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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 18:01

 

Le sommet de Copenhague est l’occasion de rappeler le terrible dilemme qui se pose à l’Humanité aujourd’hui :

- prendre des mesures fortes de protection de l’environnement, au risque de plier une économie mondiale déjà fragile

- ou ne rien faire (ou faire semblant de faire quelque chose) pour ne pas brusquer l’économie, au risque de voir le climat s’emballer et l’équilibre écologique de la planète menacé.

 

Nos décideurs ont donc un périlleux arbitrage à faire entre plus de croissance et plus d’environnement. Et la solution qui va être retenue sera probablement de faire un tout petit peu pour l’environnement (puisque même si les chiffres les plus ambitieux proposés étaient atteint, cela n’empêcherait pas à la quantité de gaz à effets de serre dans l’atmosphère de continuer à augmenter) et beaucoup pour la « croissance ».

 

Les économistes avaient déjà essayé de chiffrer ce que « coûterait » aux Hommes l’idée de protéger l’environnement dans le cadre du protocole de Kyoto (bien moins contraignant que le probable futur accord de Copenhague) et les chiffres n’invitaient vraiment pas à l’optimisme : baisse du PIB, de l’emploi, de la consommation, de l’investissement, des salaires réels, mais par contre hausse des prix.

 

La question que nous nous posons ici est la suivante : pourquoi protéger l’environnement nous coûte du PIB, etc.. ?

 

Il y a essentiellement trois raisons à cela pour les économistes néoclassiques (ceux qui pondent ce genre de modèle pour l’ONU, le GIEC, etc.), plus une quatrième, essentielle dans les négociations internationales, mais plus mineure aux yeux des économistes.

 

Les économistes utilisent généralement pour faire leurs calculs et leurs prévisions des « modèles d’équilibre général calculable appliqués selon le paradigme néo-classique développé par Arrow et Debreu »*. C'est dans ce type de cadre qu'a été développée par exemple la fabuleuse théorie des cycles réels dont j'ai parlé dans un précédent billet.


La première raison est que dans ces modèles d’équilibre général, comme dans la plupart des modèles néoclassiques, il n’y a pas de chômage (ou alors que du chômage volontaire) et tout le capital est utilisé. Par conséquent, si vous voulez allouer du personnel ou du capital à la protection de l’environnement, vous devez puiser dans le stock de capital existant et de travailleurs existants. Vous prendrez donc un peu de salariés dans l’industrie, dans les services, etc. plus quelques machines, en vu de les réaffecter à la protection de l’environnement. Et nos entreprises, bien évidemment, privées d’une partie de leurs travailleurs et de leur capital, ne pourront que produire moins et le PIB diminuer !!

 

La deuxième raison est que dans ce type de modèles, la protection de l’environnement représente un coût, mais non un revenu (tout comme les salaires dans les modèles traitant du chômage). Lorsqu’une entreprise protège l’environnement, cela lui coûte généralement plus d’argent, certes, mais les économistes néoclassiques oublient le plus souvent de prendre en compte que ce coût constitue un revenu pour d’autres. Si une firme plante des éoliennes pour faire tourner son unité de production, ses coûts de production vont augmenter mais le fait de faire construire et installer des éoliennes va créer de l’emploi, générer des revenus, donc une demande supplémentaire, etc. Si l’on ne prend en compte que les coûts, alors on ne se retrouve qu’avec une augmentation généralisée des prix, et une diminution de la production.

 

La troisième raison est qu’en voyant les prix augmenter et donc leurs salaires réels diminuer, les travailleurs vont, comme dans la théorie des cycles réels, avoir moins envie de travailler, ce qui va s’apparenter à une augmentation du chômage et va induire une diminution de la production.

 

Quant à la quatrième, celle qui inquiète réellement les politiciens, mais reste relativement mineure pour les économistes, c’est que protéger l’environnement dans un pays détériore la compétitivité de ce pays vis-à-vis des pays plus laxistes.

 

Les différents chiffres de coût de protection de l’environnement en terme de PIB, d’emploi, etc. jouent indubitablement un rôle dans la prudence des gouvernements à vouloir diminuer significativement les émissions de gaz à effets de serre. Or, leur origine vient majoritairement des trois premières raisons évoquées. Ces raisons indiquent une fois de plus le total décalage de nos érudits économistes avec la réalité et les conséquences que cela a sur nos choix de société et notre avenir. Quant à la quatrième raison, la seule valable, elle ne peut être résolue qu’en permettant explicitement aux Etats de fixer des barrières douanières qui tiennent compte de leur degré de protection de l’environnement, afin d’éviter tout dumping environnemental. Mais là encore, mettre un frein au libre-échange mondial choque trop d’économistes pour qu’un gouvernement ose le faire et affronter une pluie de consternations.

 

Dans une économie avec du chômage il n'y a en réalité, rassurez-vous, pas d'arbitrage à faire entre croissance et environnement (au contraire même).

 

Mais bon, à défaut de l’avenir ou de l’environnement, la cohérence interne des modèles d'évaluation des coûts macroéconomiques de protection de l'environnement avec les postulats de base néoclassiques est, elle au moins, préservée.

 

 

* La citation provient de l’article « Evaluation des coûts macroéconomiques du protocole de Kyoto » de Florent Pratlong et Denise Van Regemorter.

 

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commentaires

jean 29/12/2009 20:44


Le contrôle des prix temporaire ne marcherait pas très bien: les commerçants se rattraperaient à la fin du contrôle des prix et augmenteraient leurs (c'est ce qui s'est passé pour Nixon en
1971).
Enfin, si cette politique était destinée à être répétée, nul doute que les gels de prix seraient anticipés...


Ette Rodox 31/12/2009 15:29


On ne parle pas de gel des prix, mais d'éviter des hausses de marges trop abusives en période de relance. Ce qui je pense peut très bien se faire.


jean 26/12/2009 11:48


Pour ce qui est du contrôle temporaire des prix, cela a déjà été essayé par Nixon en 1971: ce fût une échec.

Ensuite, si vous refusez la notion de NAIRU (ce qui peut se défendre du fait de l'hysteresis), comment déterminez-vous le chômage keynésien?


Ette Rodox 28/12/2009 15:36


Le contrôle temporaire des prix a été pratiqué par plusieurs pays (et notamment la France) durant les 30 glorieuses, et je n'ai pas l'impression que ce fut à chaque fois un échec.
Quant à la combinaison relance de l'économie - contrôle (au moins partiel) et temporaire des prix, je ne crois pas qu'elle ait été déjà expérimentée.

Et pour moi (et pour les postkeynésiens), la quasitotalité du chômage est keynésien.


jean 20/12/2009 15:05


"Cela est tout simplement grotesque, je ne perds pas mon temps là-dessus": c'est bien dommage car c'est bien là que se situe la divergence de vue entre vos positions et celles du courant dominant.
Dans les années 70, les gouvernements ont essayé beaucoup de stimuler la demande globale. Malheureusement, ils ne sont parvenus qu'à augmenter l'inflation (ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille
rien faire en 2008-2009).

Certes, les banques peuvent créer de la monnaie autant que les banques centrales le leur permettent. Si on relâche cette contrainte en *temps normal*, on aura de l'inflation.
Au fait, j'ai aussi dit que l'emprunt pouvait également avoir pour effet d'augmenter l'épargne (Barro dirait même que cela se ferait sans même avoir à relever les taux d'intérêt).

"- la demande de travailleurs et d'investissement pour l'a protection de l'environnement s'ajoutera à celle des autres secteurs (tant mieux nous sommes en sous sous capacité de production)": mais
pourquoi alors être contre le grand emprunt pour les universités (si on exclut la dotation en capital)? Çà fait toujours un secteur de plus qui se développe.


Ette Rodox 25/12/2009 19:47


"Dans les années 70, les gouvernements ont essayé beaucoup de stimuler la demande globale. Malheureusement, ils ne sont parvenus qu'à augmenter l'inflation (ce qui ne veut pas dire qu'il ne
faille rien faire en 2008-2009)".
Je crois que c'est Galbraith à la fin d'un de ses livres qui proposait, lorsqu'une politique de relance justifiée provoque surtout de l'inflation, que l'Etat contrôle temporairement
l'augmentation des prix. Augmenter ses prix dans ces périodes, alors que l'économie est en sous-capacité de production constitue clairement une externalité négative.
Et l'augmentation des prix au cours des années 70 ne peut pas être reliée à la non-existence de chômage keynésien.

"- la demande de travailleurs et d'investissement pour l'a protection de l'environnement s'ajoutera à celle des autres secteurs (tant mieux nous sommes en sous sous capacité de production)":
mais pourquoi alors être contre le grand emprunt pour les universités (si on exclut la dotation en capital)? Çà fait toujours un secteur de plus qui se développe.
Oui c'est mieux que rien (je n'ai pas dit le contraire) mais bcp moins bien que ce qui aurait pu être fait avec le même argent à mon avis.


jean 19/12/2009 01:06


D'abord, répétons-le encore, le chômage à lui seul ne constitue pas une preuve que l'émission monétaire est insuffisante. Il faut également que l'inflation soit en-dessous de la cible habituelle
(2% pour la zone euro).

Pour le reste du commentaire, je supposerais que l'on est dans une situation où l'inflation a un rythme normal, ce qui a été le cas au moins depuis le milieu des années 1990 jusqu'en 2008.
http://www.ecb.int/stats/prices/hicp/html/inflation.en.html
Durant cette période, la politique monétaire était amplement suffisante pour éviter le chômage keynésien (MAIS PAS pour résorber le chômage).

Pour que la protection de l'environnement réduise le chômage chronique, il faudrait:
_que les chômeurs chroniques soient adaptés aux emplois induits (en terme de formation par exemple).
_que ces mêmes chômeurs ne soient pas devancés par des employés d'autres secteurs.
Je ne vois pas en quoi la protection de l'environnement serait différente des autres secteurs dont la taille a crue ces dernières années.

Sinon, effectivement, les futurs employés de la protection de l'environnement dépenseront. Mais il faudra également les payer, soit avec des impôts soit en empruntant (ce qui se traduira soit par
une réduction de l'investissement soit par une augmentation de l'épargne), ce qui neutralisera l'effet de ses nouveaux revenus.

Enfin, la courant dominant ne se limite pas à la théorie des cycles réels (RBC), comme le prouve l'article de Grégory Mankiw (si vous classez Mankiw comme hétérodoxe, je vous conseille d'aller
faire un tour sur son blog) que vous avez mentionné. Je pense même que la RBC est minoritaire.
Par ailleurs, ce n'est pas forcément les chômeurs/employés qui refusent des salaires plus bas, mais cela peut être dû:
_au salaire minimum,
_au salaire d'efficience où l'employeur utilise le salaire demandé comme révélateur de ce que l'employé pense de lui-même.
_aux barrière à l'entrée de certains secteurs (modèles insider/outsider).
Dans ces trois cas, les chômeurs sont innocents et seraient prêts à accepter un salaire plus bas.

Le vrai revenu de la protection de l'environnement, c'est un environnement plus sain, un cadre de vie plus confortable et même une productivité accrue par la réduction des catastrophes naturelles.
Et ce revenu-là, çà fait depuis Pigou que les économistes mainstream le prennent en compte.


Ette Rodox 20/12/2009 11:32


Non mais là vous nous ressortez toutes les pires inepties néoclassiques.

Je résume deux points de votre commentaire :

- il n'y a pas eu de chômage keynésien depuis le milieu des années 90 jusqu'en 2008.
Cela est tout simplement grotesque, je ne perds pas mon temps là-dessus.

- l'emprunt de l'Etat réduit l'investissement privé, le fameux principe d'éviction, mais qui est faux justement parce que les banques peuvent créer de l'argent à partir de rien. Donc emprunter de
l'argent n'empêche pas qqun d'autre de le faire.

Après :

- j'ai vérifié je n'ai pas classé Mankiw parmi les hétérodoxes, heureusement car c'est un orthodoxe pur et dur (mais qui a quand même eu le courage de rejeter la théorie des cycles réels, ils
n'étaient pas nombreux).
- la demande de travailleurs et d'investissement pour l'a protection de l'environnement s'ajoutera à celle des autres secteurs (tant mieux nous sommes en sous sous capacité de production)
- les chômeurs ça se forme.


jean 16/12/2009 03:32


Le chômage et la protection de l'environnement sont deux problèmes distincts. Lier les deux n'est pas une bonne idée.


Pour la première raison, vous croyez vraiment qu'il faut encore accroître la taille du secteur public pour réduire le chômage? Bien sûr que la protection de l'environnement a un coût. Il faut
comparer ce coût aux bénéfices (matériels ou immatériels) que l'on compte en tirer. La protection de l'environnement pourrait avoir un effet positif sur l'emploi si elle requérait du travail non
qualifié, dans la mesure où c'est là que se trouve le plus de difficultés sur le marché du travail.

Pour la deuxième raison (qui me semble une redite de la première), toute dépense publique peut effectivement servir de régulation du cycle économique. Mais est-ce vraiment souhaitable que l'on ne
fasse de la protection de l'environnement 2 ou 3 ans tous les 10 ans?

Pour la troisième raison, il ne s'agit pas nécessairement de plus de chômage mais d'une durée de travail moindre (ex: je choisis de travailler 34h au lieu de 35h). À noter que si le réchauffement
climatique se traduisait par une dégradation de la productivité du travail supérieure à celle induite par la réduction des émissions de CO2, le point 3 serait un argument en faveur d'une action
environnementale accrue.

Pour la quatrième raison, ce n'est pas tant la perte de compétitivité qui pose problème, car à priori tout le monde a intérêt à ce que soit mis en place une réduction des émissions de gaz à effet
de serre. En revanche, c'est la RÉPARTITION DE CET EFFORT de réduction qui est catastrophique.


Dernier point, auquel vous n'avez toujours pas répondu: le chômage n'est pas le seul indicateur d'une insuffisance de la demande effective. C'est la combinaison chômage et inflation basse ou
négative. C'est effectivement le cas actuellement, mais la plupart les modèles néoclassiques fonctionnent bien.


Ette Rodox 17/12/2009 12:16


Non c'est faux. Je trouve que vous essayez de trouver la paille dans mes billets sans vous apercevoir des poutres que recèlent les théories néoclassiques. Répondez slt à cette question : est-ce
qu'il vous semble cohérent de dire que la protection de l'environnement va provoquer une baisse de la production, du PIB, etc. car on va devoir pour cela prélever des travailleurs et du capital
dans les autres industries ??

Chômage et protection de l'environnement sont tout à fait liés dans la mesure où il existe une énorme main-d'oeuvre inemployée, que la protection de l'environnement pourrait (et devra) représenter
un énorme gisement d'emploi, et qu'il ne sera pas nécessaire de ce fait de piquer des salariés aux entreprises existantes pour en allouer à la protection de l'environnement.

Acroître la taille du secteur public, ça dépend, si c'est pour embaucher des médecins et des enseignants, alors oui je crois vraiment qu'il faille encore accroître la taille du secteur
public. Mais si c'est pour augmenter le nb d'employés dans les conseils régionaux je suis bien sûr plus dubitatif ! Concernant la protection de l'environnement, ce n'est pas je pense la taille du
secteur public qu'il faudrait augmenter, mais donner des fonds au secteur public pour qu'il puisse passer des appels d'offre auprès d'entreprises privées, qui développeraient les projets demandés.
C'est ce qui me semble en règle générale le plus efficace. Et je n'ai pas dit que la protection de l'environnement n'avait pas de coûts, mais que ces coûts étaient autant de revenus, et qu'il
faudrait le prendre en compte.

Je ne vois pas en quoi ma deuxième raison est une redite de ma première, ni le lien entre votre commentaire et ma deuxième raison. Il ne faudrait pas faire de la protection de l'environnement et
des politiques de relance tous les 2, 3 ou 10 ans. Je vous rappelle que le chômage est chronique, il n'apparaît que tous les 2, 3 ou 10 ans. (??)

Non, encore l'histoire de la paille et de la poutre : les modèles affirment que les gens vont travailler moins parce que leur salaires réels vont baisser. Fameuse théorie du chômage volontaire
dans laquelle les chômeurs n'ont pas été licenciés mais ont décidé rationnellement de ne plus ou de moins travailler car ils jugaient leur salaire insuffisant (ce que j'explique dans le billet
sur la théorie des cycles réels). Et pour les néoclassiques, diminution du nombre d'heures travaillés et chômage c'est pareil. Si tout le monde travaille 5% de moins, ils diront que le chômage a
augmenté de 5%. C'est absurde, stupide, mais sans cette confusion leurs théories (et notamment celle des cycles réels) ne marchent pas, donc allez leur expliquer ça à eux!

Mais c'est exactement pareil, le problème de la répartition de l'effort est qu'il engendrerait des pertes de productivité pour ceux qui en feraient le plus.

Non les modèles néoclassiques du marché du travail ne fonctionnent pas bien du tout. Lisez le livre de Laurent Cordonnier "pas de pitié pour les gueux, sur les théories économiques du chômage" pour
voir les contorsions et les arguments profondément stupides que sont obligés d'avancer les néoclassiques pour expliquer le chômage!!)