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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 12:22

Le concept de « pensée unique » exprime l'idée qu’il existe un très large consensus parmi les principaux "décideurs" du monde (Hommes politiques, économistes..) quant aux politiques économiques à conduire.

 

Ce large consensus fait qu’un gouvernement dit de gauche aura tendance à ne pas conduire une politique économique foncièrement différente d’un gouvernement dit de droite.

 

Cette convergence de vues n’est a priori pas condamnable en soi : il doit bien exister une politique économique plus performante que les autres (tout du moins pour une situation donnée). Donc si une écrasante majorité d’économistes et d’Hommes politiques sont d’accord sur les politiques économiques à suivre, ce pourrait être tout simplement dû non pas à un quelconque conformisme ou à une méprise collective, mais au fait qu’ils ont tous, tout simplement.. raisons, qu’ils ont tous bien identifiés les problèmes et les meilleures solutions pour y remédier.

 

Et comment douter qu’autant d’esprits savants puissent se tromper ? Ce serait incroyable, inédit dans l’histoire moderne, insensé !

 

Toutefois, malgré l’avalanche de titres et de mines appliquées, quelques menus détails pourraient inciter l’esprit malingre à s’interroger. Notre énorme, phénoménale, capacité à produire de la richesse ne devrait-elle pas nous faire vivre dans l’opulence la plus extrême, ne devrait-elle pas parvenir peu à peu à nous extraire du travail, et à envisager avec quelques insouciance et optimisme notre avenir et celui de nos enfants ?

 

Or la réalité est tout autre, le chômage est massif, la misère du monde insupportable, les inégalités se creusent, les Etats se surendettent, l’environnement se détériore de façon alarmante, notre qualité de vie tend à diminuer, les hôpitaux et autres caprices oiseux se « restructurent », on nous dit qu’il va falloir travailler plus, s’activer un peu, alors quand on se met à penser à l’avenir..

 

Mais les lois naturelles de l’économie sont peut-être si dures que cela, et nécessitent peut-être tout ce sacrifice. Alors pourrait-on s’estimer heureux d’avoir nos dirigeants et nos économistes, et que la situation ne soit pas pire..

 

Pourtant, quelques vagues réminiscences semblent nous rappeler qu’à une époque récente ces mêmes lois paraissaient moins dures, en même temps que des politiques très différentes étaient menées. Sans oublier que ce que la recherche en économie comporte d’élites a le plus souvent lamentablement échoué, lorsqu’il s’est agit de s’occuper de quelques pays en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud ou en Europe de l’Est..

 

‘fin bref, à peine 30 billets et je radote déjà.. Tout ça pour dire que :

- Pensée unique ou très large consensus il y a.

- Mais que tout cela ne doit pas suffire à vous convaincre de la pertinence de cette pensée. A la fois parce que ses fondements théoriques sont complètement irréalistes (cf. précédents billets) et parce qu’un rapide coup d’œil sur la réalité devrait inciter à la plus grande circonspection..

 

Bon, mais c’est quoi alors ces points sur lesquels une écrasante majorité d’économistes et (donc) d’Hommes politiques s’accordent ?

 

La chose étant extrêmement bien définie dans le dernier chapitre du livre Macroéconomie de Blanchard et Cohen intitulé Des conclusions consensuelles (chapitre 26.5, 4e édition, p 618), je me contenterais ici d’un copier-coller de ce chapitre (qui devrait en outre m’éviter tout reproche de subjectivité dans la présentation de ces différents points).

 

Donc bonne lecture !

Et la discussion continue.. fort prochainement !

 

« 26.5 Des conclusions consensuelles

 

Comme nous arrivons à la fin de cet ouvrage, il est temps de présenter l’ensemble des propositions sur lesquelles la plupart des économistes sont d’accord.

  • A court terme, les déplacements de la demande globale affectent le produit. Une plus grande confiance des consommateurs, un déficit budgétaire plus important et une croissance plus rapide de la quantité de monnaie sont susceptibles d’augmenter le produit et l’emploi et de diminuer le chômage
  • A moyen terme, le produit revient à son niveau d’équilibre. Ce niveau dépend du taux de chômage structurel (qui, avec la population active, détermine le chômage), du stock de capital et de l’état des techniques.
  • A long terme, deux facteurs principaux déterminent l’évolution du niveau de production. Le premier est l’accumulation de capital, le second est le taux de croissance du progrès technique.
  • La politique monétaire affecte le produit à court terme, mais pas à moyen ou à long terme. Un taux de croissance monétaire plus élevé se traduit finalement exactement proportionnellement par un taux d’inflation supérieur.
  • La politique budgétaire a des effets à court terme, à moyen et à long terme sur l’activité. Des déficits budgétaires supérieurs sont susceptibles d’augmenter le produit à court terme. Cependant, il est probable qu’en conséquence, l’accumulation du capital est le produit diminuent à long terme.

 

Les propositions suivantes constituent l’espace de désaccord principal.

  • L’une est la durée du « court terme », la période de temps sur laquelle la demande globale a un impact sur le produit. A un extrême, les théoriciens des cycles réels partent de l’hypothèse que la production est toujours à son niveau naturel : le court terme est très court.. A l’autre extrême, les théories de l’hystérèse du chômage (un concept exploré au chapitre 19) impliquent que les effets de la demande soient très durables, et donc que le court terme soit très long.
  • Une autre proposition fait encore l’objet d’un débat entre les économistes. Bien que conceptuellement distincte de la précédente, elle en est très proche. Ceux qui pensent que le produit revient très vite à son niveau de produit naturel veulent évidemment imposer des règles fermes aux politiques monétaire et budgétaire, d’un taux de croissance constant de la masse monétaire à l’obligation de maintenir un budget équilibré. Ceux qui croient que l’ajustement peut être lent se prononcent en faveur de la nécessité de politiques plus flexibles de stabilisation.

 

Mais derrière ces désaccords, il y a un cadre de réflexion en grande partie commun aux macroéconomistes, à l’intérieur duquel la recherche est conduite et organisée. Ce cadre nous offre une façon d’interpréter les événements et de discuter les projets politiques. »

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Published by Ette Rodox - dans Divers
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commentaires

VilCoyote 21/02/2010 17:29


Ah, le Bip40... mon estimé taulier Antoine en a dit quelques mots ici : http://www.optimum-blog.net/post/2007/03/31/Inegalites-et-pauvrete-%3A-que-mesure-le-bip40

Je n'ai pas dit qu'on avait vaincu la pauvreté, j'ai juste dit qu'il était faux de dire qu'elle avait augmenté (ou qu'elle n'avait pas reculé), et faux de dire que c'était "à cause des
économistes".


Ette Rodox 25/02/2010 16:09


Je radote mais je crains malheureusement que si les économistes avaient proposé d'autres politiques économiques aux gouvernements depuis 30 ans, la situation actuelle aurait pu être très très
différente de celle que nous connaissons.. Tout comme dans les années 30, si les économistes avaient suggéré des politiques économiques différentes du simple laissez-faire. Dans le second cas,
comme dans le premier, la responsabilité des économistes dans l'expansion et le maintien de la misère du monde me semble écrasante.


VilCoyote 18/02/2010 20:08


Je reformule, c'est inexact : les économistes n'ont en effet pas réussi à tirer le tiers monde de la pauvreté, on peut dire qu'ils ont échoué. Mais "on a échoué à guérir le patient" ne veut pas
dire "c'est de la faute du médecin s'il est mort". Et encore faudrait-il leur associer les ONG, par exemple, qui ont tout autant échoué. Et les gouvernements. Et les citoyens du monde qui faisaient
ce qu'ils pouvaient.


VilCoyote 18/02/2010 18:06


"ne devrait-elle pas parvenir peu à peu à nous extraire du travail"
http://www.ddtefp57.travail.gouv.fr/inspection/images/hist_duree_annuelle.gif

"la misère du monde insupportable, les inégalités se creusent"
http://www.voxeu.org/index.php?q=node/4508

"A long terme, deux facteurs principaux déterminent l’évolution du niveau de production. Le premier est l’accumulation de capital, le second est le taux de croissance du progrès technique."
Rah oué c'est scandaleux de dire des choses pareilles, quelle violence... c'est à cause de ça qu'il y a des pauvres !

A propos de l'échec de ces débiles d'économistes autistes pour sortir le tiers-monde de la pauvreté, avez-vous lu W.Easterly (The elusive quest for growth) et J.Kay (The truth about markets)? Non
parce qu'il y a quelques éléments de réponse, et à peu près aucun n'implique l'échec des économistes. Ah nan mais chui con, ils ne vont pas s'accuser eux-mêmes ! Vaut mieux mettre ça sur le compte
obscur d'institutions ou d'incitations (tiens, encore un truc qu'on retrouve chez l'autre Nazi de Mankiw, ça... cqfd).


Ette Rodox 21/02/2010 15:16


Que la durée du travail ait fortement diminué depuis un siècle et demi sans aucun doute, que la question ne se pose plus aujourd'hui (qu'on parle "d'erreur historique" lorsqu'un pays tente de la
mettre en oeuvre) et que se soit même la question inverse qui se pose, voilà qui est inquiétant.

Concernant le deuxième point, allez par exemple faire un tour sur ce site : http://www.bip40.org/node
Particulièrement ici :
http://www.bip40.org/mesure-de-la-richesse/developpement-durable-et-progres-social

Surprenant que la production augmente, tandis que la "santé sociale" ou le bien-être économique diminuent.

Surprenant également qu'il y ait encore 800 millions de personnes qui soient malnutris, 1,5 milliards qui vivent dans des bidonvilles etc etc etc

Je ne crois pas que l'on puisse se targuer d'une quelconque victoire contre la pauvreté au cours de ces 30 dernières années (hormis peut-être en Chine et Asie du sud-est)