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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 16:17

 

Mishkin nous explique à la page 480 de l'édition française (la 8e) de son ouvrage monnaie, banques et marchés financiers, les causes des variations de la masse monétaire au cours de la dépression des années 30. Comme on le sait la masse monétaire a fortement diminué de 1929 à 1933 (d’à peu près 25%).


Je vous expose tour à tour l’explication qu’aurait fournie un partisan de la monnaie endogène et celle fournie par Mishkin.


Le partisan de la monnaie endogène dirait la chose suivante :


- Pendant les crises (et à plus forte raison les dépressions économiques), les entreprises n’arrivent pas à vendre leur production, elles sont dans une situation financière plus délicate qu’à l’accoutumée, etc.., elles ne sont par conséquent pas très incitées à investir, pour accroître ou renouveler leur capital productif. De plus, les banques se montreront beaucoup plus frileuses à leur prêter de l’argent, étant donné que le nombre de faillites d’entreprises est beaucoup plus élevé sur ces périodes et que les banques sont elles-mêmes dans une position très délicate, qui leur donne moins qu’habituellement le droit à l’erreur, de prendre du risque.


- Idem pour les ménages, qui ne vont pas emprunter de l’argent pour acheter un logement, alors qu’une partie d’entre eux se retrouve en grande difficulté du fait de la crise. De plus les prix ayant tendance à baisser généralement durant cette période, le bien que vous achetez perd de la valeur avec le temps, ce qui n’incite pas vraiment à acheter. Et là encore, les banques vont y regarder à deux fois avant d’accorder un crédit à un ménage, alors que la possibilité que l’un de ses membres se retrouve au chômage, et donc que la situation financière du ménage se détériore, est beaucoup plus forte durant ces périodes.


- Ce qui explique que beaucoup moins de crédits soient accordés et contractés, ce qui explique que la masse monétaire baisse.


Etudions maintenant l'explication fournie par Mishkin.


Il faut, pour la comprendre, préciser deux choses. J'ai dit précédemment que pour 1 euro fourni par la banque centrale (BC) aux banques, celles-ci peuvent grosso modo en créer 10, d’après la théorie du multiplicateur. Mais la théorie du multiplicateur affirme également que si les gens demandent d'avantage de billets que prévu ou si les banques détiennent d'avantage de réserves excédentaires que prévu, alors le multiplicateur sera plus faible et ce ne seront plus 10 euros que pourront créer les banques à partir d'1 euro prêté par la BC, mais moins.


L'explication de Mishkin est donc la suivante :


- Au cours de la crise les ménages, craignant une faillite de leurs banques, ont détenu d'avantage de monnaie sous forme de billets. Je cite Mishkin : « A l’époque, il n’y a pas de système d’assurance des dépôts (il sera créé en 1934). Quand une banque fait faillite, les déposants récupèrent une partie seulement de leurs fonds. Les déposants savent qu’en cas de faillite de leur banque, dans une période de panique, ils perdront une partie de leurs dépôts. [...] il faut alors s’attendre à ce que les déposants convertissent leurs dépôts à vue en billets et retirent leur argent de leur banque, ce qui fait augmenter b » (b c’est le pourcentage de l’argent que les agents économiques détiennent sous forme de billets. Par exemple, si vous avez 2000 euros sur votre compte et 200 euros en billet, votre b est de 10%).


- Et les banques, craignant des retraits de billets et des faillites d’entreprises plus importantes, se sont protégées en augmentant leurs réserves excédentaires. Dans le texte : « En outre l’augmentation des retraits de dépôts devrait conduire les banques à se protéger elles aussi en relevant leur coefficient de réserves excédentaires e ».


- D'où une baisse du multiplicateur et une diminution de la masse monétaire. « D’après la théorie du multiplicateur, en cas de hausses de e et b, la masse monétaire se contracte […]. »


Ce que dit Mishkin semble être du pur bon sens. Et effectivement il a raison, les ménages vont détenir d’avantage de billets et les banques d’avantage de réserves pour se prémunir contre les retraits de dépôts. Et effectivement pour 1 euro de la BCdéposé sur le compte des banques, celles-ci ne pourront plus prêter 10 euros aux agents, mais moins.


Oui mais, que cela signifie-t-il ? Que les banques ne vont pas prêter moins parce qu’on leur demande moins des crédits du fait de la crise, mais parce que les règles de création monétaire leur empêchent de prêter d’avantage, parce que l’augmentation de la détention de billets, etc. empêchent les banques de créer autant d’argent qu’auparavant.


Autrement dit, la causalité n’est pas la suivante :


Situation économique mauvaise  diminution de la demande de crédits pour les raisons évoquées au début diminution de la masse monétaire.

 

Mais la suivante :


Situation économique mauvaise comportement de protection des agents (retraits importants de billets, réserves excédentaires plus fortes) diminution de la capacité des banques à prêter de l’argent diminution des crédits émis et de la masse monétaire.

 

Autrement dit, dans un cas le problème est du côté de la demande de crédits, et dans l’autre il est du côté de l’offre de crédits.


Autrement dit, pour que la demande de crédits reparte et irrigue à nouveau l’économie, il aurait fallu dans le premier cas pratiquer une politique de relance qui aurait améliorée les perspectives de ventes et d’emplois des entreprises et ménages, et donc leur incitation à demander du crédit.


Dans le second cas, il aurait juste suffit que la BC prête d’avantage aux banques, pour que celles-ci puissent, malgré l’augmentation des billets en circulation et des réserves excédentaires, prêter d’avantage aux ménages et aux entreprises qui n’attendaient que ça pour emprunter et investir..


Le premier cas correspond tout simplement à l’explication keynésienne, le responsable c’est la demande (et la demande anticipée) qui est trop faible. Une politique budgétaire est nécessaire.


Le second correspond à l’explication friedmanienne, le responsable c’est la banque centrale, qui n’a pas donné assez d’argent aux banques pour que celles-ci puissent prêter. Une politique monétaire aurait suffit.


D’un côté les budgétaristes, favorables à l’intervention de l’Etat, de l’autre les monétaristes, pour lesquels elle est inutile..


(Tout cela rappelle d’ailleurs la crise actuelle, où on a entendu les hommes politiques et les économistes affirmer que les banques ne jouaient pas le jeu, qu’elles refusaient de prêter d’avantage aux agents économiques pour relancer l’économie, alors que les Etats les avaient sauvées et renflouées. Tandis qu’on entendait les banquiers dire : mais on aimerait bien prêter d’avantage, le truc c’est que les gens demandent tout simplement moins de crédits du fait de la crise !)

 

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commentaires

Une préparationnaire 16/03/2015 20:51

Vous avez une excellente manière d'expliquer. Tout s'éclaire dans ma tête quand je lis vos billets! Merci beaucoup!!

Evan 08/12/2010 11:11



Ah ben bien sur, faute de pouvoir ajuster la production à court terme (ce qui ne peut avoir aucun sens en cas de surproduction), on ajuste les prix, donc, à la baisse, ce qui a toutes les chances
de déboucher sur une déflation.


 


Dans l'absolu, une crise de surproduction, si l'Etat réagit à temps, ce n'est pas catastrophique, on stimule et on entretient la demande, et le tour est joué (encore faut-il qu'ils le fassent).


Une déflation, c'est en soi quelque chose de beaucoup plus problématique, car les agents vont vouloir moins consommer, ce qui était épargné aura tendance à être thésaurisé. Et là, on a un cercle
vicieux, avec récession, chômage, donc baisse de la demande, et c'est un des rares cas de figure ou stimuler la demande n'a qu'un effet réduit sur la consommation.


Et là, pour s'en sortir, je ne vois pas de recette miracle, à la rigueur faire enfler artificiellement la masse monétaire pour provoquer une hausse de la demande nominale en espérant que les prix
suivent et que l'inflation, même faible, reprenne, et que la consommation fasse de même, mais bon, là, ce ne sont pas 2 ou 3 milliards que l'on devrait sortir pour un plan de relance.


 


Bref, on peut admettre que si la crise de 29 était un bonhomme de neige, le premier flocon était la surproduction, mais le noeud du problème, c'était la déflation.



Ette Rodox 09/12/2010 13:30



Non alors on n'est pas d'accord ! Pour moi la déflation n'est pas un si gros problème.


D'une part même en période d'inflation "normale", il est plus intéressant financièrement parlant de laisser son argent fructifier dans un placement que de consommer. La déflation on pourrait dire
que c'est à peu près la même chose, les prix baissent, mais les taux d'intérêts nominaux sont bien plus bas aussi.


Après si le problème c'est que la déflation est trop forte, les taux nominaux à 0 et les taux d'intérêts malgré tout trop forts, ce qui n'arrive quand même pratiquement jamais, même en période de
crise, je fais confiance à la banque centrale pour mener une grosse opération d'open market qui fait remonter les prix de tous les actifs pendant que l'Etat mène un politique de relance (pas
forcément en donnant de l'argent aux ménages mais en passant plus de commandes etc.), pour faire remonter tout ça. Bon mais on pourra en rediscuter..


Les néokeynésiens adorent parler de déflation et jouer à se faire peur avec, à mon humble avis personnel, y a pas de quoi tant s'inquiéter. Mais je crois que je vais faire un billet sur la trappe
à liquidité bientôt !



Evan 02/12/2010 18:54



Excellente analyse.


 


Ca résume bien tout le problème, et l'inefficacité du "plan de relance" auquel on a eu droit en 2007. Renflouer les banques commerciales avec de l'argent public, ça n'a jamais fait un plan de
relance, ça n'a jamais permis aux banques d'allouer plus de prêts, tout simplement car ça n'a jamais rendu les usagers plus solvable ni plus confiants, contrairement à un vrai plan de relance qui
aurait stimulé la demande effective. Alors on a sauvé les banques, mais on s'est quand même tous pris une crise dans les dents sans sentir l'efficacité du plan de relance (tant dans nos vies que
dans les chiffres et les agrégats). Ce n'était pas mieux que rien, c'était pire que tout.


 


Revenons à la crise de 29, et à notre discussion de l'autre jour ou tu me disais que la crise de 29 était avant tout une crise de surproduction. Pour ma part, je suis adepte de la première
théorie, tu le sais, surtout qu'aucune théorie "anti-interventionniste" n'explique cette crise. Mais admets le, tu dis :


"- Idem pour les ménages, qui ne vont pas emprunter de l’argent pour acheter un logement, alors qu’une partie d’entre eux se
retrouve en grande difficulté du fait de la crise. De plus les prix ayant tendance à baisser généralement durant cette période, le bien que vous achetez perd de la valeur avec le temps, ce qui
n’incite pas vraiment à acheter. Et là encore, les banques vont y regarder à deux fois avant d’accorder un crédit à un ménage, alors que la possibilité que l’un de ses membres se retrouve au
chômage, et donc que la situation financière du ménage se détériore, est beaucoup plus forte durant ces périodes.





- Ce qui explique que beaucoup moins de crédits soient accordés et contractés, ce qui explique que la masse monétaire
baisse."


 


Ca, c'est la définition même d'une crise déflationniste ?



Ette Rodox 07/12/2010 16:11



Oui, bonne question, mais je dirais que la déflation vient de la surproduction, donc qu'on avait à faire à une crise de surproduction malgré tout, es-tu d'accord ?