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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 13:53

 

Petit coup de sang donc de cette douce semaine printanière : après à peine 5 petit mois d’existence, j’arrête la tenue de ce blog (pour une durée indéterminée..).

 

Plusieurs raisons à cela, la principale étant que ma thèse n'avance que bien trop lentement. Ce n’est pas que le blog me prenait beaucoup de temps, mais il occupait malgré tout un bout de ma mémoire vive et je souhaiterais désormais consacrer la totalité des quelques octets dont la nature a bien voulu gratifier mon cortex à la faire progresser.

 

L’objectif de ce blog était double.


D’une part, montrer que les vérités scientifiques tirées de la théorie économique standard, qui servent à guider les politiques économiques des gouvernements ne sont le plus souvent ni vraies ni scientifiques. J’espère avoir montré aux lecteurs de ce blog, à partir de quelques exemples, que les modèles utilisés par les économistes néoclassiques (orthodoxes, mainstream, comme vous voulez) et les résultats qu’ils en tirent ne cachent le plus souvent derrière leur savante apparence qu’un grand n’importe quoi. Il serait possible de faire le même travail pour chacune des milles théories qui sortent chaque année des cerveaux de nos prolifiques chercheurs, mais à quoi bon puisque cela a déjà été fait à maintes reprises par des économistes hétérodoxes, sans que cela ne gêne le moins du monde nos partisans de la théorie standard. La croyance en ces théories ne peut plus se justifier aujourd’hui à mon avis que par une certaine adhésion idéologique (inconsciente peut-être) aux résultats qu’elles fournissent.

 

Et d’autre part essayer d’amorcer un débat, si possible scientifique, une confrontation par blogs interposés, avec des économistes orthodoxes (pour essayer de les comprendre quoi !). Mais, et c’est la seconde raison qui me pousse à mettre en veille ce blog, ce débat est absolument impossible. Tout simplement parce que, et c’est que j’ai compris au cours de ces derniers mois, les économistes néoclassiques sont incapables eux-mêmes de défendre la théorie sur laquelle ils vont travailler pendant 40 ans, incapables de fournir une réponse cohérente aux questions les plus élémentaires de la science économique. Non mais rendez-vous compte qu’aucun économiste néoclassique n’est capable aujourd’hui d’expliquer comment les entreprises peuvent faire globalement des profits (monétaires, mais c’est un pléonasme aujourd’hui). Ils se cantonnent à leur vision d’une économie amonétaire, de troc, dans laquelle les profits correspondraient à la juste rémunération de la productivité marginale du capital, ce qui n’a pas de sens dès qu’on insère une monnaie dans le système. Comment vouloir enseigner quoi que se soit sur le fonctionnement de l’économie si l’on ne comprend même pas ça ? Après tout, me direz-vous, ce n’est pas si grave, on est là pour chercher. Mais, et c’est là que ça devient inquiétant, non seulement ils ne la savent pas, mais en plus cela ne les préoccupe même pas, ils s’en foutent, tellement persuadés que leur théorie est la bonne et tellement accaparés par leur niche de recherche et leur souhait de faire de la haute recherche, catégorie dans laquelle n’entrent pas ce genre de questions élémentaires. Pire encore ? Un économiste, Kalecki, qu’il faut considérer semble-t-il comme un vulgaire imposteur étant donné que l’écrasante majorité des étudiants en économie du monde font leurs 5 années de fac sans jamais en entendre parler, a proposé une solution logique et élégante à ce problème il y a plus de 70 ans, qui a été reprise depuis par les postkeynésiens et autres penseurs vulgaires, mais les économistes orthodoxes, incapables de lui opposer la moindre critique valable, n’ont en cures, ils se contentent de l’ignorer superbement. Il existe donc une théorie clairement insatisfaisante pour appréhender un point crucial du fonctionnement d’une économie capitaliste que l’on enseigne partout, et une théorie qui l’explique fort bien, à laquelle on ne reproche rien, et qui demeure ultra minoritaire et méprisée par l’écrasante majorité. Que voulez-vous faire ? Vilcoyote me demandait une fois (juste avant de m’affubler de l’adjectif de sous-abruti ou qqc comme ça) comment malgré le caractère disons dégénérée de ma pensée, j’avais pu arriver « si haut » (comprendre : en thèse). Je lui demanderais plutôt comment peut-on arriver si bas ? Bâtir des modèles, passer 40 ans sur sa niche de recherche sans avoir la moindre vision globale du fonctionnement de l’économie, sans ne jamais s’interroger sur les faiblesses de la théorie utilisée ou être piqué de curiosité par ses théories qui, selon leurs auteurs, permettraient de mieux expliquer le fonctionnement du monde. Il est de bon ton j’ai remarqué d’évoquer Bernard Maris dès qu’on veut parler d’un économiste peu sérieux, dont la rigueur scientifique serait foulée aux pieds par l’idéologie. N’empêche que le Bernard, il peut vous expliquer, lui, comment les entreprises peuvent faire globalement un profit monétaire !

 

Pire encore ? Nos économistes néoclassiques sont incapables d’expliquer l’existence de profits monétaires, mais ils sont capables de vous expliquer et de vous démontrer scientifiquement que les chômeurs décident eux-mêmes de se mettre au chômage, ils s’autolicencient en quelque sorte pour maximiser leur utilité intertemporelle, ils sont capables de vous démontrer que les politiques de relance des Etats sont inefficaces parce que les ménages ont un comportement ricardien (Artus et Virard en parlent dans leur dernier livre la liquidité incontrôlable p 111), c’est-à-dire qu’ils mettront tout l’argent donné par l’Etat lors de la relance de côté pour permettre à leurs arrières petits-enfants de rembourser dans 150 ans la dette de l’Etat et maximiser ainsi le bonheur de leur dynastie. Pour cela, justifier l’inefficience des politiques budgétaires, leur imagination est débordante. En revanche étudier l’idée, oh combien incongrue !, selon laquelle le chômage pourrait, même au-delà d’une semaine, trouver son origine dans l’insuffisance de la demande, là il n’y a plus grand monde. Osez cette explication et vous franchissez la barrière invisible qui fait de vous un économiste peu sérieux, ou démago. La lumineuse explication par les cycles réels méritait quant à elle son prix Nobel et sa place dans les programmes de Master. Ou supposer que la protection de l’environnement pourrait créer des emplois et faire baisser le chômage, mais cela est impossible nous expliquent-ils, puisqu’ils étudient les effets des politiques de protection de l’environnement dans des modèles.. de plein-emploi ! Effectivement, dans ce cas il vous sera difficile de trouver quelque chose qui fasse diminuer le chômage. Pour avoir eu une dizaine d’heures de cours sur la crise de 29, voici la réponse (honnête) que nous en faisait notre professeur : les économistes (comprendre néoclassiques, mais les autres sont-ils vraiment des économistes ?) sont, 80 ans après, encore incapable d’expliquer l’ampleur et la longueur de la grande dépression des années 30. Il avait exploré dans sa recherche d’explications toutes les hypothèses, des plus stupides et plus farfelues, des cycles réels aux effets finalement dévastateurs des mesures du New Deal, toutes sauf une : une insuffisance de la demande, qui génère en retour une insuffisance encore plus forte de la demande, puisqu’elle accroît le chômage et diminue les investissements, qui dépendent de la demande anticipée. Je laisse aux sociologues, ou aux psychiatres, le soin de chercher les raisons de cet incroyable blocage idéologique.

 

Mieux encore ? Yannick Bourquin cite dans un de ses billets un article démontrant que la création d’1 emploi dans le public détruit 1,5 emploi dans le privé. S’ensuivent alors les commentaires béats d’une partie de ses lecteurs, trop contents que Yannick ait ainsi tordu le coup aux préjugés qui se sont si longtemps immiscés dans l’esprit des plus nombreux et qui voudraient que si l’Etat crée un emploi dans un pays où les chômeurs se comptent en millions, eh bien il y ait un chômeur de moins. Voir même, plus d’1 chômeur de moins, puisque la personne employée, qui gagnera a priori d’avantage, consommera d’avantage, etc. Bon, mais pourquoi pas, peut-être cette vision est fausse après tout ? Mais encore faudrait-il nous démontrer cela avec un minimum de rigueur scientifique. Je détaille dans un billet le modèle qui sert à l’estimation de ce résultat, modèle qui derrière son apparence savante dévoile son absurdité, son confondant irréalisme. Qu’ai-je comme réponse ? Rien qui ne tente de justifier le modèle (remarquez quelque part c’est rassurant), mais quelques attaques sur ma mauvaise foi, mon incompétence. Il est tout simplement impossible de débattre sur la qualité des modèles utilisés par ces économistes. Non, mais mieux encore, on me répond : « En attendant, ce modèle, malgré ses imperfections, explique pourquoi on trouve EMPIRIQUEMENT que la création de 100 emplois publics détruit 150 emplois privés ». Ah dieu que votre science est jolie ! Que devraient donc répondre, tout en se réclamant d’honnêtes scientifiques, les évangélistes américains qui défendent le créationnisme ? Ok, notre théorie n’est pas parfaite, on a quelques petits soucis avec les datations des fossiles, etc. mais n’empêche qu’en attendant, notre théorie elle explique pourquoi il existe différentes espèces d'animaux dans la nature. On ne sait pas pourquoi ils s’embêtent à trouver des fondements à leurs théories, voici un argument qui fonctionne très bien. Et nos artisans des théories sur l’inégalité des races au XIXe siècle, décrits dans la mal-mesure de l’Homme, qu’auraient-ils dû répondre à leurs détracteurs qui affirmaient que derrière leurs mesures pseudo-scientifiques, ils ne faisaient que valider leurs préjugés racistes ? Eh bien que certes, leurs mesures, les critères retenus, etc. n’avaient rien de scientifiques mais qu’au moins leurs théories racistes permettaient d’expliquer pourquoi il y avait des nations plus "avancées" que d’autres. Ah ouais trop fort, mais ce sont mes critiques qui sont « à côté de la plaque ».

 

Mais mieux encore ? Vous espérez avoir inséré une once, quelle prétention, un quark de doute dans l’esprit de ceux qui publient ce genre d’articles, eh bien non aucune correction n’est apporté au billet pour expliquer à ses lecteurs de prendre le résultat avec prudence car le modèle présenterait quelques « imperfections ». Non bien au contraire, deux semaines plus tard, un nouveau billet du même acabit est publié. Et toujours plus fort : vous retrouvez les mêmes commentaires béats des lecteurs ravis de voir une fois de plus démontés tous ces préjugés. Ah dommage vraiment qu’on n’ait pas su cela avant, si Hoover ou Roosevelt avaient su à temps qu’il suffisait de virer quelques millions de fonctionnaires et de remettre les septuagénaires au travail pour résorber le chômage dans les années 30 !

 

Non mais soyons honnête deux minutes, vous savez pourquoi quelques « économistes » hétérodoxes ne sont pas d’accord avec l’idée selon laquelle les entreprises ne font pas (à l’équilibre) des déséconomies d’échelles, mais des économies d’échelles comme le prétendent les entrepreneurs, ou avec l’idée selon les crises n’auraient pas pour origine une régression technologique générale ? Tout simplement, l’explication vient de notre cher Cyril Hédoin, spécialiste de la question : parce que ces économistes se laissent trop souvent aveugler par leur haine de l’économie de marché. Nous y revoilà, soit le chômage a pour unique origine le niveau trop élevé des salaires, soit vous ne faîtes dans vos travaux que transcrire votre haine du capitalisme. Soit vous êtes un scientifique tel Kydland et Prescott, soit vous vous laissez diriger par vos passions, quand bien même vous êtes payé pour faire de la recherche. Cyril Hédoin qui va bientôt devenir maître de conférence a été tout simplement incapable de répondre à une question, probablement fort bête, mais en tout cas pas bien méchante, que je lui ai posé et qui porte précisément sur son domaine de recherche. Il a préféré supprimé mes commentaires sur son blog et passer outre mes titillements répétés, plutôt que de répondre à cette question, farcie de haine contre l’économie de marché comme vous pouvez le constater : Comment pouvez-vous affirmer que la différence entre la théorie postkeynésienne et la théorie néoclassique est purement d'ordre épistémologique ? Il a tout simplement (c’est mon opinion) préféré ne pas répondre, en espérant qu’on penserait qu’il n’était pas Homme à s’abaisser à répondre à de telles questions, plutôt que d’avouer qu’il se méprend, et de mettre ainsi en doute ce qui fait son fond de commerce scientifique : le côté purement épistémologique des différences entre les divers théories économiques.

 

Bref, je souhaite bon courage à ceux qui cherchent à comprendre les modèles, à discuter ou à débattre avec ces blogueurs, que je laisse dans leur monde magique où les chômeurs sont des fainéants, les salariés des resquilleurs tire-au-flanc surpayés, les politiques des incompétents, les banquiers des escrocs, les inquiets des délocalisations des fétichistes, les mécontents des pessimistes, où l’arbitrage au libre-échange c’est la militarisation, et où la grand malheur de l’Humanité est de ne pas suffisamment écouté ses économistes - qui sont au fond tous d’accord entre eux quand ils ne sont pas rongés par leur haine du marché - ces mêmes économistes qui nous disent depuis plus de 30 ans qu’il faut libéraliser les marchés financiers, laisser flotter les monnaies, déréguler le commerce international, flexibiliser le marché du travail, empêcher les Etats de s’endetter auprès de leurs banques centrales, s’occuper prioritairement de la lutte contre l’inflation et dégraisser ce bon vieil Etat tellement inefficace, pour que notre futur rime à nouveau avec le plein-emploi et une croissance forte, comme ce fut le cas durant les 30 glorieuses où l’on pratiquait des politiques exactement contraires et comme ce ne fut en revanche certainement pas le cas au XIXe siècle et dans le première moitié du XXe, où les choses étaient ainsi. Dans ce monde magique où les données une fois traitées parviennent à vous démontrer les trucs les plus fous, mais comme l’a dit un jour Ronald Coase : "Si vous torturez les données assez longtemps, la nature finira par se confesser."

 

Un petit PS (non mais ça va être dur de décrocher quand même !), en lisant juste avant de publier ce billet, un des derniers billets du blog d’EcoInter et son petit « ah la dimension sociale du protectionnisme ». Pourquoi une telle phrase ? Parce qu’ils présentent un article « démontrant » que les entreprises qui bénéficient de mesures anti-dumping (en fait du protectionnisme caché pour entrepreneurs incompétents vous vous en doutiez !) licencient par la suite pour mieux affronter la concurrence. Et donc que ce protectionnisme caché que sont les mesures anti-dumping créé du chômage, contrairement à ce qu’affirmeraient ses défenseurs. Et évidemment pour le coup ça saute aux yeux ! l’entreprise qui aurait maintenu un effectif pléthorique sans avoir de marchés donc de ressources pour les payer, va en revanche diminuer ses effectifs si elle remporte le marché ! Ah la dimension idéologique du scientifique !

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Published by Ette Rodox - dans Divers
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commentaires

Yannick 06/05/2010 13:15


Je vais tenter pour la troisième fois depuis que je connais Ette Rodox de calmer le jeu.

Nous appartenons à des courants de pensée différents. C'est un fait et aucun ne convertira l'autre.

Je pense quand même qu'il est absurde et prétentieux de croire :
1) Que les individus du courant de pensée opposé sont tous des abrutis imbus d'eux-mêmes,
2) Que les idées qui n'appartiennent pas à notre courant de pensée sont forcément sans intérêt.

Je pense, sans vouloir vous offenser, que votre colère vis-à-vis de la théorie orthodoxe vous pousse dans un extrémisme qui nuit à la qualité du débat pour la simple raison que vous n'envisagez pas
une seule seconde que les orthodoxes puissent avoir quelque chose d'intéressant à dire.

Au delà de ça, pourquoi ne parvenons-nous pas à nous comprendre ?

Tout d'abord, si j'ai bien compris, la plupart de vos critiques portent sur le modèle d'équilibre général traditionnel. Je pense que ça va vous faire plaisir si je vous dis que je trouve que, tout
seul, ce modèle est sans grand intérêt et ne devrait pas être enseigné aux étudiants. D'ailleurs, ce modèle est très peu utilisé de nos jours en économie. Je l'ai vu il y a quelques temps dans un
papier sur "l'équilibre général avec consommation ostentatoire" qui ne m'a guère convaincu. Je l'aperçois parfois dans les papiers d'un chercheur du CES qui fait plus des mathématiques que de
l'économie (et je crois sincèrement que c'est un programme de recherche qui ne mènera nul part et qui est condamné à produire des articles qui ne seront jamais lus).

Si vous voulez produire une critique de l'économie orthodoxe, pourquoi ne vous attaquez-vous pas à ce qui fait le coeur de la recherche en économie aujourd'hui, c'est à dire l'économétrie ?

La majorité des articles publiés sont des articles empiriques. C'est pourquoi je suis toujours très énervé quand on accuse les économistes orthodoxes de ne pas regarder la réalité autour d'eux et
de se focaliser sur la beauté des formules mathématiques. Cette critique était valable pour l'économie des années 1960, mais elle est, à mon humble avis, à côté de la plaque pour l'économie
d'aujourd'hui.

Par exemple, lorsque vous critiquez le billet que j'ai écrit sur l'article sur l'emploi public et le chômage, vous ne considérez que le volant théorique qui est, ici, complètement secondaire. Les
auteurs n'ont ajouté le modèle que pour illustrer des mécanismes explicatifs potentiels du phénomène qu'ils observent. Mais le coeur de l'article est l'idée que, lorsqu'on essaie d'isoler l'impact
causal de l'emploi public sur le chômage, on trouve que l'emploi public tend à accroître le chômage. Même chose pour le billet sur les départs en retraite et le chômage.

De ce fait, lorsque vous persistez à fustiger la théorie sans regarder les éléments empiriques (qui sont, à mon sens, les plus intéressants), j'ai tendance à m'énerver et à devenir très belliqueux.
Et quand je suis belliqueux, je tiens des propos dédaigneux, c'est malheureusement dans ma nature (mais à lire les commentaires, je ne suis visiblement pas le seul).

Et d'ailleurs, même sur le plan théorique, vous avez souvent tendance à esquiver nos remarques du type "mais les orthodoxes parlent des rendements croissants" en répondant "oui, mais les rendements
décroissants sont la norme". Vous m'avez fait le même coup avec l'économie publique et la théorie du chômage. Je trouve que ce n'est pas fair-play de refuser de prendre en compte les travaux qui
vont à l'encontre de votre thèse sur la nullité des économistes orthodoxes.

Je regrette sincèrement que ce qui aurait pu être un débat enrichissant se soit transformé en guerre de tranchées où chacun n'est obsédé que par l'idée d'en mettre plein la gueule dans la tronche
de celui d'en face. D'ailleurs, je pense que la masturbation intellectuelle se situe davantage dans le fait de se complaire dans l'idée que "ceux d'en face sont des cons" plutôt que dans l'activité
de recherche elle-même. Très honnêtement, quand j'ai écrit mon billet "autisme de ceux qui critiquent l'autisme économique", c'était plus pour me défouler qu'autre chose, mais encore une fois, je
ne pense pas être le seul.

Je lève le drapeau blanc. J'aimerais que vous nous fassiez découvrir l'économie hétérodoxe et que, dans vos critiques sur l'économie orthodoxe, vous preniez en compte l'économie empirique.


serenis.cornelius 26/04/2010 10:36


Sur la première raison qui vous pousse à stopper votre blog (momentanément), il n'y a rien à redire. Faire une thèse prend du temps et mobilise l'esprit, de sorte qu'il n'est pas simple de faire
autre chose.
Mais sur la seconde raison, j'ai plus de mal à comprendre. Quel que soit le corps de pensée dans lequel on s'inscrit soi-même, ce n'est pas parce que l'on rencontre une opposition, parfois
violente, qu'il faut abandonner. Passé une limite on n'est pas obligé d'accepter le dialogue et on peut continuer à défendre ses idées.
Cela dit je crois que le débat que vous souhaitiez établir était mal parti dès le début, pour des raisons à la fois de forme et fond. Pour vous dire comment je me situe ici : je suis un grand
admirateur de Kalecki (je vous l'ai déjà dit). Sa théorie macro me paraît très solide notamment parce qu'elle est monétaire, mais aussi parce qu'elle est fondée sur une micro-économie très en
avance sur son temps puisque théorisant la concurrence imparfaite. En plus il semble que c'était un homme bien, ce qui ne gâche rien. Cependant, cela ne m'empêche pas de reconnaître et d'admettre
qu'il y a, dans ce que vous appelez l'économie orthodoxe, des principes fondamentaux (enrichissement par l'échange, principe des avantages comparatifs, vertus de la concurrence, entre autres)sans
lesquels il m'est impossible de "penser", à mon modeste niveau, l'économie qui est la nôtre. Il se trouve d'ailleurs que je ne me sens pas seul dans cette position "intermédiaire". Il me semble que
Schumpeter,par exemple, en était assez proche. Et on trouve dans la littérature postkeynésienne elle-même, des textes qui refusent, par exemple, de faire de la mondialisation La cause de nos
problèmes. Mais bon, cela n'engage que moi.
Bon courage pour la thèse en tout cas.


Thomas 26/04/2010 09:14


"La théorie de la justice est une partie – peut-être la plus importante– de la théorie du choix rationnel"(citation approximative).

Certes Rawls est largement revenu sur cette idée. Néanmoins, lorsqu'il a écrit TJ, il s'est inspiré de la théorie du choix rationnel qui n'est autre que la théorie économique standard. C'est
indiscutable.

Pour qu'on se comprenne bien, par égalitariste j'entends les égalitaristes libéraux (Rawls, Dworkin, Van Parijs,Cohen, Sen etc).


Evan 26/04/2010 00:53


Vous mettez ici le doigt sur plusieurs réalités. Quelques bémols cependant.
Rawls, fidèle à sa tradition utilitariste a été influencé par J.S. Mill, ainsi que par divers neo-classiques. Ce n'est pas pour autant qu'il en conservait les thèses. L'optimum social défini par
Rawls, est atteint dans la situation ou les plus défavorisés ont le meilleur niveau de vie possible et on est ici très loin de l'optimum social des néo-classiques dans leur ensemble.
Et si c'est pour étayer l'hypothèse qui veut que Rawls soit néo-classique, c'est comme dire que Marx était Ricardien, cela n'a aucun sens.


jean 26/04/2010 00:07


@Evan:
Rawls a été influencé par l'école néo-classique car cette école a été confronté à la définition de l'optimum social. Après s'être rendu compte que sommer les utilités comme Mills n'était pas
forcément satisfaisant, les néo-classique se sont contenté de rechercher les optima de Pareto, laissant au politiques le soin de choisir lequel.

@Ette Rodoxe:
*Je ne vous caricature qu'à peine. (et pourtant je pense qu'une meilleure politique économique aurait sans doute pû éviter le pire dans les années 30. Simplement, je ne vois pas le rapport entre
les orthodoxes d'aujourd'hui et les gens qui étaient aux commandes à l'époque)
*Pour votre circuit, je ne doute pas que vous ayez trouver l'inspiration ailleurs, mais cela ne vous a pas empêché de l'enrichir d'inepties, notamment un profit qui ne va nulle part (ni à
l'investissement ni à la consommation). À croire que les capitalistes se livrent à un grand potlatch où ils brulent ostensiblement leur profit.
*Pour les rendements croissants:
http://lmgtfy.com/?q=general+equilibrium+with+increasing+returns
Ensuite, il y a effectivement Ramsey-Boîteux et les modèles avec concurrence monopolistique qui permettent de déduire pas mal de choses intéressantes (commerce intra-branche, géographie, ...).
Surtout, vous ne nous avez pas dit quel était l'incrément des hétérodoxes en la matière.

Je vous souhaite de vous ouvrir un peu plus et vous ferais remarquer que nous n'avons rien vu sur les approches hétérodoxes depuis l'ouverture de ce blog. C'est bien dommage.