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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 19:25

Il existe en économie différents courants de pensée, qui s’opposent radicalement les uns aux autres. Leurs désaccords portent sur des questions aussi essentielles que l’origine de la valeur des biens, l’origine des profits, l’importance de la demande dans l’économie, le degré de rationalité des agents, la formation des taux d’intérêts, le caractère endogène ou non de la création monétaire, et puis plus globalement sur tous les sujets possibles et imaginables en économie.

 

Ces différents courants peuvent être classés en deux grandes catégories : les courants orthodoxes et hétérodoxes.

 

Le courant orthodoxe est le courant majoritaire en économie, celui auquel adhère la majorité des économistes, celui qui est enseigné dans la plupart des universités du monde et donc celui dont se réclame la plupart des économistes présents dans les médias. Il regroupe essentiellement deux théories :

 

- La théorie néoclassique, inventée à la fin du XIXe siècle, qui constitue depuis le début du XXe siècle la théorie dominante en économie et le socle de l’ensemble des théories orthodoxes. Cette théorie s’appuie sur deux concepts centraux sur lesquelles nous reviendrons et qui la distingue alors des théories existantes : l’utilité marginale et la loi des rendements décroissants.

 

- Et la théorie néokeynésienne (enseignée sous le nom de théorie keynésienne aux étudiants) apparue à la suite de la publication par Keynes de son œuvre majeure et du désir d’un certain nombre d’économistes néoclassiques alors d’insérer le message de Keynes dans le cadre néoclassique. Si cette théorie diffère sur plusieurs points de la théorie néoclassique, elle en conserve tout de même les hypothèses et résultats essentiels ainsi que la méthodologie.

 

Les divergences peuvent parfois être importantes, mais globalement ces deux courants se rejoignent et constituent les fondements théoriques d’une pensée politique commune : le libéralisme.

 

Plusieurs courants de pensée se sont toujours radicalement opposés au courant orthodoxe. L’ensemble de ces courants forme la pensée économique hétérodoxe. Ces courants ont toujours été minoritaires et la plupart des étudiants n’en ont jamais entendu parlés. Etant donné que le principal point commun aux différentes théories hétérodoxes est leur opposition à la pensée orthodoxe, ce courant regroupe de nombreuses théories, parfois très différentes. Je me contenterais donc ici de présenter ce qui me semble être les deux principaux courants de la pensée hétérodoxe aujourd’hui, qui forment qui plus est un ensemble relativement homogène (et je m’excuse promptement auprès des Marxistes, courant encore très différent de ces deux-là et dont, par souci de simplicité, je ne parlerais pas !) :

 

- La théorie postkeynésienne, qui s’appuie à l’origine sur les œuvres de Keynes et de Kalecki. Malgré la proximité sémantique, cette théorie est très différente de la théorie néokeynésienne. Keynes, dont l’œuvre a marqué un tournant dans l’histoire de l’économie, s’est tantôt montré très virulent à l’égard de la théorie néoclassique et tantôt plutôt proche, ce qui explique que deux théories fortement opposées puissent se réclamer de ce même auteur ! Cette théorie constitue aujourd’hui le principal courant de pensée hétérodoxe.

 

- Et la théorie de la régulation, qui est apparue à la fin des années 70 pour expliquer notamment les différences observées entre la crise des années 70 et celles des années 30 et du XIXe siècle, point qui faisait alors beaucoup débat. Cette théorie raisonne en appliquant un schéma explicatif spécifique aux différentes phases qu’a connues le capitalisme, chaque schéma résultant de la modification intrinsèque ou politique du schéma précédent. Cette théorie permet de disposer d’un cadre simple et cohérent pour comprendre les caractéristiques propres de ces différentes phases (la récurrence et la violence des crises, la vigueur de la croissance, les variations du niveau des prix et des salaires principalement).

 

Une majorité d’économistes hétérodoxes se rejoignent dans un courant de pensée politique (qui me semble après moultes réflexions être le plus approprié) : l’altermondialisme. Le mouvement altermondialiste est extrêmement hétéroclite, c’est pourquoi je précise le sens que je lui donne : par altermondialisme, je fais référence essentiellement à la manière dont ce mouvement est incarné par l’association ATTAC, c’est-à-dire l’altermondialisme réformiste. Nous reviendrons dans un prochain « billet » sur la distinction entre libéralisme et altermondialisme.

 

Comme je l’ai dit précédemment, il existe d’autres courants actuellement dont je ne parlerais pas ici. Mais il faut savoir qu’il a existé également par le passé plusieurs courants économiques qui aujourd’hui n’existent plus. Le plus célèbre d’entre eux est le courant « classique », apparu au XVIIIe siècle avec Adam Smith, qui a dominé la science économique tout au long du XIXe siècle. Les termes classique et néoclassique donnent l’idée d’une filiation entre ces deux courants. En réalité, ils sont extrêmement différents sur le plan théorique, la théorie postkeynésienne étant sur de nombreux points bien plus proche de la théorie classique que la théorie néoclassique. La filiation est plutôt politique dans la mesure où ces deux courants sont globalement très favorables au (attention l’anachronisme !) libéralisme.

 

On comprend que selon l’idée que l’on se fait de l’économie, on aura une interprétation radicalement différente des problèmes économiques qui se posent à l’Humanité aujourd’hui et de la manière de les affronter.

 

Voilà tout l’enjeu des débats qui secouent, divisent et déchaînent haines et passions entre les économistes !

 

 

Pour ceux qui veulent aller plus loin, je conseille de lire :

- sur la théorie postkeynésienne, le livre de Marc Lavoie "l’Economie Postkeynésienne"

- sur la théorie de la régulation, l’article de Benassy Boyer et Gelpi "régulation des économies capitalistes et inflation" paru en 1979 dans la revue économique

- et sur la théorie néoclassique, le livre de Bernard Guerrien "la théorie économique néoclassique" (Bernard Guerrien est en désaccord avec la théorie néoclassique, on me reprochera donc un brin de subjectivité dans mes conseils de lecture, mais l’opinion de l’auteur ne paraît que rarement dans le livre et c’est je trouve le livre le plus clair et concis que j’ai pu lire sur le sujet !), sinon les 3/4 des livres que l'on trouve dans les BU sont néoclassiques.

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Published by Ette Rodox - dans Divers
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commentaires

Ayoub 09/01/2017 22:15

Qu'elle est la différence entre la théorie classique et la théorie monétaire

coursfsjes 05/01/2017 04:27

merci bq pou vos efforts

Yannick 25/11/2009 17:46


Attention, je ne parle pas de la théorie néoclassique mais de la théorie orthodoxe. Aujourd'hui, les orthodoxes étudient les rendements croissants.

Je vous rappelle au passage que la règle p=Cm n'est valable qu'en concurrence pure et parfaite, ce qui est un cas très particulier. Pour élever le prix au dessus du coût marginal, il faut
d'introduire un pouvoir de marché (qu'on trouve dans des modèles d'oligolopole vieux de plus d'un siècle).

De plus, le coût marginal inclut également le coût de l'effort de l'entrepreneur ainsi que sa prime de risque. Il existe donc une marge implicite dans le modèle standard du producteur (ce que
j'explique en L1 quand on aborde l'équilibre de long terme).


Heterodoxes 25/11/2009 21:26


Oui vous le dîtes vous-mêmes, "pour élever le prix au-dessus du coût marginal", le coût marginal est la référence et les prix en concurrence imparfaite peuvent plus ou moins s'en écarter.

Mais demandez à un patron s'il fixe son prix au coût marginal ou à un niveau supérieur, ou très supérieur même, au coût marginal et je pense qu'il vous regardera bizzarement.


Yannick 25/11/2009 11:02


Faites une recherche sur les bases de données électroniques : JStor, NBER, Repec, Econlit, on trouve en moyenne plus de 3000 articles pour "increasing returns" !!

D'autre part, Samuelson et Marshall sont quand même des auteurs qui datent un peu... La théorie a évolué depuis !


Heterodoxes 25/11/2009 11:33


Eh oui et on trouve même plus d'article en tapant "increasing returns" qu'en tapant "decreasing returns" ! Tout simplement parce que les rdts décroissants sont consubstantiels à la théorie
néoclassique et donc qu'il est bien inutile de préciser à chaque fois qu'on les utilise !

Qu'il y ait des nombreux articles qui utilisent les rendements croissants pour expliquer tel ou tel phénomène, ok, mais la théorie néoclassique s'est construite sur les rendements décroissants
(c'est pour ça que tous les étudiants apprenent en première année que prix = coût marginal et non coût moyen + marge), c'est un des piliers et une des spécificités de cette théorie.


Yannick 24/11/2009 21:21


Non non et non, la théorie orthodoxe ne s'appuie pas sur les rendements décroissants et l'utilité marginale.

L'utilité marginale n'est plus centrale dans l'économie orthodoxe depuis Debreu qui l'a remplacée par des hypothèses moins fortes utilisant le TMS (voir le livre d'histoire de la pensée de Boncouer
et Thouément).

Encore une fois (mais vous n'entendez que ce que vous voulez entendre), les économistes orthodoxes ont abondamment traité des rendements croissants ! Un des premiers fut Alfred Marshall avec les
externalités d'industrie. Krugman a reçu le nobel pour ses travaux sur les rendements croissants. Et Romer qui est le père des rendements croissants en macroéconomie est considéré comme
"nobelisable".

Même dans le bouquin de William Easterly que je suis en train de lire qui traite d'économie du développement, y'a un chapitre entier consacré aux rendements croissants !!

Pourquoi avez-vous une image aussi déformée de l'économie orthodoxe ? Savez-vous seulement de quoi vous parlez ?

Je pense que vous vous embarquez dans une guerre idéologique improductive. Vous tenez absolument à présenter l'économie sous forme d'une guerre des courants, alors que c'est tout autre chose.


Heterodoxes 25/11/2009 10:05


Ecoutez l'équilibre partiel Marshallien, pilier de la micréconomie néoclassique, s'appuie sur la loi des rendements décroissants.
La théorie du marché du travail néoclassique s'appuie aussi sur les rendements décroissants (et donc des modèles comme le modèle AD-AS, un ou le gros modèle de la macréconomie néokeynésienne).
Il faudrait que je la retrouve, mais je crois que c'est Samuelson (considéré souvent comme le plus grand économiste orthodoxe d'après guerre) qui disait dans son bouquin que la loi des rendements
décroissants était la loi fondatrice de l'économie (orthodoxe).
Demandez à vos collègues, je pense qu'ils ne vous diront pas autre chose !

Quant aux travaux de Krugman, si à chaque fois qu'on en parle, on évoque directement les rendements croissants, c'est bien que ce n'est pas une hypothèse habituelle !
Pareil pour Romer, vous me citez là deux exceptions, qui ont à un moment donné dans leur carrière utilisés pour une partie de leur modèle les rendements croissants, ce qui a à chaque fois
profondément modifié la théorie orthodoxe, étant donné l'originalité de leur approche !!

Et oui je pense que les courants orthodoxes et hétérodoxes sont inconciliables (comme la théorie créationniste et la théorie de l'évolution en biologie!), mais je ne cherche pas à "m'embarquer dans
une guerre idéologique improductive", juste à montrer aux non économistes qu'ils existent d'autres courants, qui pensent des choses radicalement différentes de ce qu'ils ont l'habitude d'entendre
et que la théorie dominante en économie actuellement est inexacte.

Voilà !