ces lignes de crédit pouvant provenir directement des Banques Centrales).

Nous demandons plus spécifiquement à l’Union Européenne d’accepter, pour cette raison, que le déficit budgétaire maximal de ses membres passe de 3 à 4%.

 

Etant entendu que ce déficit initial de 1% participerait à la relance de l’économie, et générerait donc en retour des recettes fiscales plus importantes.

Etant entendu qu’il éviterait les coûts liés aux réparations des dégâts provoqués par un trop important réchauffement du climat.

Le déficit final serait en conséquence chaque année bien plus faible que les 1% initiaux et d’après nos calculs trop faible pour craindre un emballement ou une trop forte augmentation de la dette*.

 

Si toute la question est de savoir que choisir entre des Etats dont la dette est de quelques points supérieure à ce qu’elle aurait dû être si nous n’avions rien fait et un avenir plus qu’incertain, qui pourrait se révéler catastrophique, alors il n’y a pas de questions à se poser.

Si, à la suite de la crise de 29, les Etats avaient accepté de s’endetter pour relancer l’économie et faire baisser le chômage, leur dette aurait peut-être été de quelques points supérieure à ce qu’elle a été au cours des années 30, mais la seconde guerre mondiale aurait très probablement été évité.

Essayons de ne pas commettre les mêmes erreurs que nos prédécesseurs, et d’éviter une nouvelle catastrophe.

 

En espérant que notre appel sera entendu, nous vous demandons, Mesdames Messieurs les décideurs, d’agir sans vous soucier du problème économique, qui est en réalité, nous vous l’assurons désormais, mineur dans cette histoire.

 

Merci par avance..


* Une simple simulation indique que la dette pourrait être en moyenne en 2050 de 15 à 20 points supérieure à ce qu'elle aurait été, si rien n'est fait. Montant dérisoire en regard des enjeux.

 

 

 

Une lettre de ce type n’existe bien évidemment pas. Les économistes,qui ,sauf exceptions, évoquent à tort les coûts importants en terme de croissance de la lutte contre le réchauffement climatique tout en disant espérer de leurs vœux un accord improbable entre les différentes nations, se gardent bien de proposer des solutions qu’ils n’ont pas aux politiques.

 

Ecoutez-les, dans des émissions comme "l’économie en questions" sur France Culture (affligeant de bout en bout !), ou la vidéo de Christian de Perthuis ici (http://www.rce-revue.com/?q=node/276), ils blablatent, beaucoup, déplorent, souvent, proposent, jamais, et que de banalités n’entendons-nous pas ! Bernard Maris écrivait il y a presque vingt ans qu’il n’y a pas une chose que disent nos économistes dans les médias qui ne sorte du lieu commun, écoutez comme cela est vrai pour la question du réchauffement climatique. On repart aussi bête qu’on est arrivé, avec en prime l’impression que c’est la seule couardise des Hommes politiques qui empêchent la conclusion d’un accord.

 

Mais ce sont eux, insoupçonnables derrière leurs titres d'experts et bien trop savants pour s'abaisser à proposer des scénarios concrets, qui les placent au pied du mur.

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Published by Ette Rodox - dans Divers
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commentaires

jean 29/12/2009 21:08


Ce n'est pas un problème de compétitivité globale que poserait (les changes flexibles auraient rapidement raison de ce problème) la réduction des gaz à effets de serre mais un déplacement des
activités émettrices vers les pays, ce qui serait bien sûr contreproductif. D'où effectivement la nécessité éventuelle d'une taxation du carbone aux frontières.

Je ne vois pas en quoi la un coût pour les entreprises serait un revenu pour la société: les entreprises répercutent leurs coûts sur les prix.
En revanche, si c'est pour dire qu'il est peu probable que la lutte contre le changement ait un impact important sur le chômage (en dépit de ce dont on a parlé sur un autre fil), je suis d'accord
avec çà.


Ette Rodox 31/12/2009 15:42


Je suis content que vous parliez de la nécessité éventuelle d'une taxation du carbone aux frontières! Peu d'économistes acceptent cette idée.

Les activités émittrices se déplaceraient vers les pays les moins contraignants pour des raisons de compétitivité globale, c'est donc un problème de compétitivité globale. Et penser que les changes
flexibles peuvent rapidement résoudre les problèmes de compétitivité internationale, c'est il me semble très optimiste (et naïf).

Un coût supplémentaire pour les entreprises c'est un prix a priori plus élevé + un revenu supplémentaire. Une politique de lutte contre le changement climatique peut avoir un impact important sur
le chômage puisqu'elle générera de nouvelles activités et donc de nouveaux bassins d'emploi. Et cela serait particulièrement vrai si cette lutte servait de base à une grande politique de relance de
l'économie.


jean 27/12/2009 14:47


Pourquoi favoriser la production d'énergie "propres" plutôt que de dissuader la consommation?
En effet, il n'y a pas d'énergies propres, il n'y a que des énergies moins sales que d'autres.

Sinon, je ne comprends pas bien ce que vous voulez dire par problème de "coûts". Bien sûr qu'utiliser moins d'énergie réduit la productivité du travail (au moins à court terme). Et la réduction de
la productivité est un coût.


Ette Rodox 29/12/2009 11:02


Oui il faut agir sur les deux fronts : faire des économies d'énergie et favoriser le développement d'énergies propre (ai-je dit le contraire?).

Et ce que je voulais dire, c'est que la protection de l'environnement devrait surtout représenter un coût supplémentaire pour les entreprises (donc des revenus supplémentaires pour la société) plus
qu'une baisse de la productivité moyenne du travail (et bien sûr une baisse de la compétitivité des entreprises vis-à-vis des entreprises étrangères, comment résoudre ce problème à votre avis sans
recourir à un certain niveau de protection douanière ? à moins d'attendre un improbable accord international).


Enseignant 23/12/2009 17:09


Bonjour Ette rodox!Je viens e rgarder le blog.ça donne envie de lire un peut partout et c'est bien présenter.j'en parlerai à des amis.A bientot!


jean 20/12/2009 18:25


Ce n'est pas un problème de peur de déficit budgétaire qui empêche un accord à Copenhague. En fait, si une taxe carbone était mise en place, on pourrait même avoir un excédent budgétaire. Le
problème, c'est que véritablement, la réduction des gaz à effet de serre réduit la productivité des pays qui la met en place.
En plus de bénéficier des efforts des autres, ceux qui ne font pas d'effort peuvent acheter leur énergie moins chère.
Le problème de Copenhague est la répartition de la rente associée au rationnement du carbone: chacun la veut pour soi.


Ette Rodox 25/12/2009 19:53


La limitation des émissions de gaz à effets de serre est plus un pb de coût que de productivité (et là le déficit budgétaire a un rôle à jouer). Et c'est aussi un pb de concurrence internationale,
et là pas milles possibilités, ou mettre des taxes douanières pour compenser les différences de degré de limitation des émissions, ou compenser ce déficit de concurrence par des subventions, et on
en revient au déficit budgétaire.