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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 17:47

 

Alors voici la réponse qui me paraît la plus pertinente. Cette réponse apparaît dans les modèles de Kalecki (et plus globalement dans la pensée postkeynésienne), mais on la trouve également très explicitement définie dans les ouvrages de Henri Denis (Profit, équilibre et emploi ; La « loi de Say » sera-t-elle enfin rejetée ? et Histoire de la pensée économique, tous 3 passionnants).

 

Que nous disent ces différents auteurs ?

 

Que dans une économie fermée, telle que celle décrite précédemment, les entreprises ne peuvent pas réaliser globalement du profit. Et ce pour les raisons évoquées précédemment : dans la mesure où les dépenses des entreprises constituent la source de l’ensemble des revenus avec lesquelles les ménages vont consommer, les entreprises ne pourront retirer autant d’argent en vendant leurs biens qu’elles en auront retirés en les produisant.

 

Elles pourraient à la limite en réaliser si l’on supposait que des profits réalisés au cours de l’année précédente étaient dépensés durant l’année considérée. Mais cela ne ferait que reporter le problème (d’où viennent les profits réalisés initialement ?), et surtout ne permettrait pas d’expliquer comment les profits peuvent croître d’une année sur l’autre.

 

Non, pour que les entreprises réalisent des profits, il est nécessaire de prendre un autre paramètre en compte, il est nécessaire qu’une partie des revenus de la société viennent gonfler les recettes globales des entreprises sans qu’ils ne gonflent leurs dépenses.

 

Passons en revu les différents paramètres possibles :

 

- Si les entreprises paient d’avantage de salaires, elles vont accroître à la fois recettes et dépenses, donc il ne peut y avoir apparition d’un profit global.

 

- Si les entreprises investissent en empruntant, cela accroît a priori leurs recettes sans accroître leurs coûts, l’emprunt constitue bien une source de revenu pour l’entreprise, mais ne constitue pas un coût (juste une dette qu’il faudra rembourser plus tard, qui « coûtera » plus tard). Est-ce là la solution alors ? Non, si l’on suppose comme dans la théorie néoclassique que l’investissement est la contrepartie d’une épargne préalablement constituée. Car cet investissement, qui n’aura pas augmenté les coûts, n’aura pas non plus en réalité accru les recettes. En effet l’épargne, nécessaire à l’investissement, est par définition une déduction sur la consommation et donc sur les recettes des entreprises. L’investissement n’aura fait que « compenser » la perte de recettes provoquée par l’épargne d’une partie des revenus.

 

- Le seule solution possible (enfin) est alors que les entreprises investissent, mais que ces investissement soient, comme le dit Henri Denis, « non financés par l’épargne des ménages ». C’est-à-dire qu’ils soient financés par la création monétaire (des banques). Dès lors, ces investissements non financés par l’épargne des ménages vont rentrer dans la catégorie recettes des entreprises, sans rentrer dans la catégorie coûts comme précédemment, et n’auront pas pour nécessaire contrepartie une épargne préalable, donc une moindre consommation des ménages et de moindres recettes correspondantes.  

 

Cet exposé, un peu lourd je m’en excuse !, se résume fort bien en réutilisant le second schéma du billet précédent, et en supposant que, l’épargne n’étant pas suffisante pour financer l’ensemble des investissements, une partie des investissements est financée par création monétaire bancaire.

 

 

Schéma 4 profits


On retrouve bien l’idée que la source du profit est dans les investissements non financés par l’épargne, c’est-à-dire dans la création monétaire.

 

Voici un résultat surprenant (un des plus surprenants je trouve de la théorie économique) qui relie deux phénomènes en apparence extrêmement différents : le profit et la création monétaire. Et donc, la création monétaire étant la contrepartie d'une dette, le profit et la dette..

 

Résultat a priori nécessaire, dès lors que l'on s'intéresse à une économie monétaire.

 

Et résultat en contradiction totale avec les théories orthodoxes, puisque qu’il professe que le profit ne tire pas sa source dans le rendement du capital..


 

PS (dont j'aurais du parler avant, et que je rajoute suite au commentaire fort pertinent d' RST!) : les banques créent de l'argent pour le prêter aux entreprises uniquement si elles pensent que ces entreprises vont faire du profit et pourront leur rembourser. Mais les entreprises feront du profit, comme on vient de le voir, grâce à cet argent créé par les banques ! C'est donc l'anticipation du profit qui crée le profit, autre résultat étonnant !

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commentaires

jean 25/02/2010 20:11


Oui, j'ai choisi un cas extrême. Mais il n'en reste pas moins que lorsque l'on limite la progression du PIB nominal, cela exerce une pression sur l'emploi ou sur les salaires (et aussi sur les
profits).

Maintenant, si on taxe la partie profit de la valeur ajoutée, les prix peuvent continuer d'augmenter en même temps que les salaires. L'inflation n'est toujours pas contrôlée. L'investissement peut
également diminuer du fait du peu d'opportunités de profit et décider de licencier pour liquider leur société. Pas évident donc qu'un plafonnement des marges résolve le problème.

Je repose donc ma question, en quoi le système de Vickrey serait meilleur que le système actuel, vu qu'il n'évite pas le chômage?


Ette Rodox 01/03/2010 17:34


Comprenez, mettre le système de Vickrey en place permet de limiter l'augmentation des marges (on ne parle pas de les baisser, donc il n'y a pas de raisons en soi pour que les profits baissent). En
limitant l'augmentation des marges, ce que provoquerait très certainement une politique expansionniste, on évite ainsi une boucle prix-salaire dont l'origine serait une augmentation des marges
entraînant une augmentation des prix entraînant une augmentation des salaires.
Maintenant, cela n'empêche pas une boucle salaire prix de se mettre en place. Mais ceci peut être évité par des négociations collectives qui déterminent l'augmentation des salaires (et donc évitent
également un emballement de ce côté là).
Dès lors si les prix n'augmentent pas trop et qu'il y a une large capacité de production sous-utilisée, les politiques de relance seront fortement efficaces. Et donc le système de Vickrey
permettrait, en rendant les politiques de relance plus efficaces, de faire baisser le chômage, très différent par conséquent du système actuel.


jean 21/02/2010 16:34


Je parlais de la proposition de quotas proposés par Vickrey pour contenir l'inflation.

Warren Buffet a eu une idée similaire pour contenir le déficit commercial (en quoi c'est une bonne idée est une autre question):
http://www.freerepublic.com/focus/news/1053684/posts


Ma question sur le système proposé par Vickrey est que se passe-t-il lorsque la somme des salaires dépasse la somme des quotas sur la valeur ajoutée?
Je ne vois guère que 2 possibilités:
_réduction des salaires,
_montée du chômage.
Le plus probable étant une combinaison des deux.
Compte-tenu de cela (sans parler de l'allocation initiale de ces quotas...), quels seraient les avantages comparés à une remontée des taux d'intérêt (éventuellement à une désindexation des
salaires)?


Ette Rodox 25/02/2010 15:54


Bon déjà c'est supposer un gouvernement particulièrement incompétent, un peu comme s'il fixait les impôts à un niveau supérieur au PIB..

Et puis si les quotas sont sur les marges, le problème ne se pose plus.

Que cette mesure soit difficile à mettre en oeuvre je veux bien le penser (mais bon quand on voit la complexité de la PAC, politique agricole commune, par exemple, on se dit que tout est possible),
mais la remarque que vous faîtes me semble un peu exagérée.


jean 20/02/2010 01:53


Tiens, c'est marrant, Warren Buffet a eu la même idée que Vickrey pour le déficit extérieur américain.

Maintenant je me demande bien ce qui se passe lorsque la masse salariale dépasse le quota global de valeur ajoutée. Çà doit être rigolo.


Ette Rodox 21/02/2010 14:43


Pourriez-vous préciser ?


jean 14/02/2010 21:00


En général, ce que vous appelez I_{cm} correpond à l'accroissement des avoirs des ménages (ou des entreprises) sur leur compte en banque.
On doit plutôt écrire que S=I_{cm}+I_s selon votre terminologie.


serenis.cornelius 13/02/2010 21:22


Pour Vickrey il y a notamment cela:
www.columbia.edu/dlc/wp/econ/vickrey.html
PS: c'est bien le même Vickrey que le Vickrey prix Nobel.


Ette Rodox 16/02/2010 15:50


Jviens de finir de le lire, passionant ! Merci bcp ! Oui je voyais qui c'était mais ne l'avait jamais trop lu..J'ai trouvé particulièrement intéressante sa théorie de contrôle des prix par la
création d'un marché des marges (fallacy 6).
Pourquoi quelques prix nobel finissent ils par admettre l'importance primordiale de la demande à court moyen et long terme, tandis que tous les autres continuent à proférer leurs criminelles
absurdités, pourquoi à un moment les uns ont changé et pas les autres, mystère mystère !