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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 10:42

 

La théorie monétaire postkeynésienne (regroupe les circuitistes aussi, pas de différences fondamentales sur ce point, les différences apparaissent plutôt dans la manière de construire les modèles) repose sur plusieurs piliers qu'on peut résumer ainsi (je reprends pour partie les termes d'Alain Parguez, "célèbre" circuitiste français) :

 

  • La monnaie existe pour la production : il faut de l’argent pour produire, l’argent constitue un préalable indispensable à la production.

 

  • La production existe pour la monnaie : l’objectif essentiel d’une entreprise est de réaliser des profits, sous forme monétaire, donc d’avoir plus d’argent à la fin qu’au début.

 

  • Quasi-toute la monnaie existante a, à un moment ou à un autre, été créée par les banques (lors de l’émission d’un crédit) et sera, à un moment ou à un autre, détruite par elles (lors du remboursement du crédit).

 

  • La monnaie est endogène (ça vous savez c'que c'est !).

 

On voit ici toute la différence entre les théories monétaires néokeynésiennes et postkeynésiennes. Pour les uns la monnaie est un simple actif comme nous l'avons vu dans le précédent billet, pour les autres elle est cette chose indispensable à toutes transactions économiques, et notamment à la production.. Pour les uns, la monnaie est demandée pour sa liquidité, pour les autres elle est demandée pour pouvoir financer la production, ce qu'on appelle le motif de finance.

 

Au lieu de grands discours, je vous propose de résumer ces deux théories par les deux schémas suivants (avec leur légende juste en-dessous !) :


La monnaie chez les néokeynésiens

Légende : la monnaie chez les néokeynésiens :


1 : L’Etat et les entreprises produisent et paient des salaires, le tout sans monnaie.


2 : Les ménages veulent convertir une partie de leurs revenus perçus, qui ne sont pour l’instant pas sous la forme de monnaie, en monnaie, pour les 3 motifs évoqués dans le billet précédent.


3 : Cette demande de monnaie rencontre l’offre de monnaie de la Banque Centrale (car la monnaie est exogène), ce qui détermine le taux d’intérêt.


4 : Ce taux d’intérêt agit sur les décisions d’investissement des entreprises. S’il est élevé les entreprises investiront moins car elles auront moins de projet rentable. Exemple (donné dans tous les cours sur la question) : si une entreprise veut emprunter de l'argent pour acheter une machine qui lui rapporte 6% et/ou une machine qui lui rapporte 4%, et que le taux d’intérêt est de 5%, eh bien elle n’achètera que la première machine. Car cette machine lui rapportera plus que l’intérêt qu’elle devra payer sur le crédit qui lui aura permis de l’acheter. Mais attention, contrairement aux apparences, il n’y a pas non plus ici de monnaie,  la meilleure preuve étant que la demande de crédits pour l'investissement n'entre pas dans la demande de monnaie. Et ce, même si le taux d’intérêt sur la monnaie va déterminer les décisions d’investissement.

 


La monnaie chez les postkeynésiens

 

Légende : la monnaie chez les postkeynésiens :


1 : L’Etat et les entreprises demandent aux banques la monnaie nécessaire pour pouvoir initier leurs productions, payer les salaires, les investissements, etc..


2 : Les banques accordent les crédits demandés aux agents qui leurs paraissent solvables, et se refinancent en conséquence auprès de la Banque Centrale(pour respecter les ratios réglementaires, etc.).


3 : Les salaires, dividendes et autres traitements sont versés aux ménages, sous forme de monnaie donc.


4 : Les ménages consomment et épargnent avec l’argent qu’ils ont perçu.


5 : Les entreprises et l’Etat constatent leurs recettes (et profits) et remboursent tout ou partie des crédits qui leur avaient été octroyés par les banques.

 

 

Mes dernières questions sont restées sans réponses, mais je ne désespère pas de voir un économiste m'expliquer que les postkeynésiens se trompent (ce qui quelque part me rassurerait !), alors je continue à leur poser des questions, simples et claires :

 

1/ Etes-vous d'accord avec les 3 premiers principes de la théorie monétaire postkeynésienne que je viens d'invoquer (la production existe pour la monnaie, la monnaie existe pour la production, quasi-toute la monnaie existante a été créée par les banques, et sera détruite par elles) ?

 

2/ Si oui, êtes-vous d'accord qu'aucun de ces 3 principes n'apparaît jamais dans la macroéconomie monétaire néokeynésienne, et plus largement orthodoxe ? Comment l’expliquez-vous ?

 

3/ Si non, eh bien acceptez de prendre 2 petites heures pour écrire un billet que je publierais et nous l'expliquer..

 

 

Dans le prochain billet, une illustration de la pensée néokeynésienne avec le modèle IS-LM. Vous connaîtrez tous les secrets de ce modèle qui demeure à ce jour le plus célèbre des modèles de macroéconomie monétaire, celui qu'on présente aux étudiants comme le modèle "keynésien" par excellence..

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commentaires

serenis.cornelius 13/12/2010 07:58



Finalement vous avez repris votre blog ! C'est une bonne chose.


Ce qui est très peu intuitif dans ce modèle circuitiste,  c'est que la monnaie est créée d'entrée pour financer l'activité de production des entreprises mais aussi de l'Etat. D'où  un
résultat surprenant : les impôts ne financent pas les dépenses publiques par prélèvement, ce sont au contraire les dépenses publiques qui permettent l'apparition dans l'économie de la monnaie
nécessaire au paiement des impôts, lequel paiement revient in fine à détruire la monnaie initialement émise.


Sinon, de façon générale, je peux dire que si j'ai une certaine affinité avec la théorie monétaire "circuitiste", je trouve dommage qu'elle soit, en général, systématiquement présentée comme
complètement orhogonale à la théorie "dominante". Je pense qu'il y a moyen d'opérer une synthèse, notamment sur les questions du libre échange ou de l'emploi.


Bonne continuation en tout cas.



Ette Rodox 13/12/2010 18:16



Oui ! Merci !


Pour les impôts et recettes publiques oui c'est vrai et c'est assez contre-intuitif. Mais je pense qu'il y aurait moyen de tempérer un peu le résultat dans un modèle où la monnaie pourrait
perdurer de périodes en périodes, car les crédits seraient émis sur plusieurs périodes..


Pour la synthèse entre théorie dominante et circuitiste, je pense que la conciliation est difficile, car vous avez une théorie monétaire de la production d'un côté, ce qui n'est pas le cas de
l'autre, et ça modifie à mon avis la plupart des résultats que l'on obtient.. Mais je serais intéressé de savoir plus précisément sur quels points et comment vous pensez qu'il pourrait y avoir
une synthèse, pourriez-vous écrire un petit truc là-dessus ?



RST 09/12/2010 18:57



Bon alors celui-là d’article je crois que je vais carrément le reprendre chez moi ;-)


Y a un truc que je ne comprends pas très bien. Tu écris : « L’Etat et les entreprises produisent et
paient des salaires, le tout sans monnaie. »


Ils sont payés comment alors, les salaires ?



Ette Rodox 10/12/2010 11:07



Fort bonne question ! Si on regarde les propriétés de cette "non monnaie", quelles sont elles ? :


- elle ne permet pas d'acheter des biens de consommation, parce que pour cela il faut de la "vraie" monnaie demandée à la banque centrale (motif de transaction)


- par contre elle permet de payer l'ensemble des coûts de production des entreprises, notamment salaires et investissements..


Alors une première idée ce serait de dire que les salaires et les investissements sont payés en nature, comme dans une économie de troc. Chaque salarié reçoit les biens que produit son
entreprise. Et une partie de ces objets, qui constituent les salaires donc, est échangée contre de la monnaie auprès de la banque centrale, moyennant un intérêt.


Bon mais ça voudrait dire qu'au fur et à mesure que la banque centrale offre de la monnaie, elle accumule dans un grand hangar tous les objets qu'on lui donne en échange..


Ou alors on pourrait dire que les entreprises paient leurs salariés avec des "titres", qui ne permettent pas d'acheter des biens de consommation, mais qui sont reconnus par la banque centrale et
qu'elle accepte d'échanger contre de la monnaie. Des sortes de traites, sauf qu'au lieu d'être qu'entre entreprises, elles sont aussi entre entreprises et salariés, et ont un caractère
systématique et reconnu par les banques.


Après il ne faut pas voir cette "non monnaie" comme quelque chose de réfléchi à mon avis, c'est juste qu'elle permet de faire fonctionner le modèle sans faire appel à la monnaie pour la
production, ce qui aurait contredit tous les principaux résultats des théories orthodoxes (notamment la question de l'origine du profit).


C'est pour ça d'ailleurs que les postkeynésiens disent qu'ils parlent dans leurs modèles d'une économie monétaire de production. Par opposition à cette économie là, qui serait plutôt une
économie monétaire de consommation, la monnaie n'apparaissant qu'au moment de l'échange, pas de la production.


(Et si tu veux reprendre l'article, pas de soucis bien sûr! et merci ces messages sont autant d'énergie pour poursuivre)