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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 16:14

Le libéralisme et l’altermondialisme (réformiste) sont deux doctrines favorables à la liberté d’entreprendre et à l’existence d’un Etat offrant un cadre juridique qui garantit les libertés individuelles. Elles s’opposent en cela au communisme, à l’anarchisme ou aux totalitarismes.

 

Le libéralisme puise ses source dans les théories économiques orthodoxes et l’altermondialisme pour partie dans les théories économiques hétérodoxes.

 

Leur principale différence tient dans le rôle que doit jouer l’Etat dans l’économie.

 

Pour les partisans du libéralisme, tout ce qui contraint ou influence les décisions des agents économiques est, hormis quelques exceptions, néfaste pour l’économie. Les réglementations économiques des Etats entrent dans ce cadre. Mais néfaste pour l’économie ne signifie pas mauvais pour la société, ainsi un économiste libéral peut être favorable à l’existence d’un revenu ou d’un salaire minimum par exemple, pour des raisons de justice sociale ou autre, même s’il pense que cela est globalement mauvais économiquement. Il y a donc sans cesse un arbitrage à faire entre plus de social et plus d’économie.

 

Le libéralisme s’étend aujourd’hui du néolibéralisme à la social-démocratie. Pour les néolibéraux, il est nécessaire de réduire au maximum la présence de l’Etat dans l’économie. Ainsi la production de richesses sera maximum et tout le monde y gagnera. Pour les sociaux-démocrates l’Etat a un double-rôle a joué. D’une part il doit stabiliser l’économie en période de crise. D’autre part il a un rôle à jouer en période « normale », mais pas tant dans la gestion de l’économie que dans le traitement social des maux inhérents au fonctionnement d’une économie capitaliste, principalement les inégalités et le chômage. L’Etat doit donc assurer une redistribution des richesses produites au profit des plus pauvres et des chômeurs, mais doit intervenir le moins possible dans le fonctionnement de l’économie, car c’est ainsi que le maximum de richesses sera produit. Il en va de même pour la mondialisation. Les partisans du libéralisme sont généralement très favorables au libre-échange et à l’abaissement des barrières douanières, car en diminuant les contraintes cela augmente la richesse produite. Ils refusent donc le protectionnisme mais les sociaux-démocrates proposent, comme précédemment, un traitement social (versement d’allocations, de complément de salaires) des effets pervers du libre-échange : délocalisation, diminution des salaires des moins qualifiés, etc. Le problème est que l’impôt est également considéré comme un mal nécessaire par les libéraux. Et bien souvent leurs bonnes intentions (réduction des inégalités, etc.) se heurtent aux bienfaits supposés des baisses d’impôts.

 

La vision de la société chez les partisans du libéralisme est alors fortement dépendante de leur représentation de l’économie. Ainsi, si certains peuvent s’émouvoir de côté consumériste pris par nos sociétés, peu oseront proposer des politiques pour lutter contre, car la crainte que cela perturbe l’économie et ne fasse finalement qu’aggraver la situation actuelle est bien trop forte. De même, si certains craignent que l’extension du libre-échange et une mondialisation essentiellement axée sur la compétition, la production et la consommation finissent par broyer la culture et l’identité (sic) des peuples au profit d’uneHHHHHHH Humanité uniformément mercantile et matérialiste, peu oseront critiquer la mondialisation actuelle car telle serait la marche à suivre (le prix à payer) pour une croissance mondiale plus forte et donc une réduction de la pauvreté et du chômage.

 

Pour les altermondialistes réformistes, une économie capitaliste est fortement instable, génératrice d’énormes gâchis tout autant que d’énormes richesses, et d’une grande injustice. L’Etat a donc un rôle fondamental à jouer dans l’économie, pour accompagner et dans certains domaines guider la croissance économique. La réglementation économique n’est pas vue comme un frein à l’activité économique, parfois nécessaire, mais au contraire comme la source d’une plus forte et meilleure « croissance ». L’existence du salaire minimum, par exemple, évite que les salaires soient trop faibles, donc accroît la consommation, la demande, et stimule en plus l’innovation. Le bénéfice économique est donc double. Concernant l’innovation, on remarque en effet que, pour un niveau de développement comparable, les pays où les salaires sont les plus élevés sont ceux où les employés ont la plus forte productivité et inversement (le cas en Europe entre la France, championne de la productivité, et l’Angleterre, avec des salaires et une productivité plus faibles, est à ce titre très parlant). La logique est la suivante : avec des salaires plus élevés, les chefs d’entreprise chercheront à « économiser » de la main-d’œuvre et donc à la rendre plus productive. Charge alors à l’Etat de maintenir le plein-emploi par des politiques adéquats (élever la demande au niveau de l’offre) et la production de richesses sera plus importante.

 

Les altermondialistes sont donc beaucoup plus optimistes quant aux effets d’une intervention modérée de l’Etat dans l’économie. Leur meilleur exemple restant les 30 glorieuses (bien sûr ! cf. billets précédents), période durant laquelle le rôle important joué par l’Etat dans l’économie a coïncidé avec l’une des plus longues et plus vigoureuses période de croissance et de plein-emploi de l’histoire couplée à l’une des plus forte amélioration de la qualité de vie des peuples jamais observée.

 

Dès lors, si les Etats (et donc les peuples) peuvent améliorer et orienter le fonctionnement des économies, tout ce qui paraît impossible aux théoriciens libéraux redevient possible. Il est possible de concilier protection sociale et plein-emploi, protection environnementale et croissance et même décroissance (donc diminution de la consommation) et plein-emploi ! Nous reviendrons sur tous ces points dans de prochains billets.

 

Une limite actuelle à l’efficacité des politiques économiques est le libre-échange mondial, qui contraint l’Etat dans nombre de ses choix (augmenter les impôts c’est accroître l’exode fiscal des plus riches, augmenter les charges ou les salaires c’est accroître les délocalisations, augmenter la dépense publique c’est accroître le déficit commercial). C’est pourquoi une majorité d’altermondialistes sont pour réintroduire une certaine dose de protectionnisme, les politiques économiques des Etats retrouveraient alors leur efficacité et les peuples la pleine maîtrise de leur avenir.

 

On voit donc que pour les partisans du libéralisme il est nécessaire de laisser l’économie guider le monde, car cela constitue la condition nécessaire à l’efficacité. Tandis que pour les altermondialistes, les peuples, par l’intermédiaire des Etats, peuvent rester maîtres de leur avenir, pour leur plus grand bien-être et sans nuire à l’efficacité économique, bien au contraire.

 

La raison de cette divergence n’est pas idéologique (tout le monde préfèrerait a priori la seconde voie) mais tient dans la conception que l’on a de l’économie. Et c’est là tout le drame de ces deux derniers siècles. Le monde ne va pas mal à cause du cynisme de quelques-uns ('fin un peu quand même), mais surtout parce que nos gouvernements libéraux, éduqués à l’orthodoxie économique, sont persuadés de faire le mieux qu’ils peuvent mais se représentent le fonctionnement de l’économie de manière erronée (en passant notamment à côté de l’importance de la demande, mais ça vous le savez déjà !) et prennent donc des décisions inappropriées. Si la représentation la plus juste de l’économie est celle des hétérodoxes et des altermondialistes, alors les politiques menées depuis 30 ans notamment sont totalement contre-productives et sources d’un énorme gâchis, en terme de chômage, de pauvreté et donc de bien-être et de vies humaines.

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Published by Heterodoxes - dans Divers
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commentaires

Yannick LECORNU 06/12/2009 23:21


Article globalement intéressant. Néanmoins, je relève deux points problématiques :
- le premier concerne la petite généralisation de l'accroche : confondre anarchisme, communisme et totalitarisme (dont j'apprécierai une définition tant cette notion est controversée) pour les
opposer tout d'un bloc au couple libéralisme/altermondialisme est un postulat de base qui appellerait une justification
- Le second concerne l'absence de référence à la philosophie politique libérale, intrinsèquement liée à la doctrine économique,et révélatrice d'une certaine conception de la société (en particulier
la revendication de l'élitisme, la souveraineté de la Raison et l'inégale capacité politique/économique des agents).

Enfin, vu ce qui précède, il me semble que "les raison de cette divergence" tiennent également à une conception métaphysique de l'existence de l'individu en société.

Ces remarques ne remettent pas en cause la considération que m'inspire votre travail.

Cordiales salutations


Ette Rodox 07/12/2009 19:17


Merci pour votre commentaire.
Concernant l'opposition libéralisme/altermondialisme et anarchisme/communisme/totalitarisme, c'est vrai que cela peut surprendre à premier abord. Mais je ne cherche pas à mettre dans un même bloc
anarchisme, communisme et totalitarisme. Je les définis par opposition (comme je l'écris) à l'altermondialisme et au libéralisme, qui sont deux doctrines favorables à la fois à la liberté
d'entreprendre et à l'exstence d'un Etat qui garantit les libertés individuelles.

Oui c'est sur la philosophie politique libérale et la doctrine économique se sont influencées mutuellement. Et derrière (ou à côté) des théories, il y a également une conception métaphysique de
l'existence de l'individu en société (d'ailleurs si vous souhaitez écrire un billet sur le sujet, je le publierais avec plaisir !) . Mais j'ai l'impression que les choix de politiques économiques
et l'incapacité des gouvernements à suivre d'autres voix que le néolibéralisme sont d'avantage guidées aujourd'hui par les résultats des théories économiques que par référence à une doctrine
philosophique.