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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 15:36

 

L’attribution d’une majorité des fonds du « grand emprunt » aux universités tient du très consensuel grand-mythe-de-la-compétitivité-qui-va-résoudre-tous-nos-problèmes. L’idée qui sous-tend ce mythe est la suivante : si on « met le paquet » sur les universités, si l’on accepte de travailler dur, alors l’ardeur et le génie français permettront à la France d’accroître sa compétitivité, de piquer les juteux marchés de ses voisins, et donc de voir sa production de richesses augmenter et son chômage diminuer.

 

Quelques remarques sur le sujet.

 

Première remarque : ce mythe comme dernier recours quand on a privé l’Etat de la majorité de ses leviers en termes de politique économique.

 

Avant de se poser la question de la justesse de ce mythe, il faut déjà voir qu’il est indispensable aux Hommes politiques et aux économistes pour justifier les politiques économiques passées et l’état actuel de nos économies.

 

Les politiques économiques inspirées par les économistes et pratiquées par les politiciens depuis 30 n’ont en rien résolu nos problèmes (au contraire, elles ont même accru les inégalités et le chômage). Qui plus est, elles ont privé l’Etat de la plupart de ses leviers en matière de politiques économiques. La mondialisation actuelle fait que toute hausse des taux d’impositions, tout progrès social ou réglementation environnementale induit une perte de compétitivité sur le plan international. Toute politique de relance creusera le déficit de la balance commerciale. Et l’indépendance de la Banque Centrale fait que l’Etat a perdu son pouvoir de politique monétaire et est aujourd’hui totalement dépendant des marchés financiers pour financer sa dette (on voit les problèmes que ça pose avec le cas de la Grèce par exemple).

 

Donc du fait de ces politiques, nous nous retrouvons avec une situation économique et sociale exécrable et en plus un Etat impuissant qui n’a plus les moyens de remédier à cette situation. Dès lors, la seule voie qui reste est de faire croire et de se faire croire que l’on arrivera à résoudre nos problèmes de chômage etc. en devenant les champions de la mondialisation, les plus forts de la compétition.

 

Si l’on cherche à maintenir le statu quo, il n’y a a priori pas d’autres possibilités.

 

De plus, cela permet de parler du futur avec entrain (préférable quand on doit se faire réélire) et a le mérite à la fois de justifier les politiques passées et de culpabiliser la population (si il y a du chômage, ce n’est pas à cause de nos choix économiques, c’est parce que vous les français vous n’êtes pas assez audacieux, travailleurs, entreprenants, innovants, etc., donc la France pas assez compétitive, mais rassurez-vous avec un peu de bonne volonté tout cela peut changer !).

 

 

Deuxième remarque : ce mythe est inexact.

 

Non seulement ce mythe est la seule voie possible quand on accepte de ne rien changer, ce qui explique qu’on en use et en abuse, mais en plus il est inexact.

 

Je ne m’attarderais pas sur point, regardons juste les données de l’Allemagne. L’Allemagne est le pays champion incontesté de la compétition internationale, champion des exportations, le pays sans cesse cité en référence par nos Hommes politiques, avec une balance commerciale supérieure chaque année à 150 voir 200 milliards de dollars. Or regardons ses autres données économiques : le taux de chômage de l’Allemagne était en 2008 de 7,8% (au-dessus même du taux français qui était à l’époque de 7,4%*), la dette publique représentait en 2008 66% du PIB (soit deux petits points de moins que la France qui était à 68%) et les inégalités ont d’avantage progressé en Allemagne ces vingt dernières années qu’en France. Etre super compétitif ne suffit donc apparemment pas à résoudre les problèmes économiques et sociaux actuels !

 

 

Troisième remarque : donner l’essentiel des fonds du grand emprunt aux universités est stupide et contre-productif.

 

Certes les universités et les labos de recherche ont besoins d’argent, mais comme les hôpitaux, les écoles, les constructions de logements sociaux, d'infrastructures publiques en général, les prisons, etc..

 

Il me semble donc particulièrement inopportun de consacrer l’essentiel de l’effort du grand emprunt sur les universités, quand tout le reste (et notamment  notre système de santé chaque année un peu plus privatisé !) s’effrite. Surtout que cet argent ne va dans un premier temps servir à rien, puisque c’est une dotation donnée aux universités qu’elles devront placer (sur les marchés financiers).

 

Et on peut sérieusement se poser la question de savoir à quoi serviront les dividendes de l’argent placé. Qu’ils améliorent un peu la recherche et les conditions de travail des chercheurs, sans aucun doute et c’est tant mieux. Mais cela ne représentera à mon avis qu’une petite part des sommes. Beaucoup de cet argent risque d’être utilisé pour des dépenses de prestige ou purement opportunistes (quand il y aurait tellement d’autres choses à faire).

 

Pour preuve j’avais assisté à une conférence d’un sociologue il y a 2 ans**, qui avait étudié ce qu’était devenu la dotation donnée par l’Etat à l’université d'économie de Toulouse pour fonder la prestigieuse « Toulouse School of Economics ». Eh bien, ne sachant trop que faire de tout cet argent, les chercheurs en économie de Toulouse avaient décidé d’un commun accord de s’octroyer 4000 euros à chaque fois qu’il publierait un article dans une revue prestigieuse. De prestigieux professeurs ont été invités pour des conférences à plusieurs dizaines de milliers d’euros, etc. (on n’imagine pas mais un prof d’économie d’une université parisienne me racontait que le prix des conférences, etc. que donne Stiglitz à sciences-po Paris se chiffre chaque année à plus d’une centaine de milliers d’euros***).

 

Alors si une partie de l’argent doit servir à ça.. En tout cas c’est sûr il ne relancera pas l’économie, ni ne fera baisser le chômage. Dommage parce qu’avec 16 milliards, on pouvait en faire des trucs.. (Espérons au moins que cet argent ne servira pas à "doter" les universités d'économie, parce qu'alors ce serait un véritable gâchis ;-)

 

Mais le mythe demeure, l’idéologie est préservée et la remise en cause est repoussée.

 

 

 

 

* D’après les estimations du CIA World Fact Book.

 

** Alors je m’excuse mais je n’arrive pas à retrouver le nom du sociologue et de la conférence, mais je suis assez sûr de mon souvenir concernant les chiffres que j’avance.

 

*** Mais je n’ai pas vérifié le chiffre, qui doit être j’imagine difficile à trouver.

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Published by Ette Rodox - dans Divers
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commentaires

benji 28/01/2010 11:04


RE : " une économie dérégulée sera forcément et fondamentalement malsaine et alors seul l'Etat peut, par des politiques monétaires et budgétaires appropriées, éviter que tout cela se transforme en
grave crise économique."
Je suis d'accord avec la première partie de votre phrase. Je ne crois ni à l'efficience des marchés financiers, ni à l'autorégulation, etc... (vous avez l'accusation de "néo-libéralisme" bien trop
rapide pour être honnéte)

Greenspan n'était pas indépendant justement, il était "capté" par WallStreet, (mais Clinton et Bush aussi). Oui L'Etat doit imposer une régulation, une politique fiscale, budjétaire,etc. Mais je me
méfie de l'outil monétaire : je répète que la banque centrale doit s'occuper de stabilité financière pas de politique économique (ce qu'on a oublié ces derniers temps). La financiarisation de
l'économie a rendue cette stabilité encore plus fragile, et l'outil monétaire encore plus dangereux (au sens où il permet de doper "artificiellement' l'économie). Le point commun à toute les crises
est qu'elle suive une expansion trop grande du crédit. la banque centrale est la seule a pouvoir limiter l'expansion du crédit. Mais un gouvernement n'aura jamais interêt à limiter la croissance à
court terme. Le banquier central indépendant (il ne l'est pas aux état-unis) pourra parfois (en thérie) avoir une vue à long terme.

Toujours pas d'accord avec vous sur l'allemagne (les difficultés existaient certes, mais beaucoup moins qu'en france...en attendant l'allemagne était le plus gros exporateur du monde, devant la
chine)


Ette Rodox 29/01/2010 13:33


J'ai "l'accusation de néo-libéralisme bien trop rapide pour être honnête" (??) Sans parler de la phrase, amusez vous à compter le nombre de fois que j'ai employé ce terme (ou les termes néolibéral,
néolibéraux, etc..) dans les 26 billets que comporte ce blog. En comptant rapidement, j'arrive à 8.

Méfiez-vous de l'outil monétaire si vous voulez, mais je crois qu'il faut surtout se méfier des mécanismes de création et destruction monétaire (qui font que la monnaie ne peut augmenter qu'en
contrepartie d'une dette, ce qui pose de très nombreux problèmes). C'est à mon avis bcp fondamental, mais ça n'intéresse personne.

Concernant l'Allemagne, je dis juste que malgré le fait qu'elle soit le plus gros exportateur du monde, qu'elle est la balance commerciale positive la plus forte, elle est loin d'être exempts de
problèmes et que sa situation économique est finalement très proche de celle de la France (déficit étatique, chômage, etc.). Donc qu'il est illusoire de croire que la compétitivé peut résoudre nos
problèmes ou une part importante de ceux-ci. Je ne vois pas ce qui vous gêne la-dedans ?


benji 08/01/2010 10:33


Première remarque : l'existence d'une BCE indépendante nous protège largement des vues court termistes de nos politiques. La politique monétaire d'une banque centrale est censée garantir la
stabilité du système financier, et pas servir les objectif d'un gouvernement. C'est pour avoir oublié ce point que Greenspan et les USA ont fauté. Je préfère que la politique monétaire soit confiée
à Trichet qu'à Sarkozy et Lagarde (ignare en macroéconomie)
deuxième remarque : les difficultés actuelle de l'allemagne sont due aux difficultés du système bancaire allemand, beaucoup plus touché que le notre par la crise (des 2007, des banques allemandes
étaient au bord de la faillite). Mais rassurrons nous, grace à son modèle industriel (nous français n'avons pas de modèle industriel) elle repartira beaucoup plus vite que nous.
Troisème remarque : le but de ce grand emprunt n'est pas de financer les dépenses courantes, les depenses courantes peuvent être financé par tout un tas d'autre levier, y compris de dettes. Le but
du grand emprunt est de financer des investissements. Pourquoi pas des logements, qui sont des investissements. Tous les rapports montre que notre système universitaire est en perte de vitesse. (Le
budjet d'Havard, et l'équivalent du budjet de la totalité des universités française !) La question est plutôt de savoir comment on réparti cet argent. Comme vous le soulignez si on leur donne
beaucoup d'argent d'un coup, les universités ne savent pas quoi en faire (d'où l'idée que cet argent soit placé, et que les univestistés ne touchent qu'aux interêts de ces placements) c'est un
projet de long terme. Pas un plan de relance. Ceci dit je pense que les recommandations de la commission rocard-juppé ne seront pas suivi, en ce qui concerne l'architecture du dispositif, censé
éviter qu'on se serve de l'emprunt pour financer les dépenses courantes.
Vos remarques sur le prix des conférences est tout simplement hors sujet. Science po est une école, très largement co-financé grâce à des fonds privés (ceux qui payent stiglitz) pas une université.
Science po marche très bien au plan international, grâce à ces investissements privés, justement.
P.S ne donnez pas de chiffres non sourcés, ça ne vous rend pas très crédible.


Ette Rodox 22/01/2010 14:44


Concernant la première remarque, vous répétez le discours typique tenu par les néolibéraux.
Or l'histoire montre bien qu'une BC indépendante ne garantit pas la stabilité du système financier et qu'une BC subordonnée à l'Etat n'est pas synonyme d'inflation ou d'instabilité.
Par contre l'indépendance des BC prive les Etats d'un levier essentiel en matière de politique économique, et ôte donc en partie les moyens à l'Etat d'assurer une croissance économique saine et
forte, véritable condition de la stabilité du système.

La fait que la crise serait due à la politique monétaire de Greenspan, c'est se voiler complètement les yeux. C'est affirmer que l'économie aurait du être saine, mais que l'ingérence des
gouvernements dans la politique monétaire aurait rendu le système malsain (autrement dit, on connait l'antienne l'Etat n'est la solution, mais le pb). C'est à mon avis totalement faux, une économie
dérégulée sera forcément et fondamentalement malsaine et alors seul l'Etat peut, par des politiques monétaires et budgétaires appropriées, éviter que tout cela se transforme en grave crise
éocnomique.

Sur la deuxième remarque, les difficultés que rencontre l'Allemagne ont commencé bien avant 2007 et sont similaires à celles que connaissent la plupart des pays d'europe, ce n'est pas juste un pb
bancaire.

Enfin, mon but n'était pas de critiquer science-po, mais de montrer comment un surplus d'argent donné aux universités pourrait se traduire par une inflation du prix des conférences ou autre. Et il
est certain que donner des chiffres non sourcés ne constitue un gd gage de crédibilité, mais je pense pas que ces chiffres soient publics et j'ai suffisamment confiance en la personne qui me les a
donnés pur m'être permis de les évoquer.