Samedi 6 novembre 2010 6 06 /11 /Nov /2010 13:55

 

L'orgueil, l'avarice et la paresse, voilà le nom qu'on pourrait donner aux 3 escroqueries qui font que les égalités PML = w et PMK = r sont fausses.

 

Escroquerie n°1 : l'orgueil (on néglige la demande, un concept bon pour les amateurs)

 

Reprenons notre verger. Si le salaire passe à 9, vous allez embaucher un 11e travailleur, rappelez-vous ! (parce que ce 11e travailleur ne peut ramasser que pour 9 euros de fruits, donc il n'aurait pas été intéressant de l'embaucher plus tôt)

 

Si le salaire passe à 8, vous en embauchez un 12e.

 

à 7, un 13e..

 

Etc..

 

à 1, un 19e..

 

Mais.. peut-on se demander, qui va consommer tout ça ? Car si le salaire est à 1, en embauchant 19 personnes vous dépensez 19 euros en salaires, or ces 19 personnes vous en rapportent 19+18+17+16+..+5+4+3+2+1 = 190 euros ! Si toutes les entreprises font ça, versent 19 euros à leurs salariés, on voit mal comment elles peuvent chacune en gagner 190 !

 

Réponse de l'économiste. Tout simplement parce qu’on suppose que tout offre crée sa propre demande et donc que tout production parviendra à être écoulée. Autrement dit, ça revient au même, on néglige la demande et on ne s’intéresse qu’à la capacité à produire des entreprises.

 

Les résultats PML=w et PMK=r vous décrivent donc ce qui se passerait dans une économie sans demande, où la production ne dépendrait que de la seule capacité à produire d’entreprises, compte tenu du prix de leur bien, du coût du capital et des salaires en vigueur. Rien de plus.

 

Or est-il utile de rappeler qu'une entreprise quelconque n'installe pas des usines partout où elle serait physiquement capable de la faire en y produisant tous les biens qu'elle serait physiquement capable de produire, tout simplement parce qu’elle est limitée par les possibilités d’écoulement de ses marchandises ?

 

Si le salaire en vigueur est de 10, que mes employés ramassent chacun pour 19, 18, 17, etc.. euros de pommes et que j’anticipe d’en vendre pour 37 euros, alors j’embaucherais 2 personnes (car 37=19+18). Rien à voir donc avec l’égalité entre le salaire du dernier employé embauché (10) et sa productivité (18). Mais, si je n’ai pas à me soucier de la demande, alors j’embauche jusqu’à ce que la dernière personne employée rapporte juste assez pour compenser son salaire. Et là, PML=w.

 

Et s'il y a du chômage dans notre économie, le salaire des employés devrait baisser, alors qu'ils produisent toujours autant. Ce n'est donc pas l'agilité du salarié, sa productivité, qui détermine son salaire, mais plutôt le rapport de force entre employés et patrons (rapport de force quasi-nécessairement défavorable aux salariés, pour de nombreuses raisons, sauf si l'État intervient et réglemente un peu tout ça..). Rapport qui force qui disparaît dans une économie sans demande, puisque dans cette économie il est toujours intéressant d'embaucher quelqu'un tant que son salaire est inférieur à sa productivité.

 

Même chose pour le capital.. Et si dans l'économie considérée il y a beaucoup de capital inutilisé (période de crise par exemple), son prix baissera aussi, alors que sa productivité est restée la même.

 

Si les profs expliquaient cela aux étudiants, au lieu de passer sous silence ce problème de la demande, alors peut-être s’exposeraient-ils à d’avantage de questions, peut-être les choses paraîtraient-elles moins évidentes, éclairantes..

 

 

Escroquerie n°2 : l’avarice (on laisse la monnaie de côté au lieu de la faire circuler)

 

Bon, mais admettons qu’on ne s’intéresse pas à la demande. Cette théorie ne nous explique pas non plus comment les entreprises réalisent des profits monétaires. On revient aux histoires des deux billets précédents. Si les entreprises distribuent leurs dividendes aux actionnaires qu'une fois les profits réalisés (comme dans la réalité, non ?), alors comment peuvent-elles réaliser des profits ?

 

En effet, comment pourraient-elles recevoir wL+rK en ne versant que wL à leurs employés ? Ce n'est pas possible. En supposant que les entreprises aient déjà réalisé des profits au cours de l'année précédente, alors elles versent wL à leurs employés et rK aux actionnaires (rK dépendant donc des profits réalisés l'année précédente). Là elles réaliseront bien un profit, dépendant des sommes versées sur les profits de l'année précédente, mais ce profit ne pourra pas augmenter, puisque les entreprises ne pourront pas recevoir plus de ce qu'elles ont dépensées par ailleurs. Ce qui (faut-il le rappeler) est contraire à ce qui se passe dans la réalité. (bon, je ne m'attarde pas trop sur ce point, parce que j'en ai déjà parlé plusieurs fois !)

 

Il n'est donc pas possible dans ce cadre de comprendre l'apparition de profits monétaires. Mais, vous répondra-t-on sûrement, ici ce n'est pas le problème puisqu'on raisonne dans une économie sans monnaie, une économie de troc. Dans ce cas en effet, il n'y a plus de problèmes, chaque entrepreneur se paie et paie ses actionnaires avec les produits de l'entreprise (en patates, en voitures, en chaussure, en électricité, autant qu'il y a d'entreprises différentes) et chacun ira les troquer contre les biens et services nécessaires à sa subsistance. Si les actionnaires sont payés en nature, effectivement la théorie peut marcher ! Et tant pis si dans la réalité ils touchent du vrai argent, ça on voit pas trop pourquoi..

 

Cette théorie qu'on enseigne aux étudiants fonctionne donc dans un monde sans demande et sans monnaie..

 

 

Escroquerie n°3 : la paresse (c'est faux, mais bien pratique, alors on garde)

 

La troisième escroquerie, que décrit RST dans son commentaire, c'est qu'une fonction du type « Cobb-Douglas », si elle hyper-pratique à utiliser, ne correspond à rien (du moins à pas grand chose) dans la réalité.

 

En général, le capital et le travail ne sont substituables comme ils le sont dans une fonction « Cobb-Douglas ». Si le prix des fours augmente, les boulangers ne vont pas les remplacer par des hommes qui soufflent sur le pain pour les faire cuire, etc. Et puis, la production résulte de multiples interactions qui font qu'on ne peut pas mesurer la productivité individuelle de tel employé ou tel machine. Comme le dit Cordonnier dans son livre « Pas de pitié pour les gueux », lorsque deux personnes portent une table, quel est la productivité de chacun ? Et il en va ainsi de la plupart de nos productions, des chaînes de montage des usines aux hypermarchés, elles résultent de la complémentarité du travail de chacun et non de leur simple addition. Dès lors, calculer une productivité marginale n'aurait pas de sens. D'ailleurs, comme le rappelle RST, les patrons ne s'y trompent pas, aucun raisonne en terme de productivité marginale, de coût marginal, etc. mais la plupart (c'est ce que montrent toutes les enquêtes sur le sujet) en coûts de production moyens, prix de vente.. Et puis les fonction de production « Cobb-Doulgas » ne prennent pas du tout en compte les importants coûts fixes que chaque entreprise nécessairement possède. Bien heureusement d'ailleurs pour la théorie néoclassique, parce qu'alors les calculs d'équilibre, etc. deviendraient bien compliqués.

 

 

Voilà, donc cette théorie sur les productivités marginales, si elle peut sembler fort logique quand elle est présentée comme je vous l'ai présenté dans le précédent billet, et comme les profs d'économie la présente aux étudiants, explique la formation des salaires et des profits dans une économie sans demande, ni monnaie et dans laquelle les entreprises auraient des fonctions de production qui n'ont rien à voir avec celles de nos entreprises du monde réel.

 

Ça fait beaucoup pour une théorie universellement reconnue et enseignée, qui est à l'origine de la plupart des théories expliquant le chômage et la répartition de la richesse au sein de nos sociétés..

 

Par Ette Rodox - Publié dans : Critique des travaux néoclassiques
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