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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 17:23

 

Le modèle IS-LM est certainement le plus célèbre des modèles économiques. Il a connu un formidable succès dans les 30 années qui ont suivi la seconde guerre mondiale. Tous les économistes, mais aussi les gouvernements ou les gouverneurs des banques centrales, se servaient alors de ce modèle où de modèles qui en dérivaient. Seuls quelques « rebelles », des hétérodoxes ou des gens comme Friedman, que je qualifierais d’ « ultra-orthodoxes », rejetaient ce modèle. Finalement, ce sont les ultra-orthodoxes qui l'emporteront dans les années 70, et parviendrons à « ringardiser » ce modèle. Néanmoins, il passe pour tellement pratique à utiliser et décrit des choses que tellement peu de modèles parviennent encore à expliquer, qu'il continue à être universellement enseigné, et même utilisé, pour expliquer l'impact des politiques monétaires et budgétaires.

 

Car là est toute la puissance du modèle IS-LM, il parvient à rendre compte des effets des politiques monétaires et budgétaires dans un sens qui semble en adéquation avec la réalité, ce qui n'est pas si courant en économie !

 

Le modèle IS-LM est LE modèle keynésien présenté aux étudiants. Donc si vous évoquez IS-LM à un étudiant, dans sa tête ça fera tout de suite tilt : vous êtes un keynésien ! Pourquoi dit-on que ce modèle est keynésien ?

 

  • Parce qu'il explique que l'Etat peut par une politique de relance faire baisser le chômage, ce que disait justement Keynes.

 

  • Parce qu'il admet l'existence d'un chômage involontaire, comme le pensait Keynes. Car rappelez-vous qu'avant Keynes, avant les années 30 et la crise de 29, la quasi-totalité des économistes étaient persuadés que le chômage involontaire ça n'existait pas ! Les chômeurs étaient forcément tous des chômeurs volontaires..


  • Parce qu'il explique le chômage non par le niveau trop élevé des salaires, à cause des syndicats et du SMIC etc., mais par l'insuffisance de la demande.

 

Je disais dans le premier paragraphe que les ultra-orthodoxes l'avaient emporté dans les années 70 et étaient parvenus à ringardiser ce modèle. La conséquence principale en a été que, depuis, l'écrasante majorité des modèles construits par les économistes expliquent à l'inverse :

 

  • Qu'une politique de relance par l'Etat ne permet pas de faire baisser le chômage, ou alors très temporairement. Elle serait inutile à moyen terme et même nocive pour la croissance à long terme. Point qui fait désormais consensus parmi les économistes, comme nous le rappellent Blanchard et Cohen à la fin de leur bouquin. Ce « consensus » était tout autre il y a 30 ans..

 

  • Que les chômeurs seraient redevenus volontaires, comme le montre par exemple la théorie des cycles réels, dont les auteurs ont été « nobélisés » en 2004.

 

  • Que la cause principale du chômage, c'est l'existence de salaires trop élevés. Comme le décrit fort bien Laurent Cordonnier dans sa satire « Pas de pitié pour les gueux ».

 

En quelques mots, voici comment l'histoire de la pensée économique des 60 dernières années est résumée aux étudiants :

 

  • Keynes « découvre » dans les années 30, que le chômage peut être involontaire, la demande insuffisante et l'Etat utile pour lutte contre tout ça.

 

  • Puis, dans les années 70, les économistes s'aperçoivent que Keynes et ses adeptes avaient oublié de prendre en compte certains trucs dans leurs modèles, en qu'en le faisant, eh bien l'Etat n’était plus si utile que ça et l’insuffisance de la demande plus si plausible que ça. Tous les « grands » (marco)économistes aujourd'hui travaillent à partir de ces nouveaux modèles.

 

  • Bon, mais on continue quand même à vous enseigner IS-LM, en partie à titre historique, en partie pour sa simplicité, mais surtout parce que les nouveaux modèles n'arrivent pas à rendre compte aussi bien de la réalité qu'IS-LM..


Ok.. 

 

Après ce « préambule » (un poil plus long que prévu), passons à l'autopsie du modèle.

 

Qu’est-ce que ce modèle IS-LM ?

 

Tout simplement deux courbes, appelées IS et LM, qui se croisent dans un graphique (cf. ci-dessous) ayant pour abscisse le niveau de production (Y) et pour ordonnée le taux d'intérêt sur la monnaie (i), c'est-à-dire le taux d'intérêt dont vous devrez vous acquitter si vous empruntez de l'argent.

 

L'équilibre de l'économie se situe au point de rencontre des deux courbes. Ce point donne le niveau de production à l'équilibre (Yéq) et le taux d'intérêt à l'équilibre (iéq).


 

IS LM 1

 

Dans le prochain billet nous étudierons le cœur du modèle, comment sont construites ces courbes, et c'est là où ça deviendra intéressant ! Pour l'instant je vous propose juste de comprendre la surface des choses, comment s’utilise ce modèle.

 

Ce modèle vous dit que si le gouvernement mène une politique de relance budgétaire, en augmentant ses dépenses, cela va déplacer la courbe IS vers la droite (cf. schéma). Ce qui entraîne une augmentation de Y (Y’éq), donc du niveau de production, de même que des taux d'intérêts (i’éq) (au fait j'ai oublié de le préciser mais le modèle IS-LM est un modèle de court-terme, il n'explique que ce qui se passe à court terme. Pour un plus long terme, il y a dans un esprit à la fois similaire et très différent, le modèle OG-DG (offre globale - demande globale) dont nous (re)parlerons sûrement).

 

IS LM 2

 

A l'inverse, il nous dit que si le gouvernement mène une politique de rigueur budgétaire, la courbe IS se déplace vers la gauche, ce qui entraîne une diminution de la production (Y’’éq), ainsi que des taux d'intérêts (i’’éq).

 

IS LM 3

 

Les choses se passent de la même manière pour la courbe LM. Si la banque centrale mène une politique expansionniste, la courbe LM se déplacera vers la droite, ce qui provoquera une augmentation de la production Y ainsi que (contrairement à tout à l’heure) une baisse des taux d’intérêt.

 

IS LM 4

Et si c’est une politique monétaire restrictive qui est menée, la courbe LM se déplacera vers.. la gauche. La production diminuera et les taux d’intérêts augmenteront.

 

IS LM 5

Or il semble que c’est bien ce qui se passe, lorsque l’Etat mène un politique de relance la production augmente (et inversement pour une politique restrictive) et quand la banque centrale conduit une politique monétaire expansionniste la production augmente (et inversement en cas de politique monétaire restrictive). On voit alors toute la puissance du modèle, qui permet avec simplement deux courbes dans un graphique d'expliquer les effets des politiques budgétaires et monétaires.

 

Oui, mais…..

….on en reparle dans le prochain billet !

 

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commentaires

J.C 16/02/2011 19:39



C'est chou "billet", ça fait comme "billet doux". Bonne continuation et merci pour ces articles! ;)



Ette Rodox 18/02/2011 10:40