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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 19:14

Selon que l’on est un économiste orthodoxe ou hétérodoxe, on aura une vision radicelement différente du monde et des voies d’avenir qui s’offrent à l’Humanité.

 

A force de l’entendre, de vivre dedans, nous avons tous tendance à posséder une vision majoritairement orthodoxe de l’économie. Nous pensons que l’économie est gouvernée par des lois qui, malheureusement, vont bien souvent à l’encontre de notre idéal de société. Et que, par conséquent, l’économie se résume à une question d’arbitrage entre ce qui serait bon pour la société et ce qui est économiquement viable, entre ce qui serait nécessaire et ce qu’il est possible de faire.

 

La politique c’est choisir, et la politique économique ce serait faire des choix cruels. Que voulons-nous ? Des salaires plus faibles ou du chômage ? L’environnement ou la croissance ? Un système de santé moins performant ou creuser le trou de la sécu ? Rationner l’aide aux personnes en difficulté, limiter le développement des infrastructures publiques, réduire le nombre de fonctionnaire, abolir le système de retraite par répartition ou accroître la dette de l’Etat, aux chiffres déjà colossaux (1 200 000 000 000 d’euros à peu près) et appauvrir nos enfants ?

 

Nous sommes tous à peu près convaincu que choisir entre ces différentes options est inéluctable, et que ces questions vont se poser avec de plus en plus d’acuité au cours des prochaines années. C’est pour beaucoup la source d’une terrible frustration, et même parfois d’une grande angoisse (j’ai un ami tellement angoissé par la dette de l’Etat Français qu’il en fait des cauchemars la nuit !). Mais faire de tels choix nous paraît également sensé et cohérent. Après tout on ne peut pas tout avoir, le beurre et l’argent du beurre (le tonneau plein et la femme ivre comme on dit en Italie), le temps et l’argent, il faut choisir !

 

Ce sentiment d’impuissance à améliorer le sort de l’Humanité procure au contraire un grand prestige intellectuel à l’économiste orthodoxe. S’avouer expert mais impuissant, prétendre qu’il est impossible d’améliorer significativement la situation même en le souhaitant, parce qu'on se heurterait aux lois de l'économie, voilà qui donne l’image d’un homme raisonnable, réfléchi et sans passion, voilà qui donne l’image d’un homme sage.

 

En revanche celui qui prétend qu’il est possible, dès aujourd’hui, de combattre le chômage et la misère sous toutes ces formes, d’atteindre en quelques années le plein-emploi sans creuser le déficit de l’Etat, bien au contraire, tout en améliorant significativement la protection de l’environnement et la qualité des services publics, celui-là ne peut que passer pour un doux rêveur (au mieux), un utopiste, un gars à côté de ses pompes, qui refusent de regarder la réalité en face. Et s’il prétend qu’il est possible de réaliser tout cela en conservant le système économique capitaliste, la liberté d’entreprendre, sans aucunement bouleverser notre manière de vivre et de travailler, les seuls changements étant de voir nos proches retrouver du travail, de ne plus craindre la faillite le l’Etat, l’appauvrissement de la nation, une cataclysme environnemental, le chômage de longue durée et de renouer avec une vision optimiste de l’avenir, alors on baisse les yeux, gênés pour lui, par sa naïveté, la grossièreté de ce qu’il vient d’affirmer.

 

Pourtant, sachez qu’il existe actuellement des milliers de chercheurs (hétérodoxes) en économie à travers le monde, qui sont pleinement convaincu que cet autre monde est possible, dès aujourd’hui. Ce ne sont ni des fous, ni des gens qui se voilent la face ou cherchent à tout prix à paraître sympathiques, mais des personnes qui croient très sincèrement en ce qu’ils affirment, qui pensent que nos déboires économiques présents et passés constituent un énorme gâchis (de bien-être, de talents et de vies humaines) provoqué avant tout par les mauvais conseils que les économistes du courant dominant prodiguent aux gouvernements, non par cynisme mais par incompétence, par mauvaise interprétation du fonctionnement de l’économie.

 

Etre un économiste hétérodoxe c’est notamment penser cela, c’est penser que la majorité des économistes (et donc des gouvernements) se fourvoient complètement depuis deux siècles, qu’il existe une bien meilleure interprétation de l’économie que celle dominante actuellement, mais qui n’est jamais parvenue à s’imposer (fait qui serait quasiment inédit dans l’histoire scientifique contemporaine) et que cette interprétation ouvre la voie à des politiques économiques qui débarrasseraient le monde (peut-être en une décennie, voir deux) de la majorité de ses problèmes économiques. Cela paraît extrêmement difficile à croire, extravagant. Mais tout l’objectif de ce blog va être d’essayer de vous en convaincre, en vous décrivant d’une part les fondements théoriques de la pensée économique dominante et en vous présentant d’autre part l’approche hétérodoxe.

 

Bernard Maris (Maître de Conférences en économie, chroniqueur sur France Inter et auteur de nombreux livres sur l’économie) compare les économistes du courant dominant aux médecins du moyen-âge(1), qui ne comprenaient rien au fonctionnement du corps humain et suggéraient des remèdes qui le plus souvent accentuaient le mal. Mais comme ils étaient considérés comme experts dans ce domaine et que la société n’avait personne d’autres vers qui se tourner, leurs conseils étaient considérés comme parole d’évangile et plus le mal progressait, plus on se fiait à eux, plus on suivait avec assiduité leur recommandation.

 

De nombreux livres écrits par des économistes (par exemple : la théorie économique dominante : un siècle d’imposture d’Elie Sadigh, le plein-emploi ou le chaos d’Alain Parguez) essaient d’expliquer toute l’absurdité des fondements de la théorie orthodoxe. J’aimerais parvenir à vous convaincre que ces auteurs ne sont pas des fous, mais ont au contraire résisté à l’aveuglement et à la facilité de l’adoption de la théorie majoritaire.

 

Herbert Simon (prix Nobel d'économie 1978) : "Si elle (la théorie micro-économique néoclassique) est fausse, pourquoi ne pas s’en débarrasser ? Je pense que les manuels sont scandaleux. Je pense qu’exposer de jeunes esprits impressionnables à cet exercice scolastique, comme s’il disait quelque chose sur le monde réel, est scandaleux." (2)

 

Keynes a écrit : « Ainsi donc l'auteur de ces essais, malgré tous ces coassements, continue d'espérer et de croire que le jour n'est pas éloigné où le Problème Economique sera refoulé à la place qui lui revient : l'arrière-plan ».

 

Allez, si on aimerait tous que ce soit vrai, j’espère parvenir à vous montrer que, sans perdre sa tête ni des yeux la réalité, on peut sincèrement et raisonnablement y croire !

 

(1) dans son livre « des économistes au-dessus de tout soupçon : ou la grande mascarade des prévisions ».

(2) citation tiré du site autisme-economie.org (que je recommande !)

 

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Published by Heterodoxes - dans Divers
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commentaires

Yannick 25/11/2009 17:54


Pour les cas des marchés inefficaces, ouvrez un livre d'économie publique (par exemple, le salanié ou le laffont). Il y a plus de trois cas. Il y a les non-convexités, les marchés incomplets, les
problèmes informationnels (champs immense), les barrières à l'entrée, les comportements stratégiques, etc etc... C'est un domaine d'étude qui ne se limite pas à trois cas.

La valeur des biens ne dépend pas de l'utilité, mais de l'offre et de la demande sur un marché.

L'utilité n'est pas égale au prix. A l'équilibre, le TMS est égal au rapport des prix (sauf solution en coin). Le problème, c'est que comme le TMS n'est pas directement observable, on ne peut pas
tester directement cette hypothèse (sauf pour les plus téméraires comme françois gardes qui s'attaque aux axiomes de rationalité).

Contrairement à ce que vous affirmez, l'égalité entre prix et coût marginal nécessite d'autres hypothèses, notamment la perfection de la concurrence. Révisez votre cours de micro.

D'autre part, ce modèle n'est pas forcément fait pour être une description fidèle de la réalité. L'objectif est de décrire un monde idéal pour mieux comprendre pourquoi la réalité en est
différente. Lisez le post de mafeco que j'ai mis en lien.

C'est grâce au modèle stylisé de la CPP qu'on sait dans quels cas les marchés sont inefficaces et qu'on a pu étudier les remèdes.


Heterodoxes 25/11/2009 22:24


Oui vous parlez là des cas où les marchés sont imparfaits (et j'en parle dans mon commentaires!). Les 3 cas, c'est quand les marchés sont défaillants (et c'est pas pareil !).

La demande est fonction de l'utilité marginale que procure le bien acheté, donc la valeur des biens dépend de l'utilité (d'où prix = utilité marginale, sinon comment l'expliquez vous ??)

Le TMS est un rapport d'utilités marginales, je ne vois pas trop bien ce que ça change fondamentalement à notre histoire de prix et d'utilité. La valeur d'un bien dépend pour un hétérodoxe dans la
majorité des cas de la quantité de travail incorporé (directement et indirectement) dans ces biens (donc du coût moyen de revient), donc vous voyez que c'est très loin de tout ça.

La relation prix = coût marginal dépend certes de la concurrence parfaite (mais je ne crois pas avoir dit le contraire) mais SURTOUT des rendements décroissants.


Yannick 25/11/2009 11:10


Non les économistes orthodoxes critiquent les gouvernements quand ceux-ci mettent en oeuvre les mauvaises politiques. Lisez par exemple le bouquin de Cahuc et Zylberberg sur les réformes de Sarkozy
ou celui sur le chômage. Lisez les blogs d'économistes orthodoxes. Lisez des articles de recherche.

Votre vision de ce que préconisent les économistes est à des années lumière de ce qu'on trouve dans la littérature orthodoxe.

Les cas de marchés défaillants ne sont pas une exception. J'enseigne les problèmes d'externalité et de concurrence imparfaite en L1. Il y a des bibliothèques entières de bouquins d'économie
publique. Encore une fois, allez faire une recherche dans une base de données électronique.

La question de la sous-optimalité des marchés est centrale en économie orthodoxe.


Heterodoxes 25/11/2009 14:04


J'ai lu le résumé du livre dont vous parlez (je lirais le reste dès que je l'aurais!) mais pour l'instant ça a plutôt l'air de confirmer exactement ce que je dis. Les auteurs ne reprochent pas à
Sarkozy de mener ces réformes, qu'ils ont l'air de penser indispensables pour la france, mais de les faire en étant trop conciliant !

Quant aux externalités, elles font parties des exceptions dont je parlais, tous les étudiants apprennent en première année qu'il y en a 3 : biens publics, monopoles naturels et.. externalité.

La concurrence parfaite repose sur un certain nombre d'hypothèses, lorsqu'on en modifie une ou plusieurs on parle alors de concurrence imparfaite, le problème c'est qu'on ne touche pas aux deux
hyopthèses centrales que sont l'utilité comme fondement de la valeur des biens et.. les rendements décroissants! (même s'ils peuvent être localement croissants, je sais! mais seulement localement,
sinon ca marche plus)

Et je ne comprends pas comment vous pouvez nier que ce sont les deux hypothèses fondatrices de la théorie néoclassique !! Théorie dont vous êtes a priori spécialiste !!

Or ces deux hypothèses, qui conduisent aux résultats prix = utilité marginale = coût marginal, sont justement celles qui paraissent (sauf très rares exceptions) totalement fausses aux
hétérodoxes.

Donc à partir de là, que la concurrence soit parfaite ou imparfaite ne change en rien les critiques émises par les hétérodoxes sur la théorie néoclassique.


Yannick 24/11/2009 21:37


Au fait, je rebondis : l'économiste orthodoxe n'est pas un partisan du laissez-faire. Venez assister à mon TD d'éco publique en M2 à l'ensae. Je parle de toutes les situations où le marché
n'aboutit pas à une situation optimale.


Heterodoxes 25/11/2009 10:54


Oui on sait, c'est pourquoi j'ai écrit dans le billet libéralisme et altermondialisme, "hormis quelques exceptions", ce dont vous parlez dans votre TD, ce sont des exceptions, des cas particuliers.


Yannick 24/11/2009 21:36


Sauf que les gouvernements ne suivent pas les prescriptions des théoriciens orthodoxes. Sinon pourquoi tant d'orthodoxes critiqueraient les politiques menées par les gouvernements en question ?


Heterodoxes 25/11/2009 10:49


Mais les économistes orthodoxes critiquent les gouvernements parce qu'ils ne vont pas assez loin dans leurs politiques de dérégulation ou de flexibilisation !!
Si les gouvernements s'appuient sur des conseils d'économistes orthodoxes, heureusement ils ne font pas tout ce qu'ils leur péconisent ! Parce qu'ils doivent jouer aussi avec le mécontentement
populaire et leur réélection.

Lorsqu'en Russie et dans certains pays de l'est après la chute du communisme, les gouvernements ont écouté à la lettre les recommandations d'économistes comme Friedman et ses chicago boys (de même
que pour les pays soumis aux ajustements structurels du FMI), les résultats ont été désasteux !!

Stiglitz a écrit à ce propos : « On a rarement vu un écart aussi gigantesque entre les attentes et la réalité que dans la transition du communisme au
marché. On était sûr que la combinaison privatisation-libéralisation-décentralisation allait vite conduire, peut-être après une période brève de transition, à une immense augmentation de la production »