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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 15:20

 

Dans le précédent billet je dis, en parlant des néokeynésiens : L’Etat et les entreprises produisent et paient des salaires, le tout sans monnaie. Et RST me pose en commentaire la fort bonne question suivante : mais ils sont payés comment alors, les salaires ?

 

Je lui ai répondu et me dis maintenant qu’il serait pas mal d’exposer la réponse dans un billet, avant de poursuivre sur le modèle IS-LM. Voici donc reproduite ici (avec quelques petites modifications) la réponse que j’ai faite au commentaire d’RST ce matin !

 

Pour répondre à cette question, commençons par regarder les propriétés de cette "non monnaie" :

 

  •  Elle ne permet pas d'acheter des biens de consommation, parce que pour cela la théorie néokeynésienne dit qu'il faut de la "vraie" monnaie, demandée à la banque centrale. C’est l’origine du motif de transaction.

 

  • Par contre elle permet de payer l'ensemble des coûts de production des entreprises, notamment salaires et investissements.

 

Une première idée serait de dire que les salaires et les investissements sont payés en nature, comme dans une économie de troc. Chaque salarié reçoit les biens que produit son entreprise. Et les entreprises se paient entre elles en s’échangeant leurs biens. Puis une partie de ces salaires constitués d’objets est échangé contre de la monnaie auprès de la banque centrale, moyennant un intérêt, pour les 3 motifs évoqués précédemment.

 

Le problème (enfin un des nombreux problèmes) c’est que ça voudrait dire qu'au fur et à mesure que la banque centrale offre de la monnaie, elle accumule dans un grand hangar tous les objets qu'on lui donne en échange.. Une partie de ces objets servira toutefois à payer les salaires (en objets) des employés de la banque centrale, une autre partie ira aussi à l’Etat, qui pourra payer avec ces fonctionnaires..

 

Ou alors on pourrait considérer que les entreprises paient leurs salariés avec des "titres", qui ne permettent pas d'acheter des biens de consommation, mais qui sont reconnus par la banque centrale et qu'elle accepte d'échanger contre de la monnaie. Des sortes de traites, sauf qu'au lieu de n’exister qu'entre entreprises, elles existent aussi entre entreprises et salariés, ont un caractère systématique et sont monétisables par les banques.

 

Bref dans les deux cas comme vous le voyez, on est très éloigné de cette dure réalité, si difficile à concevoir, où les salaires sont payés en.. monnaie !

 

Après il ne faut pas voir à mon avis cette "non monnaie" comme quelque chose de pensé, de réfléchi, c'est juste qu'elle permet de faire fonctionner le modèle sans avoir à faire appel à de la « vraie » monnaie pour financer la production. Ce qui est pratique car, dès que vous introduisez la monnaie à la production, vous détruisez les principaux résultats des théories orthodoxes (et notamment la célébrissime question de l'origine des profits !).

 

C'est pour ça d'ailleurs que les postkeynésiens parlent d’économie monétaire de production, parce qu’ils intègrent la monnaie dès la production. Par opposition aux néokeynésiens, qui traite plutôt d’une économie monétaire de l’échange ou d’une économie monétaire de la consommation, la monnaie n'apparaissant qu'au moment de l'échange, et non de la production.

 

Malheureusement, quand on veut faire de supers prédictions et prodiguer d’ingénieux conseils aux gouvernements, le fait de ne pas intégrer la monnaie à la production change pas mal de choses..

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