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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 16:06

 

Deuxième question : pourquoi les entreprises souhaitent employer moins de personnes lorsque les salaires sont plus élevés ?

 

Les économistes expliquent cela par la décroissance du produit marginal du travail, lié au fait que le stock de capital est supposé fixé, dans le cadre d’un équilibre partiel de court terme (qui finalement deviendra équilibre global de moyen et long terme dans la plupart des théories ultérieures).

 

Bref, rentrer dans les détails n’a je pense pas grand intérêt. Ce qu’il faut savoir, ce qui est évident, ce que l’on devrait enseigner aux étudiants, c’est qu’un salaire constitue à la fois :

- un coût pour l’entreprise qui le verse, qui sera donc moins enclin à embaucher si le salaire augmente

- et une source de revenu pour celui qui le reçoit, donc une source de consommation supplémentaire, donc une source de « croissance » supplémentaire et d'emplois nouveaux.

 

 

D’où un effet a priori ambigu des variations de salaires sur l’emploi, qui dépendra d’un grand nombre de paramètres.

 

Mais supposons que je ne considère qu’un seul de ses deux effets. Par exemple que le salaire constitue uniquement une source de revenu, mais en aucun cas un coût pour l’entreprise. Ma conclusion sera la suivante : il faut augmenter les salaires le plus possible, ainsi la consommation et la croissance seront les plus fortes possibles. Je ne m’inquiète pas des répercussions que cela pourrait avoir sur la viabilité des entreprises, puisque de toute façon je néglige par hypothèse cet effet-là.

 

Vous me diriez alors que c’est complètement débile de raisonner ainsi.

 

Eh bien c’est ce que font nos chers économistes néoclassiques ! (mais dans l’autre sens bien-sûr).

 

Ils supposent que le salaire constitue un coût pour l’entreprise, mais en aucun cas qu’il constitue une source de revenus pour la société. Dès lors, si les salaires augmentent, les entreprises dans leur ensemble auront moins envie d’embaucher, puisqu’elles devront supporter des coûts plus importants, sans que cela n’affecte aucunement la consommation de biens et services. D’où la décroissance du nombre de personnes employées par les entreprises lorsque les salaires augmentent.

 

Là encore, au lieu d’enseigner et de faire réfléchir les étudiants sur la complexité de l'économie, on se contente de leur enseigner des théories prémâchées, simplistes, fausses, bêtes et méchantes.

 

Et de nos deux courbes qui s’ébauchaient superbement sur notre graphique, il ne reste plus rien !

La principale conclusion de cette théorie qui est que chômage = salaires trop élévés disparaît du même coup !

 

On me dit qu’il faut commencer simplement avant de complexifier l’analyse. Certes, mais on ne commence pas par enseigner que 2+3=4 pour arriver à 2+3=5.

 

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commentaires

Evan 28/01/2010 10:43


Nous sommes d'accord sur le fait que les courbes d'offres et de demandes d'emploi ne sont qu'un joli dessin. Tu illustres parfaitement bien dans la première partie, le paradigme néoclassique qui
établit l'existence d'un arbitrage individuel entre travail et loisir, alors que même dans les pays ou le pouvoir d'achat est le plus élevé (parlons de la France par exemple), la pression
économique fait que tous les individus touchant un bas salaire souhaiteraient faire des heures supplémentaires, conséquence d'un salaire trop bas. Or si leur salaire est trop bas, comment expliquer
le chomage ? Le salaire serait à la fois trop haut et trop bas ? Encore un joli paradoxe mis en avant quand on applique les théories néoclassique à l'économie d'aujourd'hui. La vérité, celle que
même certains monétaristes reconnaissent aujourd'hui, c'est que l'équilibre d'une économie s'accommode d'un taux de chômage qui entretient la concurrence entre les chomeurs et les travailleurs en
emploi,ces deux catégories étant en réalité des vases communicants.


Malheureusement, je suis moins idéaliste que toi en ce qui concerne la fonction de l'offre d'emploi en fonction du salaire.
Une entreprise qui décide à contre courant de relever ses salaires ne verra pas son propre chiffre d'affaire augmenter de manière significative. Ce que je veux dire, c'est que la concurrence entre
les entreprises tire les salaires vers le bas, et les syndicats patronaux pourraient ouvrir un chantier sur une augmentation des salaires pour permettre à l'ensemble de nos économies de redonner du
pouvoir d'achat aux ménages, et ainsi augmenter leurs ventes, puisqu'une entreprise à elle seule ne peut pas modifier une économie, et ne jouit pas forcément d'une hausse de ses ventes en
augmentant les salaires.
De plus, et c'est malheureusement un frein à l'augmentation des salaires, l'économie aujourd'hui, est mondialisée, et si le prix du travail augmente de manière dirigiste dans un pays, il encourage
l'évasion fiscale. Et par ailleurs, quand bien même l'on protègerait nos économies sur un socle national ou européen (idée que je n'apprécie pas tellement, d'ailleurs), les hommes sont libres, et
si les salaires en France étaient si élevés, avec l'essor de l'Euro que nous connaissons, rien n'empêcherait les européens d'aller claquer leur thune en Ukraine dans les pintes de bière à 2 grivnas
(équivalant à O,30€).


Et oui, je te rejoins sur ce point, l'enseignement de l'économie doit être modifié, nos économistes seraient plus en phase avec la réalité si on leur enseignait l'étude de nos économies modernes ou
les différentes théories se confrontent entres elles, et ou la vraie vie ne donne pas raison à tout ce qu'on nous enseigne, à savoir des jolis dessins.


Ette Rodox 29/01/2010 12:03


Première remarque, tout à fait d'accord.

Deuxième remarque, bien évidemment que l'entreprise ne bénéficie pas ou très peu de l'augmentation des salaires de ses propres salariés. A chaque fois je précise bien qu'une augmentation des
salaires accroît la consommation globale. Et je ne propose pas bien évidemment aussi qu'une entreprise augmente seule ses salaires pour améliorer la situation, elle ne ferait que se tirer une balle
dans le pieds. Ce que je dis (à moins que je me sois mal exprimé?) est qu'une augmentation des salaires au niveau de la société augmente la consommation globale, ce qui peut être favorable à
l'emploi, contrairement à ce qu'affirme la courbe toujours décroissante de la demande de travail des entreprises en fonction des salaires dans la théorie néoclassique.

L'économie mondialisée constitue c'est certain une limite importante aux effets bénéfiques qu'aurait une augmentation des salaires sur l'économie, c'est pourquoi la mise en place d'une certaine
dose de protectionnisme (cf. Emmanuel Todd par exemple) me paraît inévitable (malgré la diabolisation de cette idée).

Bon et augmenter les salaires ne signifie pas les multiplier par 15, il faut juste qu'ils évoluent en proportion de l'accroissement de la productivité. Donc pas d'inquiétude à avoir sur
d'importantes fuites d'argent en direction des bars ukrainiens (et si des salaires plus élevés déteriorent un peu la balance des paiements, ce n'est pas catastrophique non plus, au pire ca peut
déprécier un peu la monnaie, ce qui est plutôt bon pour l'économie).