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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 19:04

 

Pock me fait remarquer dans un commentaire concernant mes deux précédents billets sur l’origine des profits que j’avais omis le temps dans mon analyse, ce qui empêche notamment d’aboutir au résultat suivant (dont j’aurais dû parler), qui est que.. :

 

Si la création monétaire semble indispensable à l’apparition d’un profit global, toute création monétaire n’est pas forcément synonyme de profits.

 

.. et il a parfaitement raison.

 

Je vous propose donc dans ce billet de rétablir le temps (c’est-à-dire un caractère séquentiel) au sein des schémas précédents, ce qui permettra d’affiner l’analyse et de retrouver ce résultat.

 

 

Supposons pour cela que les entreprises débutent leur processus de production sans posséder au préalable d’argent. Elles vont donc devoir emprunter de l’argent aux banques non seulement pour financer leurs investissements mais également pour financer leurs dépenses de fonctionnement courantes (leurs coûts de production).

 

Appelons E (pour emprunts) la somme totale empruntée par les entreprises pour financer ces différentes dépenses. Le processus de distribution des revenus (distribution des salaires par les entreprises) n’ayant pas à ce moment été déclenché, les banques n’ont pas encore récolté l’épargne des ménages et par conséquent créent ex nihilo tout l’argent qu’elles prêtent aux entreprises.

 

Donc E = quantité d’argent créé.

 

Dans un premier temps nous avons donc un flux d’argent (E) qui va des banques vers les entreprises :

 

 profit 3.1-copie-1

 

Les entreprises dépensent ensuite cet argent, une partie servira à financer les coûts de production et l’autre partie à financer les investissements (I).

 

Les investissements sont de dépenses effectuées par des entreprises qui forment les revenus d’autres entreprises.

 

Nous assimilons les coûts de production aux dépenses de salaires (W). Ce résultat, faux au niveau microéconomique (puisqu’il faudrait prendre en compte les achats de biens intermédiaires, etc.), est vrai au niveau macroéconomique (puisque les achats de biens intermédiaires des uns forment les salaires des autres). Comme ici nous raisonnons au niveau macro, nous pouvons donc nous le permettre.

 

Nous avons donc : E = W + I

 

Ces dépenses des entreprises, à partir de l’argent emprunté aux banques, constitue l’étape 2 :

profit 3.2

 

Au cours de la 3e étape, les ménages utilisent une partie de leurs revenus pour consommer (C), l’autre partie étant épargnée (S) : W = C + S.

 

Cette épargne alimentera les comptes des banques qui pourront dès lors considérer, ex post, qu’une partie des prêts qu’elles ont accordées a pour contrepartie l’épargne des ménages.

 

profit 3.3

 

Calculons maintenant le profit global (ou macroéconomique), P, réalisé par l’ensemble des entreprises :

 

P = recette – coûts = C + I – W

 

(Comme W = C + S, nous avons C – W = - S)

 

D’où : P = I – S

 

Donc les profits correspondent à l’excès des investissements sur l’épargne. Nous retrouvons le résultat des billets précédents qui disait que les profits correspondent aux investissements non financés par l’épargne des ménages, donc dans nos exemples, aux investissements financés par création monétaire. Ou devrait-on plutôt dire maintenant : les profits correspondent aux investissements financés par création monétaire qui ne sont pas adossés, ex post, sur l’épargne des ménages.

 

Ceci constitue la première subtilité que nous permet de comprendre l’insertion du temps dans nos schémas.

 

La seconde subtilité, celle dont nous parlions au début de ce billet, est que si la création monétaire est nécessaire à l’apparition d’un profit au niveau macroéconomique, toute création monétaire n’est pas forcément source de profits.

 

Pour preuve, la quantité d’argent créé par les banques, E, dans notre circuit est :

 

Création monétaire = E = W + I

 

Tandis que le montants des profits réalisés est : P = I - S .

 

La différence entre la quantité d’argent créé et les profits est donc de :

 

E – P = W + I – (I – S) = W + S

 

La différence entre la quantité d’argent créée et les profits correspond donc aux coûts de production (W) et à l’épargne (S).

 

Et pour cause :

 

- L’argent créé par les banques ne peut constituer une source de profits pour les entreprises lorsqu’il est directement utilisé pour financer les coûts de production, puisque cet argent créé se transforme peu après en « coût » pour l’entreprise, avant de devenir une recette lorsque les ménages consommeront.

 

- Quant à l’argent créé qui finit sous forme d’épargne, il devient la contrepartie ex post d’une partie des prêts accordés par les banques, et ne participe bien sûr pas à accroître les profits au niveau macroéconomique.

 

Toute création monétaire n’est donc pas profit mais : Est profit toute création monétaire qui ne sert pas directement à financer les coûts de production des entreprises et qui n’est pas adossée ex post sur l’épargne des ménages. Autrement dit, on se répète, est profit l’ensemble des investissements financés par création monétaire et n’ayant pas pour contrepartie ex post l’épargne des ménages.

 

On retrouve l’idée avancée dans les deux premiers billets d’investissements non financés par l’épargne des ménages. Mais présentées ainsi, les choses sont plus précises et plus correctes. Merci Pock !

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commentaires

bob 05/08/2010 02:11


La différence entre la quantité d’argent créé et les profits est donc de :

E – P = W + I – (I – S) = W + S

or W = C + S

E – P = C + 2S

l'argent se conserve t'il dans votre modèle ?


Ette Rodox 24/08/2010 11:40



Bonjour merci pour vos commentaires et dzl pour la lenteur de ma réaction mais cela faisait qq tps que je n'étais pas retourné sur le blog..


Concernant votre premier commentaire, oui vous avez raison dans la 3e partie des billets sur les profits j'ai considéré que les salaires étaient également financés par création monétaire ce que
je n'avais pas fait dans les deux premières parties. L'idée était de se rapprocher par étape du point de vu circuitiste (qui considère que les salaires sont financés par création monétaire) mais
je suis d'accord en le relisant que ça prête à confusion.


Concernant le second, oui l'argent se conserve d'une période sur l'autre et ça peut d'ailleurs donner des résultats très intéressants, mais je n'ai pas poussé le raisonnement sur plusieurs
périodes dans le blog. Et concernant votre calcul oui il est juste mais je ne crois pas qu'il apporte de nouvelles informations. Il dit que si S augmente d'une unité (et donc forcément que C
baisse d'une unité) l'écart entre E et P augmentera d'une unité càd que les profits baisseront d'une unité (E' - P' = -1 +1 +1 = +1, soit P' = E' -1, E' étant donné) et inversement si S baisse
d'une unité. Mais on le savait déjà avec le précédent résultat.



Bob 04/08/2010 23:52


Bonjour,

Dans le schéma de l'article précédent et dans lequel la création monétaire est Icm qui est égale à I-S, ici la création monétaire est E et elle est égale à W+I. Cela me semble incohérent, j'ai dû
rater quelquechose.

Merci d'avance,


NiCo 12/03/2010 18:09


Bon je me suis certainement mal exprimé et me suis moi-même un peu perdu.

Mais je trouve toujours que le concept de profit macroéconomique n'a pas de sens :

Admettons que Y = C+I+P (en effet le profit fait parti des revenus) et aussi Y = C+S (il n'y a pas de raison d'inclure le profit ici), on obtient alors P = S-I

L'exact inverse de votre conclusion il me semble et donc quel est la pertinence de ce qu'on fait ?


Ette Rodox 13/03/2010 18:18


Bonjour, votre résultat serait quand même assez surprenant. Il signifierait que pour avoir un maximum de profits, il faudrait bcp d'épargne et peu d'investissement. Mais il est intéressant, il
montre comment en économie, à partir d'hypothèses qui paraissent assez logiques on peut arriver à n'importe quel résultat.
Je pense que le problème vient de ce que vous sommez dans votre premier Y des choses qui ne sont pas sommables, puisqu'il y a à la fois des consommations (C et I) et des revenus (P). Il faudrait
plutôt écrire Y = C(tirée des salaires) + I + C(tirée des profits).
Dès lors dans le second Y, votre C englobe à la fois la conso tirée des salaires et la conso tirée des profits, Y = C(tirée des salaires) + C(tirée des profits) + S.
Et on retrouve bien alors I = S (après la question est de savoir si cette égalité est ex ante, comme le pensent les néoclassiques ou ex post, comme le pensent les postkeynésiens).

Si vous voulez calculer le profit dans cette optique, il faut le faire de la manière suivante me semble t'il :
P(t+1) = recettes(t+1) - dépenses(t+1)
          = C(t) tirée des salaires + I(t) + C(t) tirée des profits - Salaires versés
  (le versement des dividendes, donc des profits, aux actionnaires ne constitue pas un coût)
   Salaires versés = C(t) tirée des salaires - S(t) tirée des salaires
 donc   = I(t) + C(t) tirée des profits - S(t) tirée des salaires
On retrouve bien que les profits sont l'excès d'investissement (I) sur l'épargne (S), et dépendent aussi des profits versés l'année précédente (ces profits-là dépendant eux aussi d'un précédent
excédent d'investissement sur l'épargne ex ante, etc..)

On retrouve bien que la détermination des profits est guidée essentiellement par des forces macroéconomiques. Bientôt je publierais d'autres billets sur la théorie du circuit, jspr parvenir à vous
convaincre !


NiCo 03/03/2010 18:34


Je viens de lire vos trois articles sur le sujet et bon comme je ne suis pas trop d'accord j'aimerais faire quelques commentaires.

1) Vous êtes relativement confus. Comme vous l'a fait remarqué Vil le profit est une notion microéconomique, quand vous citez Smith, Ricardo, Say, Marx, Keynes, il faut dire que la distinction
entre les deux branches n'existait pas, tout le monde faisait de l'économie politique. Ensuite vous dites vous placer dans la théorie néoclassique, qui correspond plutôt à la théorie de l'équilibre
général, alors que visiblement vous vous inscrivez plus dans un contexte de type Keynésien. Mais bon à la limite cette remarque n'a d’importance que pour la forme. Mais pour le fond dès le début
vous partez du principe que le profit n’existe pas en disant que les entreprises ne versent que W aux ménages, alors que les ménages perçoivent aussi les dividendes qui sont les profits. Donc par
construction il y a un problème, même si à la fin dans votre premier article vous appelez ça P mais pour vous il n’est pas toujours présent, alors qu’en fait si : W+P = C+S.

2) Votre analyse suppose que les banques prêtent un volume plus important de fonds prêtables que ceux dont elles disposent, soit, c'est analogique avec le mécanisme de création de monnaie bancaire.
Que ceci soit finalement une avance sur les profits futurs ne pose pas vraiment de problème car finalement dans votre schéma le problème est que vous négligez les banques. Je m’explique :
globalement il y a des entreprises qui font des profits et d’autres qui font des pertes, donc si je suis votre idée d’économie fermée où il n’y a pas de profit, qu’il y ait création monétaire ou
non ne change pas le problème puisque soit les profits anticipés se réalisent, soit ils ne se réalise pas. Dans ce dernier cas la banque fait une perte, du coup la banque est l’agent qui essuie les
pertes des entreprises, et qui compense ainsi les profits des entreprises. Donc soit les banques sont structurellement déficitaires, soit elles accaparent tout le profit et ce sont les entreprises
qui font des pertes. Mais on voit bien que cette modélisation n’est pas très pertinente, on touche là à mon avis les limites de la macro, « basique », sans micro-fondements robustes et où des
agrégats sont sensés influencer d’autres agrégats. Je ne sais pas si je suis très clair.

De plus si S=I d’après la construction de la macro, il y a aussi un fondement microéconomique derrière : il existe un taux d’intérêt i* tel que l’offre de fond prêtable égale la demande, si je pars
de votre supposition que Is+Im>S alors les banques qui prêtent cet argent vont exiger un taux d’intérêt plus élevé (il faut incorporer la prime de risque lié au risque de défaut de l’entreprise
qui pénaliserait beaucoup la banque) mais cela va inciter les entreprises à moins investir et en même temps attirer plus d’épargne, de telle sorte qu’il se dégage un équilibre entre I et S. Et non
pas juste une relation ex-post.

3) Autre point, vous présentez une économie fermée, mais si l’on admet une économie ouverte on peut facilement imaginer que les profits se fassent au détriment d’une autre économie. Soit en pillant
ses ressources, soit en faisant du mercantilisme, etc. Enfin bref la prédation et la recherche de la rente. Puisque j’ai remarqué que vous teniez à la vraisemblance.

4) Par ailleurs il me semble que ce qui est complètement négligé ici c’est le concept de croissance. Si l’on considère le point 3) comme parfaitement plausible, en prenant en considération le monde
dans son entier on constate que la croissance est positive, donc il existe une création de valeur, et le profit ce n’est rien d’autre que la valeur ajouté qui se réalise. La création monétaire
n’est donc là que pour anticiper la hausse des revenus et des profits futurs.


Enfin bref voila quelques observations. Je rappelle juste que faire un modèle qui marche ne veut pas dire faire un modèle qui ait un sens et qui soit vraisemblable. Si vous partez de l’hypothèse
que le profit n’existe pas et qu’il est créé par la création monétaire, la conclusion ne peut pas être différente.


Ette Rodox 04/03/2010 19:09


Je réponds à vos différents points :

1) si le profit est une notion microéconomique, alors comment appelez-vous ce que j'appelle profit et qui est macroéconomique dans mon modèle ?

Après je ne prétends surtout pas me placer dans la théorie néoclassique, au contraire je présente un autre cadre d'analyse radicalement différent, pouvez-vous m'indiquer où vous avez lu cela ?

Ensuite, j'ai bien précisé dans le premier billet que je souhaitais savoir comment apparaissaient ou s'accroissaient les profits. Si on part du principe qu'il y a déjà du profit et que les profits
viennent des profits passés, vous comprenez qu'on ne répond pas du tout à la question, on ne fait que la reporter.

Quant aux dividendes des ménages, je les insère dans les prochains billets où je prolonge cette analyse. Dans la mesure où l'on se posait ici la question de l'origine des profits, on se situait par
définition avant le versement des dividendes, c'est pour cela que je ne les ai pas rajoutés, ca ne semblait pas nécessaire dans un premier temps.

2) Je ne comprends pas pourquoi je néglige les banques, vu qu'au contraire elles sont à la base de mon circuit.

Qu'il y ait création monétaire ou non change bien évidemment le problème puisque sans création monétaire il n'y a pas de circuit, et si tout l'investissement ne provenait que d'une épargne
préalable des ménages il n'y aurait dans ce circuit pas de profits !

Et si c'est l'anticipation des profits (par les banques) qui crée le profit, je ne dis jamais que les profits réalisés sont égaux aux profits anticipés.

Il est facile, mais plus lourd, de rajouter des fondements micro à cette analyse, il suffit de supposer une fonction de production (type Y = T N, Y production, T productivité, N salariés) pour
faire simple, la marge souhaitée par les entreprises, etc.. Et j'attends avec impatience que vous me citiez un bon modèle macro avec des microfondements robustes (le modèle de Romer, des cycles
réels ?) Pour l'instant ce sont les modèles sont fondements micro "robustes" justement (les modèles keynésiens) qui permettent de mieux de comprendre le fonctionnement du monde.

Les banques créent et prêtent de l'argent tant qu'elles estiment les entreprises solvables, le taux d'intérêt n'est alors plus une histoire d'équilibre sur des marchés financiers, mais provient du
coût de refinancement des banques et de la marge qu'elles souhaitent prendre (en fonction du risque). Le taux d'intérêt n'est donc plus ce mécanisme d'équilibrage entre I et S. Après, l'épargne se
prêtera au taux en vigueur, s'ajustera au taux de refinancement + marge des banques.

3) Mais je pose la question de l'origine des profits, si j'avais dit qu'ils viennent d'une autre économie, aurais-je répondu à cette question ??????????? Si je dis que la vie sur Terre provient
de Mars, est-ce que j'ai répondu à la question de l'origine de la vie ????
Bien évidemment que non!
4) Pour calculer la croissance on a besoin de quoi ? De deux périodes. La je n'en considère qu'une dont je ne peux pas en parler. Mais il est très très facile d'imaginer la suite, si les
entreprises investissent à nouveau l'année suivante, eh bien il y aura accumulation de capital et croissance.

Et dire que le profit est exacement la valeur ajouté qui se réalise, etc. c'est exactement l'idée reçue que je combats dans ces 3 billets.


Quant à la dernière remarque, d'une déplorable condescendance, je préfère ne pas y répondre. Je vous rappellerai juste que ce genre de modèle est utilisé par des nombreux économistes (théoriciens
du circuit, postkeynésiens) à travers le monde, oui il faudra leur dire de bien faire attention que ce n'est pas parce que leur modèle marche qu'il a un sens, dès fois que l'idée ne leur serait
jamais venue à l'esprit.

Et non "le profit est créé par création monétaire" ne fait pas partie de mes hypothèses de départ, mais uniquement de mes conclusions.


Pock 26/02/2010 14:35


Ça fait toujours plaisir de participer.
Et je constate avec soulagement qu'on ne sait pas par avance ce qu'il va advenir de la monnaie créée.
Mais il y a tout de même quelque chose qui me chagrine.
P=recette-coûts=(C+I) - (W+I) : en effet l'investissement est un flux, il va d'un endroit à un autre et ici d'une entreprise à une entreprise.


Ette Rodox 01/03/2010 17:59


Ah non là je ne suis pas encore, l'investissement n'est pas comptabilisé dans les coûts (dans le compte de résultat), ce sont leurs remboursements (s'ils ont été empruntés) qui sont comptabilisés.
C'est donc une recette pour les unes sans être un coût (de production) pour les autres (avant que les remboursements ne commencent).
Donc P = bien C + I - W