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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 16:45

Bon mais ce n’est pas tout de critiquer, il faut aussi proposer autre chose.

 

Dans les premiers billets nous avons évoqué ce qui constituait, pour les économistes hétérodoxes, une des principales faiblesses du capitalisme (et plus globalement d’une économie monétaire de production) : son incapacité à générer, seul, une demande suffisante relativement à l’offre. Cette faiblesse se résout néanmoins fort bien, il suffit de mettre en place un système de régulation dans lequel les salaires croissent au rythme de la productivité et l’Etat accompagne la croissance en conduisant notamment des politiques permettant de maintenir le plein-emploi. Cela nécessite une réglementation sociale forte et en constante évolution ainsi qu’un Etat disposant d’une certaine marge de manœuvre (ce que lui ôte la mondialisation actuelle).

 

Ce système de régulation fut mis en place durant les 30 glorieuses, avec le succès qu’on lui connaît, nous en avons déjà parlé (cf. les deux articles sur les mystérieuses 30 glorieuses). Toutefois, si ce système de régulation a été abandonné à partir du milieu des années 70, c’est qu’il ne devait pas être parfait. Nous ne sommes pas passés de l’Etat providence à la mondialisation néolibérale à cause du cynisme ou de la vénalité de quelques-uns, mais bel et bien parce que le premier système semblait souffrir de lacunes qu’on espérait voir combler par le second !

 

Ces lacunes sont, à notre avis, la face visible de la seconde grande faiblesse du capitalisme : les mécanismes de création monétaire actuels. Cette seconde grande faiblesse n’est pas consubstantielle au capitalisme, mais a toujours existé depuis son avènement. Tout comme la première grande faiblesse évoquée plus haut, il est possible de la résoudre, relativement facilement, sans avoir à renverser le système.

 

Pour bien comprendre cette faiblesse, il faut que nous évoquions les mécanismes de création et destruction monétaire.

 

Dans une économie en croissance, dans laquelle le volume de richesses et le niveau des prix augmente (presque) chaque année, il est nécessaire qu’il y ait toujours plus d’argent pour permettre à l’ensemble des biens et services produits de s’échanger. Ainsi la quantité de monnaie en France augmente chaque année de plusieurs dizaines, voir centaines, de milliards d’euros. La grande question est alors de savoir comment apparaît ce nouvel argent ? Dans la manière dont le système s’est construit petit à petit, il a été choisi de ne laisser à personne le pouvoir de créer cet argent supplémentaire nécessaire, sans contrepartie. Le risque était bien sûr que les personnes concernées (particulièrement l’Etat) n’abusent pas de cette création monétaire.

 

C’est pour cette raison que le système suivant a été mis en place. Aujourd’hui seules les banques ont le droit de créer de l’argent à partir de rien, lorsqu’un client leur demande un crédit et qu’elles n’ont pas d’assez d’épargne à leur disposition, ce qui permet à la quantité de monnaie d’augmenter chaque année. Les milliers de milliards d’équivalent dollar ou euro qui apparaissent chaque année n’ont donc quasi-exclusivement d’une seule origine : la création de monnaie induite par l’octroi par les banques de crédits à des ménages, des entreprises ou des Etats. Mais cet argent, créé à partir de rien, n’est pas de l’argent que les banques s’offrent à elles-mêmes sans contrepartie, c’est un prêt que les banques se font à elles-mêmes et qu’elles devront se rembourser, en détruisant la totalité de l’argent créé.

 

(??)

 

Je m’explique : imaginez que vous demandiez un crédit de 1000 euros à votre banque et qu’elle n’ait plus aucun sous disponible sur ses comptes. Elle a le droit, c’est la loi et elle est la seule à pouvoir le faire, de créer ces 1000 euros à partir de rien. Il lui suffit de rajouter 1000 euros sur votre compte informatiquement et d’écrire sur son compte à elle qu’elle vient de créer 1000 euros à partir de rien. La quantité d’argent dans l’économie a donc augmenté de 1000 euros. Maintenant supposons que vous remboursez votre crédit, avec 100 euros d’intérêt, soit 1100 euros que vous donnez à votre banque. Que va-t-il se passer ? La banque va garder les 100 euros, qui serviront à payer ses employés, etc. et à accroître son profit, mais va par contre détruire les 1000 euros qu’elle vous avait prêté et créé à partir de rien. C’est la loi, elle est obligée et elle ne profite donc pas directement de l’argent qu’elle crée à partir de rien. Il ne lui reste alors plus qu’à écrire sur votre comptes que les 1000 euros qu’elle vous avait prêté ont été remboursés, et sur son compte à elle que les 1000 euros qu’elle avait créé à partir de rien ont également été remboursés et détruits.

 

L’argent ainsi créé ne l’a donc été que temporairement, entre le moment où le crédit a été émis et le moment où il a été remboursé. Et c’en est ainsi pour la quasi-totalité de la monnaie qui circule dans le monde : on dit que notre monnaie est temporaire. Et si la quantité de monnaie augmente chaque année dans le monde, c’est que chaque année les volumes de nouveaux crédits créateurs de monnaie émis par les banques sont supérieurs aux volumes de remboursements de crédits destructeurs de monnaie. Seconde conséquence de ces mécanismes de création monétaire, la monnaie n’augmente que lorsqu’un crédit est émis et donc que lorsque la dette de quelqu’un augmente. On comprend tout de suite le problème, plus il y a de monnaie plus il y a de dettes, c’est obligatoire ! On dit que notre monnaie est une monnaie d’endettement.

 

On comprend également tout l’intérêt d’un tel système : il évite tout risque de création monétaire abusive. En effet, les banques n’ont pas intérêt à créer trop d’argent à partir de rien en en prêtant à n’importe qui, puisqu’après elles devront se rembourser cet argent en le détruisant. Et si quelqu’un ne rembourse pas son crédit, elles devront alors puiser dans leurs profits pour rembourser et détruire l’argent manquant. De même pour les autres agents économiques et l’Etat, à chaque fois qu’ils auront besoin de plus d’argent qu’ils n’en reçoivent ils ne pourront pas le créer eux-mêmes mais devront se tourner vers une banque (ou des marchés financiers) et donc devront s’endetter. Ils auront donc intérêt à bien faire attention à la quantité d’argent qu’ils demandent, ou alors ils risquent de trop s’endetter et éprouveront des difficultés à rembourser leur dette et à se refaire prêter de l’argent.

 

Mais le côté pervers du système saute également aux yeux. Plus nous croissons, plus nous avons besoin d’argent et plus nous sommes endettés. Notre économie se peut se construire que sur une montagne de dettes, il n’y a pas d’autres choix puisqu’il n’y a pas d’autres moyens de créer de l’argent et que nous avons besoin chaque année de plus d’argent pour financer notre économie !

 

Ainsi, il circule en France actuellement plus de 1600 milliards d’euros. En négligeant le fait que nous devons de l’argent à l’étranger et que l’étranger nous doit de l’argent, cela veut dire qu’il doit y avoir au moins 1600 milliards d’euros de dette en France. Après cette dette se répartit entre les ménages, l’Etat et les entreprises (répartition qui varie selon les pays), ce qui explique que tout le monde, et notamment tous les Etats, soient très endettés ! Si les Etats n’étaient pas endettés, il y aurait moitié moins d’argent dans l’économie et ce serait une catastrophe, ou alors ce serait les ménages ou les entreprises qui seraient plus endettés, mais dans ce cas on ne voit pas en quoi ce serait plus ou moins grave !

 

Donc, tout ça pour dire que les mécanismes de création et destruction monétaire sont à l’origine d’un énorme problème dans nos économies : leur endettement généralisé, source d’une instabilité incroyable et facteur de déclenchement et d’aggravation des crises indéniables. Voici le second gros problème du capitalisme. Et voici pourquoi les 30 glorieuses, toutes glorieuses qu’elles aient été, n’ont pu constituées la phase achevée et heureuse du capitalisme. Elles se sont heurtées au mur de l’endettement nécessaire provoqué par la création monétaire, notamment en ce qui concerne les dettes des Etats. Et certains économistes, trop contents de voir ce système, qui fonctionnait si bien et qu’ils comprenaient si mal, battre de l’aile, se sont précipités pour proposer leurs remèdes, ce qui a aggravé le mal et nous a conduit à la mondialisation néolibérale actuelle.

 

Mais si nous modifions les mécanismes de création monétaire actuels pour passer d’une monnaie temporaire et d’endettement à une monnaie permanente (ce qu’un certain nombre d’économistes appellent de leur vœux, nous en reparlerons dans un prochain billet), c’est-à-dire une monnaie qui ne nécessite pas un endettement généralisé des économies pour exister, et que nous revenons à un système de régulation proche de celui des 30 glorieuses, alors, et j’en suis intimement convaincu, nous parviendrons à débarrasser le monde de la très grande majorité de ses problèmes économiques en un temps record, qui en surprendrait plus d’un.

 

Sachant que le progrès technique permet aux Hommes de produire en moyenne chaque année 3% de plus que l’année précédente, sans bosser plus, ni plus durement, la principale question de politique économique que l’on devrait alors se poser (et que l’on aurait du se poser il y a deux siècles si on avait pris les bonnes décisions au bon moment) deviendrait  : que fait-on de ces 3% de gains de productivité annuels ? :

 

- Va-t-on consommer 3% de plus ? (Consommation au sens large, englobe les besoins matériels et immatériels, comme se faire soigner, pratiquer des loisirs ou partir en vacances par exemple)

 

- Va-t-on travailler 3% de moins ?

 

- Ou va-t-on faire un peu des 2 ?

 

Et nous quitterions (enfin) l’époque des catastrophes économiques et de ses horreurs pour nous tourner vers le « véritable et permanant » problème de notre existence, comme l’a dit Keynes, que faire de notre nouvelle « liberté arrachée aux contraintes économiques ? ».

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Published by Heterodoxes - dans Divers
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commentaires

jean 20/12/2009 15:29


1 Entre un livret d'épargne me proposant un rendement non nul et un billet de banque, je ne connais pas beaucoup de gens qui choisissent le second en temps normal.

2 Je n'ai pas supposé que le multiplicateur était rigide (j'ai même envoyé un lien où il passait de 3 à 1!). En particulier, j'ai dit qu'il dépendait du rendement des titres du marché interbancaire
et du rendement de la monnaie centrale.
Je veux qu'une partie de la création monétaire soit endogène mais admettez malgré tout que la banque centrale a une influence dessus.


jean 19/12/2009 00:22


1a: certes.
1b: Si tout le monde cherche à rembourser en même temps, il y a effectivement une grave récession mais pas si cela se fait graduellement: la banque centrale a alors le temps d'ajuster son offre de
base monétaire.
1c et 2: On est bien d'accord que la plupart de la monnaie est à l'heure actuelle créée par des banques de second rang. Là où je suis en désaccord est sur la raison profonde de cette situation: ce
n'est pas parce que la banque centrale ou l'état ne le veulent pas, mais parce que les espèces et les comptes à la banque centrale font partie des placements les moins rentables qui soit (les deux
ont un rendement négatif en temps normal). Les gens cherchent donc à en avoir le moins possible et c'est pour cela préfère le placer sur des livrets ou des comptes à terme et les banques trouvent
en temps normal des emprunteurs pour un rendement supérieur à celui de la base monétaire.


Si vous voulez une part plus importante de "monnaie permanente", il n'y a guère que deux alternatives:
_rationner le crédit:
*soit au travers de réserves obligatoires. Le principal inconvénient de cette solution est que du fait de la globalisation financière, cela doperait le marché des xénomonnaie (on dit souvent
euromonnaie) pour contourner cette règlementation.
*soit au travers de l'encadrement du crédit.
_améliorer le rendement de la base monétaire, par exemple en rémunérant les réserves des banques ou en choisissant une cible basse pour l'inflation (voire négative).

L'inconvénient d'émettre de la monnaie permanente est aussi que la demande de monnaie peut être fluctuante et pourrait causer de fortes variations des prix. (c'est pourquoi une cible de 2 à 3% de
la croissance monétaire par an n'est pas suffisant pour assurer la stabilité des prix. En effet, la théorie quantitative de la monnaie est très mauvaise conseillère, car si PT=MV, V peut varier
considérablement.)


Au fait, aux États-Unis, M1 n'est quasiment plus constituée que de base monétaire:
http://research.stlouisfed.org/fred2/series/MULT


Ette Rodox 20/12/2009 11:13


Mais le fait que notre monnaie soit temporaire ou d'endettement n'a strictement rien à voir avec la simple différence de rentabilité entre les placements effectués auprès des banques
centrales et ceux effectués auprès des marchés financiers.

Ce que vous dîtes est totalement à côté du débat, de l'enjeu, de la réalité. Une monnaie permanente peut sans problème exister avec des rendements sur les marchés financiers surpérieurs à ceux des
banques centrales, et inversement avec une monnaie d'endettement.

Je vous encourage sincèrement à lire des livres sur le sujet (et par exemple le livre "la monnaie dévoilée" de Galand et Grandjean que j'ai déjà cité je crois).

Concernant ce que vous affirmez dans la deuxième partie du commentaire, vous partez du principe que le multiplicateur de crédits est rigide et la monnaie exogène, ce qui est aujourd'hui totalement
inexact.

Et le problème de fluctuation de la monnaie se résoud facilement, nous en avons déjà parlé.


jean 15/12/2009 19:47


Bien sûr que la masse monétaire peut augmenter sans augmentation des dettes: il suffit que la banque centrale augmente la base monétaire. Si les gens et les entreprises désiraient moins s'endetter,
la banque centrale augmenterait son émission monétaire, par exemple en achetant des bons du trésor.

Je suis d'accord que la relation entre la masse monétaire totale et la base monétaire n'est pas aussi rigide que le concept de multiplicateur de crédit le sous-entend, mais admettez tout de même
qu'il y a un lien entre les deux.

Oui, baisser les salaire nominaux était une mauvaise chose, car:
_les prix baissaient tout aussi vite voire plus que les salaires,
_la déflation subséquente maintenait élevé le taux d'intérêt réel, rendant impossible tout accroissement de l'investissement. Au lieu de se traduire par plus d'investissement, le désir d'épargner
se traduisait par une diminution de la production.


Ette Rodox 17/12/2009 11:37


1a. Une monnaie temporaire ou d'endettement ne peut augmenter par définition qu'en contrepartie d'une dette.
1b. Si tout le monde souhaite moins s'endetter, eh bien on aura une diminution de la masse monétaire et une crise économique (ce qu'on retrouve un peu dans la crise actuelle).
1c. La Banque Centrale peut contrebalancer un peu ce mouvement en augmentant son émission monétaire sur les marchés, ce qui s'apparente à une création de monnaie permanente et ce que j'appelle de
mes voeux. Le problème, c'est que ce n'est là qu'un dispositif d'appoint, utilisé avec la plus grande parcimonie, qui ne remet donc pas en cause les faiblesses du capitalisme liées à la monnaie
d'endettement (puisque de toute façon le monnaie d'endettement représente plus de 90% de la masse monétaire).
2. Mais c'est toute l'histoire entre création monétaire endogène ou exogène. Est-ce la base monétaire qui détermine la masse monétaire totale, ou la masse monétaire totale (dépendante de la demande
de crédits émanant de la société) qui détermine la base monétaire (via le refinancement des banques). Et je pense que c'est la deuxième proposition qui est la bonne. Dès lors s'il y a un lien
certain entre base monétaire et masse monétaire (mais pareil il ne me semble pas avoir dit le contraire), ce lien ne se fait pas dans le sens base monétaire --> masse monétaire. Et ce lien,
comme vous le dîtes, reste assez diffus (cf. p484 du livre de Mishkin "monnaie, banque et marchés financiers").

Et non baisser les salaires nominaux était une mauvaise chose parce que cela diminuait le pouvoir d'achat des salariés, donc la consommation, et accroissait le mal, l'origine des crises (qui est je
le rappelle la surproduction, l'excès d'offre sur la demande, ce n'est donc pas en diminuant la demande donc en creusant encore plus l'écart entre les 2 qu'on va résoudre le pb)


jean 09/12/2009 01:19


Je le redis, si la masse monétaire est essentiellement constituée de dettes, c'est parce que les gens le veulent bien.

Bien sûr, si tout le monde se met à vouloir réduire ses dettes en même, cela pose problème et la banque centrale a du mal à suivre.


Pour ce qui est de la stagflation des années 70, les banques commerciales n'avaient aucun mal à trouver des emprunteurs, bien au contraire. C'est d'ailleurs à cette époque que l'encadrement du
crédit joue à plein.

Je ne crois pas que le régime de Pinochet ait connu un chômage particulièrement important. Pour ce qui est du 19e siècle, je ne crois pas l'avoir pris en exemple (et puisque vous faîtes de la
réduction ad Pinochetum, je ferais de la réduction ad Hitlerum). La combinaison inflation mdoérée/compression des salaires est un moyen assez efficace de réduire le chômage et c'est bien cela qui
explique la réduction spectaculaire du chômage, ce qui en veut pas dire que cela souhaitable. Les États-Unis n'ont pas vu simultanément avec la fin de l'étalon-or de compression des salaires, ce
qui explique que la chute du chômage ait été plus lente, en plus du fait que la dévaluation de 1933 ait peut-être été insuffisante. (NB: la politique de Schacht n'était possible qu'en dehors de
l'étalon-or). Mais sur le fond, je suis d'accord que pour sortir de la Grande Dépression (ainsi que des dépressions du 19e siècle), il fallait imprimer plus de monnaie, ce qui n'était pas possible
avec l'étalon-or.
http://www.j-bradford-delong.net/tceh/Slouch_Climb16.html
http://www.j-bradford-delong.net/tceh/Slouch_Crash14.html
http://www.j-bradford-delong.net/tceh/Slouch_Purge15.html

En réalité, votre projet est celui d'une socialisation partielle de l'investissement, ce qui n'est pas forcément un mal, dans la mesure où cela réduirait l'interdépendance des banques, mais
mériterait d'être assumé clairement.


Ette Rodox 09/12/2009 15:11


Non, la masse monétaire ne peut augmenter qu'en contrepartie de dettes, donc peu importe que les gens veulent bien ou non s'endetter. Ce n'est même pas une question d'opinion, c'est comme ça que
les choses se passent.

Baisser les salaires pour revenir au plein-emploi, c'est ce qu'on crut la majorité des économistes jusqu'à la crise de 29, et ce qui dit la théorie néoclassique. Or ce ne fut jamais efficace. Cela
baisse les revenus donc la demande globale, etc.. (cf. les billets sur les mystérieuses 30 glorieuses).

Si je pensais que "mon" projet constituait en une socialisation partielle de l'investissement, je l'assumerais sans problème. Mais je ne pense pas qu'il le soit. Allez sur les sites proposant des
choses similaires, et vous verrez que pour eux non plus la création de monnaie permanente n'est pas synonyme de socialisation de l'investissement.


jean 08/12/2009 00:47


Que la quantité de monnaie soit parfois insuffisante comme à l'heure actuelle ou dans les années 1930, soit. Mais de là à dire que cela a toujours été le cas entre ces deux périodes, il y a un
pas.

Pour ce qui est du docteur Schacht, précisons quand même que le régime étouffait toute revendication salariale, que le niveau de vie a stagné sous Schacht, et que la possibilité de changer de
travail était conditionné au bon vouloir de l'employeur précédent. Pas de quoi applaudir tout de même, même si la baisse spectaculaire du chômage fût une bonne chose. Je préfère applaudir les
sorties de l'étalon-or qui ont effectivement permis la reprise.


Vous oubliez la période des années 1970 qui a connu une forte inflation. Ce n'était alors manifestement pas la monnaie qui manquait alors.

Vous avez un problème de terminologie. Monnaie bancaire=dépôts bancaires. Donc, sous votre régime, le crédit ne serait pas plus adossé à des dépôts qu'il ne l'est actuellement. En revanche, les
réserves seraient plus importantes.

Pour ce qui est des anticipations, je dis simplement que la demande de crédit dépend du taux d'intérêt nominal ET du taux d'inflation anticipé.
Si le taux d'inflation anticipé augmente, la demande de crédit augmentera.


Ette Rodox 08/12/2009 14:48


Bon je pense que vous avez mal ou partiellement lu mon billet alors, parce qu'avant de parler de l'insuffisance de monnaie que peuvent provoquer les mécanismes de création et destruction monétaire
actuels, je parle surtout de l'endettement généralisé que génère ces mécanismes. Je vous fais un copier-coller d'un des paragraphes de ce billet :
"Donc, tout ça pour dire que les mécanismes de création et destruction monétaire sont à l’origine d’un énorme problème dans nos économies : leur endettement généralisé, source d’une
instabilité incroyable et facteur de déclenchement et d’aggravation des crises indéniables. Voici le second gros problème du capitalisme. Et voici pourquoi les 30 glorieuses, toutes glorieuses
qu’elles aient été, n’ont pu constituées la phase achevée et heureuse du capitalisme. Elles se sont heurtées au mur de l’endettement nécessaire provoqué par la création monétaire.."Je n'ai
donc jamais affirmé qu'entre les années 30 et aujourd'hui (soit grossomodo les 30 glorieuses) le problème était qu'il y avait insuffisance de la monnaie, mais comme le montre cet extrait que cette
monnaie ne peut reposer que sur des dettes et un endettement généralisé des agents.

Concernant Schacht, je préciserai également que dans l'Europe du XIXe siècle ou le Chili de Pinochet ou milles autres exemples, les révendications salariales étaient également étouffées, le niveau
de vie stagnant et la possibilité de changer de travail ultra conditionnée (cf. livret ouvrier en France), sans que cela n'est jamais permis une telle reprise économique ou un tel plein-emploi.
Donc il ne faut pas se voiler la face, c'est avant tout la politique monétaire de Schacht qui a permis la baisse du chômage et la reprise.
Et les Etats-Unis ont abandonné l'étalon-or en 1933, et ont eu un chômage représentant entre 15 et 22% de la population active de 1934 à 1940. Donc non seulement on ne peut pas applaudir, mais en
plus l'abandon de l'étalon-or n'a certainement pas "permis la reprise".
Pour les années 70, cf. le premier paragraphe de ce commentaire.

Si, le crédit serait plus adossé à des dépôts, puisque les banques prêtent avec une part de leurs dépôts, puis on recourt à la création monétaire. Donc s'il y a plus de dépôts en amont, leurs
crédits seront d'avantage adossés à des dépôts.

Et pour la demande de crédits, elle dépend avant tout NI du taux d'intérêt nominal NI du taux d'inflation anticipé, mais de la demande de crédits des agents qui est surtout fonction de la
conjoncture (en période de crises les gens empruntent pas ou peu, même si les taux d'intérêt réels sont bas, et des taux d'intérêts réels hauts ne suffisent pas à décourager l'essentiel des
emprunts en période de forte croissance).