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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 11:23

 

Nous avons pu voir dans les billets précédents que la manière dont vous conceviez la création monétaire (endogène, exogène..) conditionnait votre vision de l'inflation, de la détermination des taux d'intérêts et des politiques monétaires à mener. J'aimerais vous montrer ici qu'il existe une différence qui me semble encore fondamentale entre les partisans de la monnaie endogène et ceux de la monnaie exogène.


La théorie de la monnaie exogène vous dit la chose suivante :

- Lorsque la banque centrale (BC) prête 1 euro aux banques, celles-ci peuvent prêter 10 euros aux agents économiques.

- La BC est à l'initiative de la création monétaire. Si on suppose qu'elle souhaite qu'il y ait 100 euros de plus dans l'économie, elle va donc prêter aux banques 10 euros.  

 

Oui, mais.. cette théorie semble oublier une chose fondamentale : pour que les banques prêtent 100 euros, il faut certes que la BC leur prête 10 euros, mais il faut aussi que des agents économiques veuillent emprunter ces 100 euros. Car la BC aura beau prêté tout l'argent qu'elle veut aux banques, si après personne ne veut emprunter cet argent, aucune monnaie supplémentaire ne sera créée.

 

Or ce point n'est jamais abordé. On ne se préoccupe pas du tout de savoir si les gens demanderont des crédits pour 100 euros, mais uniquement de combien la BC accepte d'en offrir. Dans le cas contraire d'ailleurs, on ne pourrait plus dire que la monnaie est exogène, puisqu'elle serait déterminée aussi par les demandes de crédits des agents. On comprend dès lors l’enjeu de cette omission. Et on retombe ainsi invariablement sur une équation qui relie la quantité de monnaie prêtée par la banque centrale aux banques à la quantité de monnaie qui circule dans l'économie.


Or que traduit cette omission du côté demande de crédits ? La même chose que l'omission du côté demande de biens et services dans la théorie néoclassique. Ces deux théories sont des théories de l'offre. Pour elles ce qui détermine le niveau de production (ou la quantité de monnaie) dans l'économie n'a rien à voir avec ce que les agents économiques ont les moyens de (ou souhaitent) consommer ou investir, mais uniquement avec ce que les entreprises (ou la BC) sont capables d'offrir. Dans la théorie de la monnaie exogène, il suffit que la BC lâche quelques euros de plus pour que tout le monde se précipite dessus, empruntent et investissent cet argent, sans se soucier de savoir s’ils rencontreront en face une demande solvable qui leur permettra de rembourser ces crédits.


Cette omission du côté demande est véritablement le principal point de démarcation entre théories orthodoxes et (la grande majorité des) théories hétérodoxes. La science économique s'est historiquement construite sur des théories de l'offre. Les théories classiques et néoclassiques sont des théories de l'offre, qui vous expliquent comment fonctionnerait l'économie si la question de la demande ne se posait pas (et s'il n'y avait pas de monnaie, les deux étant liés). La théorie de la monnaie exogène est une théorie qui explique comment évoluerait la quantité de monnaie dans l'économie si la question de la demande de crédits ne se posait pas. Et les deux sont liés, on ne pose pas la question de la demande de crédits, car on ne se pose la question de l'écoulement du surplus de biens et services que ces crédits permettront de produire.

 

Comment l’expliquer ? La meilleure réponse que j’ai pu lire jusqu’à présent reste celle apportée par Keynes dans sa Théorie Générale, que j'avais reproduite dans ce billet .


Un exemple frappant, à propos de la théorie de la monnaie exogène, se trouve dans le plus célèbre des manuels d'économie sur la monnaie, le Monnaie, banque et marchés financiers de Frédéric Mishkin. Nous en parlons dans le prochain billet..

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commentaires

Super20cent 05/05/2016 10:23

Bonjour, je viens de tomber sur cette article par hasard :
La politique de la Banque Centrale est une politique libérale, c'est à dire classique (ou néoclassique). Et la loi phare de ce mouvement est la loi de Say qui est que tout offre aura obligatoirement une demande.
C'est à dire que la Banque Centrale booste l'offre et non la demande.

RST 01/12/2010 21:14



Merci pour ces derniers textes fort intérressants (et qui feront de super chapitres dans ton prochain bouquin )


La citation de Keynes est remarquable.



Ette Rodox 02/12/2010 16:49



Merci RST..


(et au fait je ne peux pas blairer non plus DSK )