Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 18:09

 

 

Nous allons étudier, pour chacune des 3 théories présentées dans le billet précédent, si l'égalité I = S est toujours vérifiée lorsque des ménages ou des Etats s'endettent.

 

La théorie néoclassique :

 

Supposons que les ménages aient la possibilité d'emprunter de l'argent à leurs banques, pour un crédit à la consommation ou un crédit immobilier (hypothèse somme toute raisonnable :).

 

Dès lors, nous dit la théorie néoclassique, il n'y a pas d'autres solutions, ces emprunts devront être financés par le stock d'épargne préexistant, donc au détriment des investissements.

 

En appelant E les crédits accordés aux ménages (on ne peut pas les appeler C, la lettre est déjà utilisée pour la consommation), on a  alors :

 

S = I + E ou I = S – E

 

Les investissements auront baissé d'autant qu'il y a eu de crédits accordés aux ménages. Et l'égalité I = S n'est plus respectée (puisque maintenant I = S – E).

 

Mais peut-on pour autant dire que la relation I = S est fausse ? Non, il suffit :

- soit de considérer les emprunts des ménages comme des investissements (ça marcherait à la limite pour un achat immobilier, mais pour un crédit à la consommation, l'hypothèse paraîtrait bien cavalière)

- soit de considérer que S n'est pas l'épargne des ménages, mais leur épargne nette (c'est-à-dire tout ce qu'ils ont épargné – tout ce qu'ils ont empruntés).

 

Pourquoi pas ?

 

Mais supposons maintenant que l'Etat puisse lui aussi s'endetter (hypothèse plutôt raisonnable aussi :). Et appelons D cette dette. Nous aurons alors, en suivant le même raisonnement que précédemment :

 

S = I + E + D ou I = S – E – D

 

L'épargne devra alors servir à financer à la fois les investissements des entreprises, les emprunts des ménages et ceux de l'Etat. Les investissements auront donc ici baissé d'autant qu'il y aura eu de crédits accordés à l'Etat (c'est d'ailleurs un résultat célèbre des théories classiques et néoclassiques, connu sous le nom "d'effet d'éviction").

 

Il devient alors un peu plus difficile de sauvegarder l'égalité entre épargne et investissement (à moins de considérer que l'endettement de l'Etat constitue aussi un investissement, etc. Mais là ça devient vraiment tiré par les cheveux..).

 

C'est pourquoi je pense qu'il faut d'avantage considérer l'égalité I = S comme un cas d'école, dans lequel les autres agents ne s'endettent pas, qui sert à bien montrer aux étudiants les liens entre I et S, que comme une égalité qui façonnerait réellement notre monde (ce qui explique peut-être RST pourquoi cette relation te laissait perplexe ?).

 

Mais le cas d'école finit par être considéré peu à peu comme la norme..

 

Je dis cela pour la théorie néoclassique, mais c'est également vrai pour les théories keynésiennes et circuitistes, comme nous allons le voir.

 

La théorie keynésienne :

 

Dans la théorie keynésienne, si un ménage ou l'Etat s'endette, le circuit suivi par l'argent devrait être le même que lors de l'investissement.

 

Circuit suivi par l'argent si le ménage s'endette : banque --> ménage -(consommation)-> entreprises -(versement salaires et dividendes)-> ménages -(consommation)-> entreprises, etc..

En supposant que le taux d'épargne est de s, le surplus de consommation induit par l'emprunt bancaire sera de E / s (comme pour l'investissement dans le billet précédent) et le surplus d'épargne sera de E.

 

Dès lors, si on avait I = S avant que le ménage contracte son crédit (car les investissements ont généré une épargne équivalente), nous avons, après que le ménage ait contracté son crédit :

- l'investissement I, qui n'a pas changé

- la nouvelle épargne S', qui correspond à l'épargne générée par les investissements I, et à l'épargne générée par le crédit contracté par le ménage E, soit S' = I + E.

 

Et comme précédemment, l'épargne totale S' n'est plus égale à l'investissement I.

 

Et ce serait bien sûr la même chose si on supposait que l'Etat s'endette.

 

Là aussi, il faut considérer uniquement l'égalité I = S comme un cas d'école, destiné à montrer aux étudiants dans un modèle simple (sans endettement possible de l’Etat ou des ménages) comment l'investissement génère l'épargne.

 

D'ailleurs, lorsque je fais le TD sur les politiques économiques keynésiennes avec mes étudiants, dès que l'Etat s'endette on arrive à l'égalité S = I + endettement de l'Etat. Egalité qui ne veut pas dire comme chez les néoclassiques que l'endettement de l'Etat se substitue aux investissements, mais que l'endettement bancaire de l'Etat, tout comme celui des entreprises via l'investissement, génère une épargne équivalente. Et invariablement revient la même question des étudiants : "mais il y a un problème, on n'a plus I = S".

 

Non, on est juste sorti du cas d'école..

 

La théorie circuitiste :

 

Et pour les circuitistes c'est la même histoire.. Si Etats et ménages s'endettent en même temps que les entreprises investissent, alors les dépôts bancaires (associés à l'épargne) augmenteront de I + E + D, tandis que les investissements n'auront été que de I..

 

 

Pour finir la petite histoire de tout à l'heure, la première fois qu'un étudiant m'a posé la fameuse question : "mais il y a un problème, on n'a plus I = S", je me suis longuement gratté la tête, puis ai refait tous les calculs.. pour m'apercevoir qu'il n'y avait pas de problèmes..

 

Cas d'école, quand tu nous tiens !!!

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires