Partager l'article ! Les rendements croissants, décroissants, et la loi de l'offre et de la demande (1): Un ami me fait très justement remarqué que j’ai parl ...
Un ami me fait très justement remarqué que j’ai parlé de rendements croissants et décroissants sans préciser ce que ces deux notions recouvraient. Remarque d’autant plus pertinente qu’elles constituent une des différences les plus marquantes entre orthodoxes et hétérodoxes !
Donc :
- On dit qu’une entreprise possède des rendements croissants lorsqu’elle fait des économies d’échelle. Cela signifie que plus elle produit, plus ses coûts moyens de production sont faibles.
Par exemple, supposons une entreprise produisant des voitures, cette entreprise a des rendements croissants si, plus elle produit de voitures, plus son coût moyen de production par voiture est faible. Le coût moyen est plus faible parce que, en produisant plus, l’entreprise amortit ses coûts de recherche, de gestion, de mise en place de ses chaînes de montage, etc., sur d’avantage de voitures. De même, elle peut diminuer sa marge sur chaque produit vendu sans faire baisser son profit, étant donné qu’elle vend d’avantage de produits. Ce résultat est pour nous tous assez intuitif. Lorsqu’un nouveau produit arrive sur le marché (par exemple une nouvelle télé avec écran plasma dernier cri), il coûtera cher au début. Puis son prix diminuera à partir du moment où les entreprises le produiront en masse, et ce pour les raisons que nous venons d’évoquer.
- On dit que les rendements sont constants lorsque, quelque soit la quantité de biens produits par une entreprise, son coût de revient reste toujours le même.
- Et on dit que les rendements sont décroissants lorsqu’une entreprise fait des « déséconomies » d’échelle. Cela signifie que plus elle produit, plus ses coûts moyens de production sont élevés. Pour reprendre l’exemple de l’entreprise de voitures, cela signifierait que chaque voiture qui sort de la chaîne de montage a coûté plus cher à produire que la précédente. Cette hypothèse paraît, contrairement à la précédente, totalement contre-intuitive, du moins pour les secteurs de l’industrie et des services. Elle peut en revanche être envisagée pour le secteur primaire. Si on prend le cas d’une mine par exemple, plus on voudra extraire de minerai plus il sera nécessaire d’aller le chercher en profondeur, et donc plus l’extraction de minerai supplémentaire devrait coûter cher. De même pour l’agriculture, plus on produit plus il sera nécessaire d’empiéter sur les « mauvaises » terres.
Mais ces secteurs où pourraient dominer des rendements décroissants constituent plus aujourd’hui l’exception que la règle. Ainsi l’agriculture, par exemple, ne représente actuellement plus que 4% du PIB mondial (d’après le CIA World Fact Book).
Cette hypothèse des rendements décroissants est pourtant au cœur de la théorie néoclassique. Tandis que les théories hétérodoxes supposent en général que les rendements sont croissants ou constants, mais quasiment jamais décroissants. Je vous cite un passage du site de Michel Volle (un économiste, son site : http://www.volle.com/ouvrages/e-conomie/rendements.htm) dans lequel il explique très clairement l’importance de l’hypothèse des rendements décroissants dans la théorie néoclassique :
« Les formulations les plus simples et les plus puissantes de la théorie économique postulent que les fonctions de production sont à rendements décroissants ; lorsqu’elles admettent que la fonction de coût comporte une zone initiale à rendement croissant, elles supposent la demande suffisamment forte pour que l’équilibre économique conduise à produire dans la zone des rendements décroissants.
Cette hypothèse, dite « néoclassique », procure des résultats mathématiques puissants fondés sur la convexité de la zone de production ; elle fonde l'équilibre de concurrence parfaite, permet de construire des courbes d'offre (prix égal au coût marginal), de raisonner en équilibre partiel, etc. Elle est à la base de l’enseignement de la théorie économique. John Hicks a cru que son abandon "ruinerait la plus grande part de la théorie économique".
Outre leurs vertus théoriques, les rendements décroissants existent bien sûr dans les faits : par exemple en agriculture les parcelles sont ensemencées dans l'ordre des fertilités décroissantes. Sont‑ils pour autant universels ? Il est prudent de répondre à cette question par la négative, car il peut exister des secteurs où la zone des rendements croissants s’étend jusqu’à des niveaux de production permettant de satisfaire toute la demande ; depuis les débuts de la science économique certains économistes ont donc exploré l'hypothèse des rendements croissants. Cette réflexion, longtemps minoritaire, n'a jamais cessé. »
De cette hypothèse sur les rendements découle deux manières de fixer les prix très différentes.
Pour les hétérodoxes, les chefs d’entreprise fixent leur prix en calculant leur coût moyen de production (coût total divisé par le nombre d’unités produites) et en y intégrant leur marge. Ce que confirment les enquêtes sur le sujet, puisque l’écrasante majorité des patrons affirment agir ainsi.
En revanche, les économistes orthodoxes supposent que sur les marchés les prix sont fonctions du coût marginal. Les résultats prix = coût marginal (c’est-à-dire coût de la dernière unité produite) est ainsi un résultat fondamental que tous les étudiants en économie du monde entier connaissant et utilisent à longueur d’année en microéconomie.
Pourquoi dit-on que prix = coût marginal lorsque les rendements sont décroissants ?
Exemple, supposez que vous puissiez produire 3 unités, avec des rendements décroissants et que :
- la première vous coûte 20 euros à produire
- la seconde (qui doit être forcément plus chère vu que les rendements sont décroissants) 25 euros
- et la troisième (toujours plus chère) 30 euros.
Pour que vous acceptiez de produire votre première unité, il faudra que le prix sur le marché soit supérieur à 20 euros, sinon vous la vendriez à perte. Pour la seconde, il faudra pour les mêmes raisons que le prix soit supérieur à 25 euros et pour la troisième que le prix soit supérieur à 30 euros. Donc à chaque fois le coût de production de la dernière unité produite correspondra au prix sur le marché, le prix sera égal au coût marginal de production.
On peut se demander pourquoi les économistes néoclassiques font autant de cas de la loi des rendements décroissants, alors qu’elle n’est guère courante dans le monde économique moderne. Il y a principalement deux explications à cela.
La première est que cette théorie s’est construite à la fin du XIXe siècle, époque à laquelle l’agriculture et l’extraction de matières premières occupait encore une part importante du PIB.
Et la seconde, plus fondamentale, est que cette loi des rendements décroissants a été à un moment nécessaire à l’élaboration de la microéconomie néoclassique. Selon cette théorie, la valeur d’un bien est un indice de sa rareté et les prix et quantités produites sont déterminés au même moment sur les marchés (pour ceux qui veulent aller plus loin, je conseille la lecture du livre Histoire de la pensée économique de Ghislain Deleplace, p228 à 245).
Pour bien le comprendre, plaçons-nous dans le graphique ci-dessous ayant pour abscisse les quantités produites et demandées et pour ordonnées les prix auxquels offreurs et demandeurs sont prêts à vendre ou acheter ces quantités. On suppose que plus le prix est élevé, plus la demande est faible et que plus le prix est faible, plus la demande est forte (courbe rouge sur le graphique).
A partir de là, pour que soit respectée la théorie, il est nécessaire que la courbe d’offre soit croissante, ce qui implique que les rendements soient décroissants.
En effet :
- Si la courbe d’offre est constante (cas des rendements constants, courbe offre (2) sur le graphique), le prix d’équilibre est déterminé avant la quantité, et indépendamment d’elle, alors qu’on voudrait qu’il soit déterminé en même temps et en fonction d’elle. De plus, le prix n’est plus un indicateur de rareté.
- Si la courbe d’offre est décroissante (cas des rendements croissants, courbe offre (3) sur le graphique), ce qui signifie que plus on produit plus le coût moyen des biens produits diminue, alors le prix ne correspond plus à la rareté relative de l’offre vis-à-vis de la demande. Au contraire si la demande augmente, pour une même courbe d’offre, le prix moyen du bien diminue (vous obtenez cela en poussant vers la droite la courbe de demande).
- En revanche si la courbe d’offre est croissante (courbe verte sur le graphique), ce qui signifie que les rendements sont décroissants, alors la cohérence du modèle est respectée. Si la demande augmente pour une même courbe d’offre, le bien devient relativement plus rare et son prix augmente. Et inversement.
Il faut donc bien comprendre que l’hypothèse des rendements décroissants, avant de découler de l’observation de la réalité, constitue surtout une nécessité théorique, de cohérence du modèle avec lui-même (et puis c’est plus joli ! on a une courbe qui monte et une qui descend !). Et on retrouve bien là un des grands défauts de la théorie économique jusque dans ces travaux les plus modernes : privilégier, comme le dit Mankiw (économiste très célèbre), la cohérence interne des modèles (c’est-à-dire leur conformité avec la théorie) et leur beauté plutôt que leur cohérence externe (c’est-à-dire leur réalisme). Et c’est notamment pour cette raison que l’on se retrouve avec des théories comme la théorie des cycles réels ou le modèle OG-DG, dont j’ai parlé dans les billets précédents, et dont l’irréalisme saute aux yeux.
Je développerai (demain j’espère) la manière dont il faut interpréter la loi de l’offre et de la demande telle que les économistes néoclassiques la conçoivent, compte tenu de cette hypothèses des rendements décroissants.
En attendant, voici une petite citation de Maurice Allais qui résume en partie tout cela ! (un des deux seuls français à avoir eu le « Prix Nobel d’économie ») :
C'est qui le deuxième économiste français qui a reçu un prix Nobel ?
Juste une petite remarque si je peux me permettre: votre rythme de publication est visiblement soutenu, il faut que vos lecteurs tiennent la longueur.
Maurice Allais est officiellement le seul prix Nobel d'économie français.
Mais un autre français, naturalisé américain alors qu'il avait déjà plus de 50 ans, l'a également eu.
Alors on peut dire qu'il y en a eu un, ou deux, mais officiellement c'est exact qu'il n'y en a qu'un! J'ai écrit 2, pensant que l'omission du second (Debreu, un économiste néoclassique pur et dur) me serait peut-être reproché.
Sinon, oui vous avez raison pour le rythme de publication, mais je comptais justement ralentir, j'y consacre trop de temps en ce moment ! Je pense que je vais plutôt passer à 2 ou 3 billets par semaine.
Et merci pour le commentaire :)
Bon alors je cours à la BU, m’empare du livre le plus célèbre de microéconomie, celui que tout prof néoclassique de microéconomie conseille d’acheter à ses élèves en première année : le fameux « Varian » (du nom de son auteur, le titre exact étant « introduction à la microéconomie »).
Chapitre 21 page 395 : les courbes de coûts
Dès la page 396 on apprend que les coûts variables moyens (pas factoriels), soit les coûts de production hors coûts fixes par unité produite, « finissent par augmenter quand l’output (c’est-à-dire la production) s’accroît ».
Donc là les rendements d’échelles (pas juste factoriels) sont bien décroissants. Ils sont d’ailleurs tellement décroissants que même la courbe de coût moyen incluant les coûts fixes se met rapidement à augmenter elle-aussi.
Graphique p 399 : toutes les courbes de coûts (marginaux, moyens, variables moyens) finissent par augmenter, autrement dit tous les rendements d’échelles finissent par être décroissants. Là encore, ce ne sont pas des courbes de rendements factoriels.
Et si les rendements peuvent être croissants au début, cela ne change rien ou ne sert qu’à sauver la face puisque comme le dit Michel Volle (que je cite dans le billet) les manuels et modèles « supposent la demande suffisamment forte pour que l’équilibre économique conduise à produire dans la zone des rendements décroissants ».
IDEM pour tous les graphiques qui suivent : p 400, 401, 402, 404, 405, 406, 407, 408, 417, 418, 420, etc.. etc..
Si les rendements factoriels sont suffisamment décroissants pour rendre les rendements d’échelles décroissants (ce qui est toujours le cas en microéconomie, sauf rare exceptions comme les monopoles), affirmer que la loi des rendements factoriels décroissants existe, mais pas celle des rendements d’échelle décroissants, c’est posséder de sacrés œillères. Les rendements factoriels et d'échelle décroissants sont tout 2 indispensables au bon fonctionnement de la microéconomie néoclassique.
Une petite précision, je parle de "LOI" des rendements factoriels décroissants car ils sont inévitables à court terme (ct). Je dis "aucune loi" a propos des rendements d'echelles car ceux-ci peuvent être décroissants, constants ou croissants. Rien d'inévitable donc.
Dynamique: Nous somme dans le court terme (=un facteur variable, le travail=L) si l'entreprise veux augmenter sa production elle ne peut que employer plus de travailleur. Un moment donné, si l'entreprise augmente trop la quantité de L les rendements du travail deviennent décroissants (pour la quantité de K fixée).
Imaginons maintenant que l'entreprise anticipe une hausse durable de la demande, elle va alors investir dans l'augmentation du capital (=K). Si elle double le K et le L et que ça production fait plus que doubler alors elle réaliser des rendements d'echelles croissants.
Cependant, l'entreprise peut tellement augmenter ces capacités de production (L et K) qu'un moment donné l'entreprise devient trop grande pour être gérable convenablement. Les rendements d'echelles s'amenuisent. C'est ici qu'intervient la technologie (que nous avons supposer fixe jusqu'à présent). Si un processus de prod plus efficace apparait, l'entreprise peut alors anouveau faire des rendements d'echelles croissants en investissant dans ce nouveau processus. Et ainsi de suite, l'histoire se répète inlassablement.
Voilà ce que j'ai compris de la théorie orthodoxe. Peut être que je me trompe et que j'ai mal compris, mais cela reste néanmoins ce que j'en retiens. Je ne peux donc pas être d'accord avec vous sur ce point.
http://ups.imagup.com/07/1264625042.JPG
Peut être que vous n'êtes pas convaincu par l'explication,c'est une chose,mais vous ne pouvez pas dire que l'économie orthodoxe (dans sa version la plus classique) ne prends pas en compte les rendements d'echelle croissants.
Ce qui pose quand même un problème.. puisqu'on n'a alors plus le choix, on est obligé de supposer des rendements décroissants (ne serait-ce qu'à court terme) indépendamment de la réalité, uniquement pour le modèle fonctionne.
Importantes précisions avant de répondre à votre question.
En micro standard, on défini le court terme (CT) et le long terme (LT) ainsi:
-CT= un seul facteurs est variable, soit le travail (L) soit le capital (K). Généralement on assume que seul le travail est variable.
-LT= tout les facteurs sont variables
Cela se justifie par le fait que cela prends du temps et coûte de l'argent à une entreprise pour augmenter son capital. Elle ne le fera donc que si elle anticipe une hausse durable de la demande.
On défini ensuite deux types de rendements bien distincts, les rendements factoriels et les rendements d'echelles (ou économies d'echelles).
-Les rendements factoriels représentent les rendements lorsque un seul facteur varie, l'autre étant fixe. Nous sommes donc à CT.
-Les rendements d'echelles représentent les rendements lorsque les 2 facteurs (L et K) sont variables. Nous sommes donc à LT.
Maintenant pour revenir à votre question, OUI, la micro standard assume pleinement que les rendements FACTORIELS sont décroissants, c'est inévitable (faite travail 10 personnes sur une machine qui est prévu pour une personne, les rendements des 9 travailleurs en trop ne seront surement pas croissants. Et si vous arrivez à sortir des rendements croissants dans cette configuration, vous êtes fort).
Là ou vous vous trompez, d'ou ma critique de départ, c'est que vous semblez croire que des rendements factoriels décroissants impliquent des rendements d'echelles décroissants. Or, cette implication est tout simplement fausse. Pour reprendre l'exemple des 10 travailleurs et de la machine, si maintenant l'entreprise à la possibilité d'investir dans 9 machines supplémentaires pour les 9 travailleurs qui ont des rendements décroissants, alors il se peut très bien qu'elle réalise des rendements d'ECHELLES croissants ou constants (étant donné qu'il y aura dix travailleurs pour dix machines).
En confondant rendement factoriels et rendements d'echelles dans votre billet, vous mettez de côté tous les détails importants de l'analyse qui permet de mettre en évidence des rendements d'echelles croissants dans la micro standard. De ce fait, vous rendez caduque toute votre critique.
Je tiens à préciser que je ne soutient ici aucun rapport à la réalité. Je précise juste ce que la théorie dit et ce qu'elle ne dis pas.
(Pour prendre juste un exemple, cf. site de l'INSEE à cette adresse http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=NATTEF08111®_id=0. Le taux d'utilisation des capacités de production est ici pour la France de 2000 à 2008 toujours inférieur à 90%, mais on retrouve ce chiffre pour quasiment tous les pays).
L'emploi de nouvelles personnes (à court terme!) devraient alors être une aubaine pour l'économie, puisque du capital auparavant inutilisé sera utilisé, et les coûts marginaux et coûts moyens de production devraient baisser (répartition des coûts fixes sur plus d'unités, diminution du capital inutilisé, etc..)
Que dit la théorie néoclassique sur cet équilibre-là ? Bin rien, puisque la détermination de l'équilibre nécessite des rendements décroissants (factoriels, mais qui doivent être suffisamment puissants au moment où on les étudie pour rendre les rendements d'échelles décroissants).
D'accord avec ça ? Et c'est un sérieux problème puisque les capacités de production ne sont que rarement utilisées à plein.
Après peu importe ce qui se passe dans les zones ou les périodes où l'on n'étudie pas l'économie, puisque quoi qu'il arrive, quelle que soit la situation, il faut absolument, pour des nécessités théoriques, qu'au moment où on regarde l'économie tout se passe comme si les entreprises avaient des rendements factoriels et d'échelles décroissants.
Pour ces raisons, la théorie néoclassique n'intégre donc pas selon moi les rendements croissants.
premièrement, si nous sommes à court terme la théorie dira que l'entreprise n'utilise pas ses facteurs de production de manière optimale. Ce n'est d'ailleurs pas un équilibre. Rien en revanche ne permet d'affirmer quoique se soit sur la forme des rendements d'echelle. Et d'ailleurs c'est la même chose si l'entreprise utilise ses facteurs de prod de manière optimale. Rien a priori ne permet de qualifier les rendements d'echelle. Tout dépends de sa fonction de production. L'un n'implique pas l'autre et vice versa.
Ensuite, dans une optique de long terme, la micro standard admets qu'il peut être préférable de produire dans une phase ou les rendements factoriels moyen sont encore croissant (c'est à dire qu'il est possible d'être plus efficace en employant plus du facteur variable).
De toute façon, que le vouliez ou non, la micro standard intègre les rendements d'echelles croissants.
Si vous voulez critiquer quelque chose, critiquez la loi des rendements factoriels décroissants. Mais là, il va falloir s'accrocher faire une critique convainquante.
Et c'est dommage parce que les modèles postkeynésiens peuvent très bien rendre compte de cette situation (et sans prétendre que les facteurs de production sont mal utilisés ou que l'économie est "déséquilibrée").
Quant au rendements factoriels décroissants, ils sont je pense bcp moins évidents que ce que vous affirmez, surtout lorsque ces rendements factoriels décroissants doivent être suffisamment puissants pour rendre les rendements d'échelles décroissants à court terme, ce qui est nécessaire pour que fonctionne la théorie (avouez le !!).
2)l'économie n'est pas deséquilibrée si l'entreprise ne produit pas dans la phase la plus efficiente à court terme.
3)C'est vous qui dites que les entreprises pourraient produire plus efficacement pas moi.
4) La théorie n'a pas besoin que l'entreprise produise dans sa phase la plus efficiente à court terme pour dire comment vont être les rendements d'echelles (regardez bien le graph).
Et enfin, peut important ce qu'il se passe dans la réalité, notre discussion porte sur oui ou non la théorie neoclassique intègre les rendements d'echelles croissants et la réponse à cette question est oui. Je n'ai rien d'autre sous la main pour l'instant, mais vous pouvez suivre se lien de wikipédia:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_néoclassique_du_producteur#Rendements_d.27.C3.A9chelle
et dans tout les manuels que j'ai lu, ainsi qu'à la fac, les rendements d'echelles croissants sont traités.
Si vous ne pouvez pas admettre ça, tant pis. Je vous souhaite néanmoins une bonne continuation dans vos reflexions.
(j'me répète mais c'est juste pour avoir le dernier mot !)
Merci pour vos commentaires.
En tout cas, cela me laisse penser que vous n'avez pas bien compris la théorie neoclassique.
Je vous le redis, si vous voulez critiquer quelque chose, cela ne peut être que la loi des rendements factoriels décroissants(qui effectivement est une condition nécessaire au fonctionnement de la theorie.)
Donc ce qui est criticable est non seulement cette loi des rendements factoriels décroissants, mais surtout que les coûts moyens doivent augmenter (à court terme) avec l'augmentation de la production. Ce sont 2 conditions nécessaires au bon fonctionnement de la théorie.
Juste une petite précision, les rendements factoriels décroissant (RFD) impliquent la courbe en U des coûts moyens. Les RDF sont à la base de toutes les courbes de coûts du court terme.
Donc selon vous, cette loi n'est pas représentative de la réalité. Je serais assez curieux de connaître vos contre exemple. Je n'arrive pas à trouver un seul exemple du contraire. Pour prendre un cas vraiment extrême, si l'entreprise embauche tellement de travailleurs que les locaux sont pleins à craquer (il est impossible de faire un pas) il est évident qu'elle va subir des RFD si elle ne touche pas au capital, non?
Un moment donné, si le capital ne varie pas, les RDF deviennent décroissants c'est inévitable, c'est physique.
De la même manière, les coûts moyen, un moment donné, si le capital ne change pas, vont augmenter, c'est tout aussi inévitable.
Idem pour de nombreuses entreprises.
Quand il s'agit de chaînes de montage, on n'est plus dans une fonction de production cobb-douglas (mais plutôt avec des coefficients fixes), donc ca ne marche pas non plus.
Après d'un point de vu purement théorique, il est certain que si mettez 10000 employés dans un supermarché, leur productivité risque de fortement baisser, donc qu'en poussant la logique jusqu'au bout on aura une courbe de coûts moyens en U. A cela je répondrais deux choses : tout d'abord prendre des exemples plutôt extrêmes sur le cout terme me semble mal approprié, les ajustements à court terme sont supposés être relativement modestes (des chgts plus importants pourraient se produire sur une plus grande échelle de temps et là le capital aurait largement le temps de s'ajuster). Et deuxièmement, conséquence notamment du premier, l'équilibre se situe pour moi quasi-systématiquement avant la partie croissante de la courbe. Donc à l'endroit où les coûts moyens continuent à baisser avec l'augmentation de la production. (surtout, comme j'en ai parlé dans un commentaire précédent, que la totalité du capital d'un pays est rarement utilisé).
Par consequent, augmenter le facteur travail n'implique pas forcément une augmentation des coûts moyen.
Enfin bon, de toute façon vous resterai sur vos position quoiqu'il en soit. La théorie standard est loin d'être parfaite et il faut évidement remettre en cause ses hyptothèses et résultats, Ce que font les chercheurs. Néanmoins, il faut une parfaite maîtrise du sujet. En l'occurence, votre billet est faut et il sera bon de corriger votre erreur (confusion rendement factoriels et rendement d'echelles).
Mais le gros pb n'est pas là, et ce que vous refusez d'admettre c'est que ce n'est pas la décroissance des rendements factoriels (hautement discutable cf. rép précédentes) qui fait que la courbe d'offre est croissante, c'est parce qu'il fallait que la courbe d'offre soit croissante pour que la théorie fonctionne qu'on a trouvé cette hypothèse totalement ad hoc des rendements factoriels décroissants. Oserez vous nier cela ?! Lisez un bouquin d'histoire de la pensée économique pour vous en convaincre.
Donc rassurez vous!, mon billet n'est pas faut ! (ni faux d'ailleurs) (par contre la théorie néoclassique de l'offre et de la demande si.. et je regrette fort que vous ne l'admettiez pas!)
No comment sur vos phrases stupides du type "de toute façon vous resterai sur vos position quoiqu'il en soit".
J'attends donc avec impatience que vous répondiez à ma question du paragraphe 2 !
Tout d'abord je m'excuse pour ma phrase stupide, je ne voulais pas être désagréable.
Avant de répondre à votre paragraphe j'aimerai revenir sur deux trois choses.
La théorie du producteur (comme celle du consommateur d'ailleur) repose sur une chose, l'entreprise cherche à maximiser son profit.Pour cela, elle doit utiliser au mieux ses facteurs de production.
Si nous sommes à court terme et que le capital est fixe, vous ne pouvez nier qu'il existe une quantité du facteur travail qui soit optimale. Si l'entreprise n'utilise pas assez de travail elle gaspille son capital, si elle en utilise trop, il y aura du travail inutile. C'est pourquoi la productivité marginal du travail (pmL) est d'abord croissante puis décroissante. C'est la loi des rendements factoriels décroissants. Il y a donc une phase entre ces deux cas où le travail est plus efficace. Selon la théorie, une entreprise rationnelle derva donc produire au minimum lorsque le productivité marginale du travail est max (c'est à dire avant d'être décroissante). Mais à court terme, elle peut encore augmenter sa productivité moyenne en produisant dans la phase décroissante et postitive. Si l'on admet que la productivité marginale est toujours croissante, cela veut dire qu'une quantité de travail supplémentaire produira toujours plus.A mon avis, cela n'est pas très réaliste si le capital est fixe. C'est une première chose.
La deuxième chose est qu'elle doit non seulement tenir compte de l'efficacité du travail mais aussi de son coût. Ainsi, pour maximiser son profit le coût de la dernière unité produite (qui est donc fonction du salaire et de la productivité marginale) doit être égale à la recette marginale de cette unité. Si le coût et supérieur à la recette (marginale toujours) l'entreprise réalise des pertes. C'est pourquoi l'offre est croissante.
Maintenant, si on admet une productivité marginale toujours croissante (si vous admettez qu'elle est un moment ou un autre décroissante l'entreprise produira dans cette phase, sinon elle gaspille du capital) alors le coût marginal est toujours décroissant ainsi que le coût moyen. Hormis l'absurdité de cette hypothèse (à court terme) cela ne veut pas dire que la courbe d'offre sera forcément décroissante. En effet, l'entreprise fera d'autant plus de profit si le prix augmente et par conséquant vendra plus. Elle pourra évidement vendre plus aussi si le prix baisse. Les deux situations sont possibles. Mais pour moi l'une d'entre elle n'est pas très réaliste.
Si vous dites que la pmL est toujours croissante alors d'accord, la discussion s'arrête là. Si vous dites que la pml est croissante puis décroissante mais que les entreprises produisent dans la réalité dans la phase croissante alors je dois avouer que j'ai du mal a y croire. J'ai déjà pas mal travaillé en usine, et j'ai rarement vu des machines non utilisées (à moins qu'elle soit en panne).
A la limite, peut importe le coût moyen, si utiliser une unité supplémentaire de travail augmente le profit alors l'entreprise à intêret à le faire. Le coût total augmentent toujours, la question est de savoir à quelle rythme.
Enfin, lorsque je disais que votre billet est faux c'est plutôt par rapport au définition. Vous dites que les rendements d'echelle décroissants sont une hypothèse centrale dans la théorie neoclassque, or ce sont les rendements d'echelle décroissants qui le sont, ce qui est complètement différent et qui a mon avis ne rend pas crédible votre compréhension de la théorie (en apparence bien sûr, je ne dis pas que vous ne comprennez pas)
Merci pour votre première phrase, de telles réactions sont rares !!
Concernant votre raisonnement (qui est le raisonnement néoclassique), je suis d'accord qu'il marche sur le papier. Ce que je lui reproche est de ne pas être réaliste (comme je l'explique dans les commentaires précédents). C'est comme de dire que si l'on divise la quantité de monnaie par 2 dans une économie, les prix vont être divisés pr 2. Sur le papier, ok, mais la réalité est bcp plus complexe et dément ce raisonnement. Dans la réalité les fonctions de production ne sont pas cobb-douglas, un patron qui voit ses ventes augmenter peut faire tourner ses machines plus longtemps (si elles sont toutes déjà utilisées) en employant des intérimaires, etc. et les coûts fixes sont tels que cette production supplémentaire ne devrait pas engendrer une augmentation des coûts moyens, mais une diminution. Et je ne prétends pas que la pml soit toujours croissante, je dis que dans les ajustements de court terme, qui sont généralement modestes, elle l'est.
En général soit une entreprise peut produire plus, et ses coûts moyens diminueront (ou resteront constants) du fait essentiellement des coûts fixes, soit elle ne peut pas produire d'avantage et elle attend d'augmenter son capital pour le faire.
Le deuxième point (que j'ai déja évoqué plusieurs fois) qu'il faut pour que la théorie marche non seulement que les rendements factoriels soient décroissants, mais qu'ils soient suffisamment puissants pour augmenter les coûts moyens. Ce qui limite énormément la portée et la pertinence de cette théorie (me semble t'il). Il faudrait demander à des patrons, mais je suis sûr qu'ils ne seraient pas nombreux à dire que leurs coûts moyens augmentent à court terme face à une augmentation de la demande. D'ailleurs les enquêtes montrent que la plupart affirment que leurs rendements sont constants ou décroissants, et la plupart ne raisonnent pas en terme de coûts marginaux, mais de coûts moyens.
Et troisième point (déjà évoqué également) il ne faut surtout pas oublier que cette justification par les rendements factoriels décroissants constitue une hypothèse totalement ad hoc destiné à expliquer cette étrange croissance de la courbe d'offre dans la théorie (contraire à tout ce qu'on pu dire les auteurs classiques, par exemple, concernant l'industrie).
C'est pour cette raison que mon billet n'est pas faux je pense ni qu'on puisse dire qu'il y a confusion de ma part entre les rendements d'échelle et factoriels.
Donc selon vous une entreprise à court terme produira dans une phase ou la pml est croissante et donc gaspillera du capital vu qu'elle peut augmenter sa productivité en employant plus de capital.
Ma question est donc pourquoi est ce qu'une entreprise gaspillerai son capital de la sorte?
Un boulanger par exemple pourrait produire d'avantage de pains, et son coût moyen s'en verrait probablement diminuer, mais il ne le fait pas tout simplement parce qu'il n'arriverait pas à vendre cette production supplémentaire.
Peut-on dire dès lors que la boulanger "gaspille" une partie de son capital, je ne pense pas..
Il y a gaspillage de capital si il n'y a pas assez de travail pour ce capital, pas si il n'y a pas assez de prod.
Notre bon boulanger ne gaspille pas son capital si par exemple il n'a qu'un four et qu'il est optimal pour lui de travailler tout seul dessus. Mais si il pouvait avoir un meilleur rendement en travaillant à deux dessus, alors travailler seul gaspillerai une partie de son capital.
Ensuite il n'est pas évident que son coût moyen baisse si il produit plus, cela dépend de plusieurs paramètre comme la capacité du four.
Enfin, allez dans une boulangerie un peu trop tard, vous n'aurez plus rien. Le boulanger pourrait pourtant s'adapter et produire un peu plus.
Pour les reste, si le boulanger avait un meilleur rendement en employant une personne de plus il ne le ferait pas quand même si il ne parvenait pas à vendre tous le pain que le meilleur rendement lui offrirait.
Il est fort probable que les boulangers disposent d'un pouvoir de marché car les gens ne feront pas faire des détours de 5km pour aller chercher le pain.
Il est donc probable que le boulanger sera en mesure de faire payer au-delà du coût marginal, et il ne produira pas autant qu'il le pourrait.
Maintenant, ce genre de choses se modélise assez bien avec de la concurrence monopolistique (Chamberlin, années 30) et prouver que cela nécessite une intervention étatique n'est pas évident:
http://www.ntpu.edu.tw/ctd/eassy/paper/960108.pdf
Utiliser ces capacités de prod efficacement est une chose, la quantité produite en est une autre.
Pour un stock de capital donné, l'efficacité d'utilisation des capacités de production et les quantités produites sont tout à fait liés.
Le boulanger produit autant en travaillant moins avec un meilleur rendement, quoi de plus merveilleux pour lui, il aurai tort de s'en priver.
Bref, je pense que l'on peut arrêter ici notre discussion, je ne vous ai pas convaincu, vous ne m'avez pas convaincu, il est donc inutile de perdre plus de temps là dessus.
Je vous souhaite une bonne continuation.