Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 17:36

Question en apparence fort triviale (bin les profits c’est quand les entreprises ont des recettes supérieures à leurs dépenses !), mais en réalité beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît, et sur laquelle nombres d’économistes des plus célèbres se sont cassés les dents*.

 

Commençons, pour bien comprendre le problème, par raisonner à partir d’une seule entreprise. Voici, a priori, comment se déroule le processus de réalisation et de distribution de ses profits.

 

1 : L’entreprise verse des salaires à ses salariés pour produire (appelons cette somme W)

 

2 : L’entreprise gagne, grâce à la vente de ses biens aux ménages, une certaine somme d’argent (= ses recettes, que nous appellerons R)

 

3 : Si ses recettes sont supérieures aux dépenses (R > W), l’entreprise réalise des profits, qu’elle dépensera (soit en les versant, sous forme de dividendes, à ses actionnaires, soit en réalisant de nouveaux investissements, etc..)

 

Ce processus peut se représenter par le schéma suivant :

 

Schéma 1 profits

 

Maintenant, supposons une économie dans laquelle n’existerait que cette entreprise et ses salariés. L’entreprise pourra t’elle réaliser des profits ? A priori non. Pour qu'elle réalise des profits, il faudrait que ses salariés lui versent, en consommant, plus d’argent qu’elle ne leur en a versé, ce qui est problématique puisque les salariés consomment avec l’argent que leur a versé leur entreprise.

 

Vous comprenez ? Si l’entreprise verse W, elle ne pourra au maximum, si les salariés consomment l’intégralité de leurs salaires, que recevoir ce qu’elle a versé, en aucun cas d’avantage d’argent, elle ne pourra donc pas faire de profits, R ne pourra pas être supérieur à W.

 

Certes, me direz-vous, à l'échelle d'une entreprise c'est logique..

 

Mais plaçons-nous maintenant à l’échelle du monde entier. Le monde est composé de centaine de millions d’entreprises, qui versent toutes à leurs salariés des milliards de salaires et qui espèrent toutes gagner d’avantage d’argent qu’elles en ont dépensés. Ma question est alors la suivante (en omettant l’Etat, ce qui ne change pas fondamentalement le problème) :

 

Comment les entreprises du monde entier peuvent-elles faire globalement du profit, dans la mesure où les ménages vont consommer avec les salaires qu’ils ont reçus de ces mêmes entreprises, c'est-à-dire dans la mesure où les entreprises tirent leurs recettes des dépenses qu'elles ont effectuées ?

 

Si l’ensemble des ménages du monde entier consommaient l’intégralité de leurs salaires, les entreprises ne feraient aux mieux que récupérer les sommes qu’elles ont versées aux ménages et ne feraient pas de profits.

 

Certes les entreprises retirent de l’argent également en investissement, en empruntant de l’argent aux banques, mais si ces emprunts ont pour contrepartie l’épargne des salariés alors le problème reste le même (comme l’indique le schéma suivant).

 

Schéma 2 profits

 

Or pas de profits, pas d’investissement, pas d’accumulation du capital, etc..

 

On conçoit volontiers qu’une entreprise donnée puisse faire du profit, si une entreprise quelque part ailleurs réalise des pertes. Mais je parle ici de profits globaux, à l’échelle de l’ensemble des entreprises. Je me demande comment la somme des profits des unes peut être supérieure à la somme des pertes des autres (ce qui correspond à la réalité).

 

Question qui semble pertinente, ne trouvez-vous point ?

 

Pour tenter de trouver quelque réponse à cette troublante question, je consulte l’un des bouquins les plus célèbre de macroéconomie en France, celui écrit par Olivier Blanchard et Daniel Cohen (et qui s’appelle tout simplement Macroéconomie). Je me rends directement à l’index et.. énorme déception le mot profit n’y figure pas (ni d’ailleurs le mot bénéfice).. étrange car un rapide coup d’œil semble indiquer que plus de 500 notions se trouvent dans cet index, or le profit est probablement une des notions les plus importantes en macroéconomie.. Mais bon..

 

Je m’empare alors d’un des plus célèbres bouquins de macroéconomie au niveau international, celui de Gregory Mankiw (et qui s’appelle tout simplement Macroéconomie aussi). Je me rends à l’index et.. ah le mot profit y figure, et l’on nous renvoie aux pages 15, 63, 64.

 

Que dit la page 15 sur le profit ? Que « les entreprises fixent leur niveau de production de manière à maximiser leur profit ». Ok, c’est toujours bon de le rappeler, mais ce n’est pas à cette page que nous trouverons la réponse à notre question.

 

Direction pages 63 et 64, que nous apprennent-elles ? Que les profits, ou bénéfices, constatés « correspondent grossièrement au rendement du capital ». Et… c’est pas plus compliqué que ça. Les entreprises rémunèrent leurs employés avec des salaires, leurs détenteurs de capitaux avec des profits, tout cet argent retourne directement, via la consommation, ou indirectement, via l’épargne et l’investissement, aux entreprises, et la boucle est bouclée, et il y a bien des profits, comme on peut le constater sur le schéma suivant :

 

 Schéma 3 profits

 

On devrait se réjouir, mais on se gratte la tête.. Dans ce schéma, que l’on retrouve dans l’ensemble des ouvrages néoclassiques sur la question, tout se passe comme ci les profits étaient versés en même temps que les salaires, au début du processus de production. Les entreprises versent profits et salaires, reçoivent profits et salaires, et donc elles ont bien fait des profits, mais qu’elles ont dépensés avant de les réaliser.. Or, si l’on se réfère au premier schéma et, soyons fous, à la réalité, on constate que les profits sont dépensés après être réalisés.

 

On perçoit dès lors la fine entourloupe de la théorie néoclassique, qui élude notre question de la source des profits en supposant que ceux-ci sont versés avant d’être réalisés. Si tel n’était pas le cas (et dans le monde réel ce ne l’est pas !) ils ne pourraient y avoir dans ce cadre de profits.

 

Et notre théorie préférée, celle qui sert de base aux économistes pour éclairer nos dirigeants dans leurs choix, semble souffrir à nouveau d’une bien modeste lacune, elle est tout simplement incapable d’expliquer comment les entreprises pourraient réaliser du profit, en supposant qu’elles ne versent leurs profits qu’une fois que ceux-ci ont été réalisés ?

 

Mais alors, si cette réponse que l'on enseigne partout n'est pas satisfaisante (et j'espère qu'elle ne l'est pas pour vous), d’où viennent donc les profits ?!

 

Je laisse réfléchir ceux que cette question interpelle et vous donne la réponse qui m’apparaît la plus pertinente fort prochainement !

 

 

Petite précision : prétendre que la source des profit proviendrait des profits réalisés au cours de l’année précédente ne fait que reporter le problème, n’explique pas comment les profits peuvent s’accroître et donc ne constitue pas à mon sens une réponse pertinente à la question posée.

 

 

* cf. pour plus de détails les livres de Henri Denis la « loi de Say » sera-t-elle enfin rejetée et profit, équilibre et emploi. Pour une appréhension dialectique de l’économie.

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

VilCoyote 13/02/2010 00:36


Soit : en agrégeant du micro, on trouve du macro. Cool.
Mais la question est toujours foireuse : pourquoi ne pas se demander "d'où viennent les salaires", qui sont versés même si leur montant est supérieur au chiffre d'affaires de l'entreprise ?

Et ma condescendance n'a rien de gratuite : qu'un doctorant s'aperçoive seulement maintenant à quoi sert le crédit est pour le moins préoccupant. Remarquez, si votre bible sur les phénomènes
monétaires est "L'argent dette", vous êtes tout excusé.


Ette Rodox 13/02/2010 12:49


Déjà votre commentaire montre que vous n'avez pas bien compris ce billet, et puis ce n'est pas parce que je l'ai écrit il y a deux jours que je m'en suis "aperçu" il y a deux jours !


Evan 12/02/2010 21:04


Et la somme totale relevant de la création monétaire qui permet aux entreprises de faire du profit, de verser leurs salaires et d'être moteur de la consommation, c'est micro, ça ?
En l'occurrence, c'est précisément la question qui est soulevée.

Merci pour le sophisme.
Paille, poutre, oeil, tout ça.
Et merci aussi pour la condescendance gratuite.


VilCoyote 12/02/2010 18:19


Ma foi, si vous découvrez aujourd'hui seulement que le crédit permet d'anticiper une création de valeur, tant mieux pour vous.

Mais vous semblez vraiment convaincu d'avoir fait une découverte, qui ébranle la théorie néoclassique (enfin, "orthodoxe", non ?). Je serais vous, je tâcherais de la répandre le plus largement
possible par les voies officielles à large audience (si les orthodoxes vous y autorisent, terrifiés qu'ils seront par l'impact qu'aura cette révélation sur leur dogme) : rendez-vous compte de
l'importance de ce que vous avez accompli !

Enfin, je ne sais pas pourquoi vous voulez que la création monétaire soit un phénomène macro : la Société Générale fait un prêt à une entreprise, et crédite son compte de 100 000€ -> création
monétaire. Ca vous paraît macro, ça ?


Ette Rodox 13/02/2010 12:40


Bon déjà ce n'est pas "ma" découverte.

Et puis soit vous n'avez pas compris le billet, soit vous n'avez pas compris la théorie néoclassique, mais il y a j'en suis fort navré grosse contradiction entre les 2 !


Evan 11/02/2010 23:41


Vil Coyote... La dichotomie maladive que tu fais entre micro et macro est symptomatique de l'endoctrinement de l'orthodoxie dont tu as été victime... Muahahaha...

Bon, j'en rajoute un peu... Mais sérieusement, si le profit est une notion centrale en microéconomie, la microéconomie s'intéresse aux comportements des agents dans tel ou tel contexte, telle ou
telle économie. Et pardon, mais étudier le contexte dans lequel le profit est possible, c'est macro, comme problématique. Tout simplement.

Et raj po, ck1 blog !


RST 11/02/2010 22:18


Mais c'est qu'elle mordrait la sale bête !
Je m'excuse auprès du taulier de ce blog mais je me sens obligé de réagir.
C'est quoi votre problème ? Vous n'avez pas assez de sous pour vous offrir un psy et vous venez vous défouler ici ? Si vous voulez régler son compte à Raveaud aller le faire chez lui. C'est quoi le
rapport avec le Schmilblick ?
Sur le film, vous faites un tel raccourci agrémenté d'un bon gros procès d'intention: la discussion est inutile.

C'est quoi le rapport avec Bourquin (alias Yannick). C'est vous qui êtes désagréable. J'ai essayé de rester poli en ce qui me concerne.
Vous êtes jaloux ou quoi, vous aussi vous voulez passer sur Marianne 2 ?